Soudan: Avant de quitter la CPI, Fatou Bensouda exhorte le Conseil de sécurité à se concentrer sur la justice au Darfour

Le Conseil de sécurité se réunit sur la situation au Soudan et au Soudan du Sud
9 Juin 2021

La communauté internationale doit rester concentrée sur l'instauration de la justice et de la paix pour le peuple du Darfour, a déclaré, mercredi, la Procureure sortante de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, au Conseil de sécurité.

Dans sa dernière intervention devant les membres du Conseil, Mme Bensouda a souligné que la CPI est la seule institution qui promet de l'espoir aux victimes du conflit brutal qui a touché cette province de l'est du Soudan.

« Lorsque ce Conseil a déféré la situation au Darfour devant la CPI en mars 2005, il a redonné espoir aux victimes d'atrocités criminelles au Darfour en envoyant un message clair que la justice n'était pas seulement importante en soi, mais avait également un effet multiplicateur pour parvenir à une paix durable au Darfour », a-t-elle déclaré.

Les enquêtes de la CPI se concentrent sur des allégations de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, commis lors de combats qui ont commencé deux ans plus tôt entre les forces gouvernementales, soutenues par des milices alliées connues sous le nom de Janjawid et les mouvements rebelles du Darfour.

Cinq mandats d'arrêt ont été émis, notamment contre le président Omar el- Béchir qui a été destitué en 2019 après 30 ans au pouvoir.

L'ancien commandant Janjawid présumé Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, également connu sous le nom de « Ali Kushayb », s'est volontairement rendu à la CPI en juin 2020 et la confirmation des charges à son encontre a eu lieu le mois dernier.

« Une nouvelle page » entre la CPI et le Soudan

Le Soudan s'est engagé sur la voie d'une transition politique et économique et, en octobre dernier, les autorités du pays et deux groupes armés du Darfour ont signé un accord de paix historique.

Mme Bensouda a récemment dirigé la première mission de la CPI dans le pays et a indiqué que la Cour et le gouvernement « ont tourné une nouvelle page dans leur relation ».

Citant une nouvelle ère de dialogue et de coopération, elle a ajouté que les enquêteurs se préparent à se rendre bientôt au Darfour.

Alors que la visite a ravivé l'espoir, l'enthousiasme pourrait facilement être freiné « par notre inaction ou une action tiède et inefficace », a-t-elle averti.

Remise des suspects

« Le message clair et cohérent que j'ai reçu des victimes du Darfour à El Fasher, Nyala et Zalingei est que les quatre mandats d'arrêt en suspens doivent être exécutés et que les suspects doivent être remis à la CPI », a-t-elle déclaré. Un message qu'elle a également souligné aux responsables soudanais lors de sa visite.

La Procureure a particulièrement insisté sur la nécessité urgente de transférer Ahmad Harun, un ancien ministre d'État, à la Cour.

« Presque tous les suspects sont sous la garde du gouvernement soudanais et il n'y a aucun obstacle juridique à leur remise à la CPI », a-t-elle déclaré.

« En particulier, des rapports crédibles et d'autres informations indiquent que M. Harun a exprimé son souhait d'être transféré à la CPI. J'appelle ce Conseil à convaincre le Soudan d'honorer immédiatement le souhait de M. Harun et de faciliter son transfert à la CPI sans délai », a-t-elle dit.

« L'un des moments les plus fiers de l'humanité »

Mme Bensouda a salué les habitants du Darfour pour leur courage, leur persévérance et leur foi inébranlable dans le cours de la justice, et leur soutien à la CPI, déclarant que c'était la seule institution qui leur promettait de l'espoir, ainsi qu'aux autres victimes.

En conclusion, elle a souligné l'importance de la Cour pour la communauté internationale. « Je dis souvent que la création de la CPI doit sûrement être l'un des moments les plus fiers de l'humanité », a-t-elle déclaré.

« C'est parce qu'il représente un réveil enraciné dans une grande souffrance humaine à travers les âges, culminant dans la reconnaissance que les guerres et les conflits sans loi ne doivent plus recevoir un laissez-passer pour provoquer un carnage humain », a-t-elle dit.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X