Afrique: L'Afrique qui innove au Festival NewImages à Paris

C'est un festival innovant qui a ouvert ses portes le mercredi 9 juin au cœur de Paris : jusqu'au dimanche 13 juin, des créateurs du monde entier y présentent des œuvres en réalité virtuelle ou en réalité augmentée. Et cette année, en partenariat avec la saison « Africa 2020 » de l'Institut français, le Forum des images met à l'honneur des créateurs africains.

Que l'on coiffe un casque de réalité virtuelle pour se retrouver plongé à Dakar, que l'on utilise une application sur son smartphone pour voir s'animer un portrait d'un ancêtre, ou que l'on découvre l'histoire des pharaons noirs du Soudan projetée sous la Canopée des Halles, différentes créations africaines à l'honneur du Festival NewImages utilisent tout le potentiel des nouvelles technologies pour mettre en scène des contes traditionnels ou des rites.

Le Forum des images a même coproduit des œuvres spectaculaires, comme le video mapping, la projection d'images sur la façade de l'église Saint-Eustache qui aura lieu vendredi et samedi. Un collectif d'artistes sud-africain réinterprète le conte traditionnel Chosi chosi en utilisant l'animation en 2D et 3D.

Aux yeux du directeur du festival, rien d'étonnant à ce que le continent africain soit l'un des plus prometteurs en termes de créations usant de ce nouveau moyen d'expression qui utilise les outils du cinéma, du jeu vidéo et des arts vivants.

« On voit qu'il y a un rapport au monde différent de celui de l'Occident, analyse Michael Swierczynski. C'est un monde peuplé d'ancêtres, de mythologies, de rituels forts. Vous avez des œuvres en sélection, hors compétition comme Atomu, dans laquelle vous pouvez choisir d'être un homme ou une femme et vous pouvez percevoir des esprits. On a l'impression qu'en augmentant la réalité, vous êtes à l'intérieur des mythologies africaines. C'est l'Afrique qui a le plus d'histoires à raconter en réalité immersive : ça relie le passé et le présent, la science-fiction et la technologie et la mythologie et la tradition. »

La réalité virtuelle au service des contes traditionnels

La styliste et plasticienne sénégalaise de 34 ans Selly Raby Kane, membre du jury, abonde dans ce sens. Elle a découvert ces nouvelles technologies en 2015. La jeune femme, qui a bouleversé les codes et les tendances de la mode sénégalaise, a été sélectionnée par la société sud-africaine Electric south : « Le but était de faire en sorte qu'il y ait un maximum d'heures de réalité virtuelle qui proviennent du continent. Il y avait un aspect militant pour que le continent produise ces œuvres en même temps que le reste du monde au moment où la narration en VR (réalité virtuelle) était en train d'exploser. J'ai intégré un groupe avec d'autres créatifs du continent. Et on a passé dix jours à être formés à ce nouveau medium, à travailler sur des logiciels, à scanner nos corps, à nous mettre dans des environnements virtuels. »

Deux ans plus tard, Selly Raby Kane réalisait un film de huit minutes, The Other Dakar : elle entraine le spectateur dans un monde psychédélique et dans les rues de la capitale sénégalaise, guidé par une petite fille pour une promenade virtuelle à 360°.

« Ce qui est intéressant pour nous qui venons du Sénégal, du Kenya, du Nigeria ou d'Afrique du Sud, c'est que l'art est considéré également comme un lieu d'archives et de transmission. Utiliser la réalité virtuelle pour parler de mythologie ou pour entrer dans des contes, pour nous c'est un moyen de s'adresser aux jeunes du continent, de préparer ceux qui arrivent, et c'est une façon de faire qui est ancrée dans nos cultures. »

Transmission entre générations

Utiliser les plus modernes des technologies pour favoriser la transmission entre générations, c'est également ce qui sous-tend l'exposition en réalité augmentée « Re/Member Your Descendants » des artistes sud-africains Xabiso Vili et Sonwabo Valashiya.

Le poète et slameur Xabiso Vili a mené une série d'entretiens avec des compatriotes. Sonwaho Valashiya a ensuite peint des portraits très colorés, qui s'animent lorsqu'on les scanne avec son smartphone.

Xabiso Vili s'empare des possibilités offertes par ce medium pour parler de spiritualité : « La réalité augmentée est excitante. Elle permet à ceux qui s'expriment, mais aussi aux spectateurs, de réfléchir à leur spiritualité et à la façon dont ils aimeraient être perçus dans le futur, comment leurs descendants pourraient les voir et les comprendre. Cela crée presque une nouvelle mythologie, des contes xhosa pour les nouvelles générations. Je crois que ces histoires ont le pouvoir de guérir les sociétés. »

Son ami, le peintre Sonwabo Valashiya complète : « On a le sentiment de préserver notre culture, notre mode de vie. On aimerait que nos descendants se souviennent de leur identité, sachent d'où ils viennent. »

Qu'elles soient virtuelles, augmentées ou immersives, les réalités africaines visibles au Forum des images marient intelligemment passé, présent et futur.

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