Afrique de l'Ouest: Emoi au Burkina Faso après l'attaque de Solhan

Burkina Faso military.

"Personne ne peut voir ça, puis dormir en paix", a déclaré le gouverneur du Sahel après sa visite aux survivants blessés dans l'attaque de leur village par des djihadistes.

"L'Afrique a besoin de paix, pas de violence". Ce sont les mots du pape François, qui a condamné l'attaque perpétrée ce week-end dans le village de Solhan, dans le nord du Burkina Faso. Une condamnation unanime, y compris à la tête des Nations unies qui ont assuré leur "plein soutien" aux autorités burkinabè et promis leur solidarité avec la population civile.

Le bilan, encore provisoire, fait état de 160 personnes, dont une vingtaine d'enfants, qui ont été massacrées en quelques heures seulement par des djihadistes présumés dans la nuit de vendredi à samedi.

GSIM et Etat islamique, des rivaux

Cette région de Yagha, où a eu lieu l'attaque, est une zone où agissent le GSIM, affilié à al-Qaida, et le groupe Etat islamique. Ces deux groupes rivaux se disputent le contrôle de pans de ce territoire, situé aux confins du Niger, du Mali, et du Burkina Faso donc. Et ils n'hésitent pas à s'en prendre aux civils, souvent des éleveurs nomades, qui vivent pour beaucoup dans la pauvreté.

Cette attaque de Solhan est la plus meurtrière depuis six ans au Burkina Faso.

Le gouverneur du Sahel, Salfo Kaboré, a déclaré, après s'être rendu au chevet des blessés, à l'hôpital régional de Dori : "C'est un homme très meurtri qui vous parle. Vous avez vu les blessés ? Il y a une fillette qui a moins de cinq ans. Des hommes, des femmes qui ont reçu des balles dans le dos ou de face".

Choqué, le gouverneur a ajouté que personne ne pouvait voir ce genre de chose "et rentrer chez lui pour dormir tranquille". Il a appelé la population à se grouper derrière les forces armées.

Les groupes d'autodéfense attaqués

Pour faire face aux groupes terroristes, des groupes d'autodéfense, les Volontaires pour la défense de la patrie ou VDP, ont été mis en place il y a plusieurs années dans la région, avec le soutien des autorités.

Les VDP sont censés appuyer une armée en sous-effectif, mal équipée, mal entraînée. Mais le développement de ces groupes de civils paramilitaires a aussi engendré des représailles de la part des groupes terroristes, et c'est vraisemblablement comme ça qu'a débuté l'attaque de Solhan.

"Ça aurait pu être toi ou quelqu'un de ta famille !"

La situation dans le nord émeut aussi les habitants de la capitale, Ouagadougou, comme en témoignent ces passants :

"S'il n'y a pas de fissures sur le mur, un lézard ne peut pas y entrer. Et ce que nous subissons aujourd'hui, je pense que c'est lié aux divisions internes que nous avons", estime un homme.>>> A lire aussi : Attaque au Burkina : le bilan humain monte à 160 victimes

Un autre renchérit: "Nous, nous ne voulons pas le sang. Eux, ils veulent le sang. Qui perd ? C'est nous ! Cherchons à savoir quelles sont leurs véritables motivations, cherchons à faire des concessions dans la mesure du possible, sans négocier l'intégrité territoriale".

Une passante remarque qu'avec "la Covid-19, au moins il y a des traitements. Ça va encore. Mais contre le terrorisme, qu'est-ce que tu veux faire ? Il n'y a pas de médicament".

"Si un Burkinabè a des problèmes, c'est comme si tous les Burkinabè avaient des problèmes, on est vraiment découragé de la situation. On a peur.", reprend un autre Ouagalais.

Un autre fait part de sa déception après une relative accalmie dans les attaques terroristes : "Ça a repris. Un temps, ça avait arrêté, on pensait que c'était bon. Mais maintenant cette situation a repris, on tue les gens... donc on demande qu'ils revoient la sécurité pour qu'on rassure, pour que les gens aient la paix dans le pays, dans les provinces".

L'attaque du village de Solhan survient alors que le président Kaboré a proposé en 2020 de négocier avec les djihadistes prêts à déposer les armes, notamment dans le nord, dans la région de Djibo.

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