Mali: Le colonel Assimi Goïta investi président de la Transition

analyse

Le président de Transition Assimi GoÏta a assuré que les élections se tiendront à bonne date, c'est-à-dire en février 2022.

Le chef des militaires ayant déposé le président Ibrahim Boubacar Keita en août 2020, prend les rênes du pays, après avoir écarté le président Bah N'Daw et le Premier ministre Ouane.

Quatrième chef d'Etat de Transition au Mali après Amadou Toumani Touré (1992), Dioncounda Traoré (2012), et plus récemment Bah N'Daw (2020), le colonel Goïta, 37 ans, est attendu sur les terrains de la sécurité nationale, de la cohésion sociale, de la bonne distribution de la justice à travers une lutte implacable contre la corruption et la délinquance financière et, bien entendu, la gouvernance vertueuse, expression chère au M5-RFP appelé à cohabiter avec les militaires pour mener à bon port le bateau de la Transition. Pour rappel, le M5-RFP est le mouvement de contestation qui a contribué à la chute du président Ibrahim Boubacar Keita avec des manifestations de rue durant la première moitié de l'année 2020.

La salle Bazoumana Sissoko du Centre international des conférences de Bamako (CICB) a accueilli l'audience solennelle de la Cour suprême pour l'occasion. De nombreux invités de marque, parmi lesquels des chefs de mission diplomatique et consulaire, des chefs de partis politiques et des représentants des organisations internationales, ont assisté à la cérémonie d'investiture. « La cérémonie procède de la stricte exigence légale », a notamment expliqué le procureur général lors de son réquisitoire qui a précédé la prestation de serment. Le magistrat a rappelé le parcours militaire du colonel Assimi Goïta qui a servi surtout dans les régions septentrionales du Mali et à l'extérieur, notamment au Darfour en mission de stabilisation. Jusqu'aux évènements d'août dernier, ce fils de militaire commandait le Bataillon autonome des forces spéciales et des centres d'aguerrissement (BAFS-CA).

Pour sa part, le bâtonnier général de l'ordre des avocats, Me Moustaph Cissé, a appelé le nouveau président à s'attaquer aux

« travaux herculéens » comme la lutte contre l'insécurité, la corruption, l'impunité ou encore l'incivisme. La haute juridiction, présidée par Ouafi Ougadèye, a ensuite renvoyé le nouveau président à ses fonctions. Dans son discours d'investiture, le chef de l'Etat a donné le ton en s'engageant à réduire le train de vie des institutions du pays. Donnant l'exemple, il a joint l'acte à la parole en annonçant que les 2/3 des fonds de souveraineté de la Présidence, soit 1,8 milliard de Fcfa par an, iront au financement d'œuvres de solidarité et d'infrastructures sociaux de base.

Isolement

Le nouveau président de la Transition voulait sans doute donner ainsi des gages aux Maliens, très regardants aujourd'hui sur le comportement des dirigeants. Le colonel Assimi Goïta doit aussi rassurer la communauté internationale qui a condamné la démission de l'ex-président de la Transition, Bah N'Daw et du Premier ministre Moctar Ouane. Lors du sommet extraordinaire, consacré au Mali la semaine dernière à Accra, les chefs d'Etat de la CEDEAO ont prononcé la suspension du pays pour « un deuxième coup d'Etat ». L'Union Africaine a emboité le pas à l'organisation communautaire ouest-africaine en suspendant aussi le Mali. La Francophonie a fait de même.

La Banque mondiale a, elle aussi, suspendu ses décaissements tout en précisant que ses opérations se poursuivent.

Le partenaire de poids dans la lutte contre le terrorisme, la France en l'occurrence, a exprimé son mécontentement par la suspension des opérations militaires avec les forces armées maliennes. Rien d'étonnant donc que le nouveau chef de l'Etat exprime des apaisements pour sortir le Mali d'un isolement, préjudiciable à tout point de vue. D'abord, sur la question des élections prochaines, il a assuré qu'elles se tiendront à bonne date, c'est-à-dire en février 2022. Ensuite, concernant le sujet épineux de la mise en œuvre de l'Accord pour la paix et la réconciliation, signée en 2015, le président Assimi Goïta a promis une grande diligence. Du coup, l'idée de la relecture de l'accord, tant décriée par les mouvements armés signataires, semble ne plus être à l'ordre du jour. Aussitôt autorisé, par la Cour suprême, à prendre les rênes du pays, le tout nouveau chef de l'Etat a procédé à la nomination de Choguel Maïga comme Premier ministre.

Le nouveau chef du gouvernement est un vétéran de l'échiquier politique malien. Né en 1958 à Tabango (région de Gao), Choguel Maïga est un ingénieur des télécommunications, formé en ex-URSS. Il préside le parti Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) depuis 1997. Mais c'est en tant que président du Comité stratégique du M5-RFP qu'il a été choisi par le président Assimi Goïta pour diriger le gouvernement. Cette désignation sonne comme un juste retour des choses pour ce mouvement qui a été le fer de lance de la contestation contre le régime du président Ibrahim Boubacar Keita. Le nouveau gouvernement qui sera mis en place, certainement dans les jours à venir, sera formé sur une base inclusive comme l'a assuré le président Goïta et comme l'exigent les partenaires étrangers. Les chantiers qui attendent l'équipe de Choguel Maïga sont colossaux. Elle doit réussir à stabiliser le pays et à organiser des élections générales d'ici le mois de février 2022.

Plus de: Sidwaya

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