Afrique: Athlétisme - Ces records du Sénégal qui défient le temps

10 Juin 2021

Quinze records nationaux en athlétisme battus le siècle dernier tardent aujourd'hui à être effacés des tablettes. Ces performances qui défient le temps (dont celui de Gakou au 400 m qui date de 1968) ont souvent été réussies dans des conditions particulières dont les générations suivantes n'ont pas forcément bénéficié.

Ils sont 9 records nationaux chez les Hommes et 6 chez les Dames qui datent du siècle dernier ! Dont un, celui d'Amadou Gakou (45"01 aux Jo de Mexico de 1968), semble parti pour durer 53 autres années. Même si, selon Jean Gomis, Directeur administratif de la Fédération sénégalaise d'athlétisme (Fsa) et ancien Directeur technique national de 1992 à 2001), «ce dernier record aurait pu être battu depuis longtemps». Car, selon lui, le Sénégal a souvent eu par le passé de très bons coureurs de 400 m à moins de 46 secondes dont Ibrahima Wade qui avait réussi 45"05 au niveau de la mer. «Mais, il a eu un problème d'encadrement ou d'environnement, en plus d'avoir contracté une blessure à un moment clé de sa carrière», regrette Jean Gomis (Cf. par ailleurs).

Pour le Dr Nalla Fall, ancien athlète international, enseignant-chercheur à l'Ugb de Saint-Louis et expert-conférencier de World Athletics, le plus vieux record du Sénégal (celui de Gakou), comme toutes les belles performances réalisées en altitude, ont la particularité de résister au temps. Ainsi en est-il, même s'ils datent de moins longtemps, des records nationaux du 200 m Hommes (20"21 d'Oumar Loum réussi le 1er juillet 2000 à Mexico) et Dames (22"64 d'Aïda Diop signé le même jour et au même endroit), du triple saut Hommes (17,07 m réussi en mai 2008 à Addis-Abeba par Ndiss Kaba Badji) et du 100 m Dames (11"24 d'Aminata Diouf en 1999 à La Chaux-de-Fonds).

Sous d'autres cieux, il y a le record de l'Américain Lee Evans lors de cette fameuse finale olympique du 400 m de Mexico (2300 m au-dessus du niveau de la mer) où le Sénégalais Amadou Gakou avait fini au pied du podium et qui a tenu pendant 20 ans. Ou celui de son compatriote à la longueur (8,90 m) réussi lors de ces mêmes Jo et qui est encore le record olympique, même si comme record du monde il a été battu par Mike Powell (8,95 m en finale du championnat du monde de 1991 à Tokyo).

D'autres facteurs entrent également en ligne de compte pour expliquer ces records qui défient le temps. Le Dr Fall cite notamment les conditions d'entrainement et l'importance de la place accordée à l'athlétisme. «En ces temps-là, nos athlètes avaient la possibilité de séjourner à l'Insep de Paris pour des stages longue durée qui leur permettaient de participer à différents meetings en Europe». En plus, ajoute Nalla Fall qui est également entraîneur national de sprint et entraîneur à l'Université Gaston Berger, «nos meilleurs athlètes bénéficiaient de bourses pour aller se frotter à ce qui se fait de mieux à l'international». À l'image d'El Hadji Amadou Dia Bâ qui a côtoyé pendant plusieurs années les meilleurs hurdlers américains d'alors. Ce qui lui avait permis de les démystifier. Et de battre «le monstre» Edwin Moses en finale du 400 m haies des Jo de Séoul, en 1988, pour décrocher la médaille d'argent, avec justement son temps de 47"23 qui reste aujourd'hui encore la meilleure marque sénégalaise sur la spécialité.

Cri du cœur

Aujourd'hui, la donne a radicalement changé. Tout cela a disparu. Frédéric Mendy et Cheikh Tidiane Diouf de l'As Douanes sont actuellement les plus sûres valeurs sénégalaises sur le tour de piste avec respectivement des chronos de 46"29 et de 46"13. Le Dr Nalla Fall révèle qu'Amadou Gakou ne valait pas ce dernier temps avant d'établir sa marque de référence sur les hauteurs de Mexico. Et curieusement, Mendy et Diouf sont tous les deux des étudiants presque laissés à eux-mêmes. «Nous souhaitons que le ministère de l'Enseignement supérieur nous offre des bourses pour aller dans les grandes universités et rivaliser avec les grosses pointures», soutient le premier. Surtout que, ajoute son compère, «les conditions à l'Université où l'on est huit dans une chambre et avec une bouffe qui laisse à désirer, ne nous facilitent pas la tâche».

Même Amadou Gakou, l'homme au record sur 400 m qui tient depuis plus d'un demi-siècle, a lancé un cri du cœur en faveur de ses deux «héritiers». Invité de la 12ème journée de la Ligue d'athlétisme de Dakar, il y a quelques semaines, il avait affirmé que «si ces deux-là sont correctement soutenus, ils peuvent titiller, voire battre, mon record». Le Dr Nalla Fall dit exactement la même chose à propos de la sauteuse en hauteur Saly Sarr, avec sa meilleure performance mesurée à 1,70 m. «Mise dans de meilleures conditions, elle peut aller chercher le plus vieux record national en dames, celui de Constance Senghor (1,83 m) qui date de 1984», soutient-il. Cheikh Tidiane Diouf, lui, affirme nettement : «Mon objectif premier est de participer aux Jo, de décrocher une médaille olympique (... ) et battre le record du Sénégal si je suis mis dans les meilleures conditions». Et son partenaire de l'As Douanes d'enchaîner : «Mon rêve cette année, c'est de courir en 44" pour les minimas et si l'on me met dans les conditions idéales, je pourrais même viser plus loin».

D'autres comme Khoury Diagne (100 et 200 m), Abdoulaye Ndaw (200 m et membre du relais 4X100 m) ont les moyens de réussir de très grandes choses. «Mais c'est dommage qu'ils soient nés au Sénégal où rien n'est fait pour valoriser leur talent», regrette le Dr Nalla Fall.

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Les records qui datent du siècle dernier

HOMMES :

400 m (45"01) : Amadou Gakou, le 18 octobre 1968 à Mexico

Disque (56,72 m) : Ibrahima Guèye, le 07 mai 1978 à Dakar

Hauteur (2,26 m) : Moussa S. Fall, le 09 juillet 1982 à Paris

Poids (16,44 m) : Lamine Badji, le 28 août 1982 au Caire

800 m (1'44"06) : Moussa Fall, le 17 août 1988 à Zurich

400 m haies (47"23) : E. H. Amadou Dia Bâ, le 25 septembre 1988 à Séoul

4X100 m (39"26) : Charles Seck, Mbagnick Mbaye, Seydou et Oumar Loum, le 15 juillet 1992 à Nice

4X400 m (3'00"64) : Moustapha Diarra, Aboubacry Dia, Hachim Ndiaye, Ibou Faye, le 03 août 1996 à Atlanta

Javelot (79,30 m) : Bouna Diop, le 06 juillet 1997 à Fort de France

DAMES :

Hauteur (1,83 m) : Constance Senghor, le 27 mai 1984 à Dakar

Marathon (5 :25'13) : Gilberte Marie Gomis, le 11 janvier 1987 à Dakar

4X100 m (44"59) : Seynabou Ndiaye, Amy M. Thiam, Tacko Diouf, Aminata Diouf, le 20 août 1998 à Dakar

Poids (13,76 m) : Nafissatou Mboup, le 29 mai 1999 à Arles

400 m haies (54"75) : Tacko Diouf, le 16 juin 1999 à Athènes

100 m (11"24) : Aminata Diouf, le 17 juillet 1999 à Chaux-de-Fonds

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La belle époque du Plan de relance et des écoles fédérales

«Il fut un temps, l'athlétisme était vendable auprès des jeunes et de leurs parents qui rêvaient de voir leurs enfants devenir de grands athlètes». Le Dr Nalla Fall, ancien athlète international, enseignant-chercheur à l'Ugb de St-Louis et expert-conférencier de World Athletics, sait de quoi il parle. Frère cadet de Moussa Fall, recordman du Sénégal du saut en hauteur, il a aussi été athlète international et a «fréquenté» très tôt la première discipline olympique. Déjà, au Meeting de l'Unité africaine, en 1992 au stade L.S. Senghor, qui marquait le retour de l'Afrique du Sud dans la grande famille sportive mondiale après une longue suspension pour cause de politique d'Apartheid, «à huit ou neuf ans», il était agent de liaison. Jean Gomis, qui était alors adjoint au Directeur des Sports, se souvient que les résultats des athlètes sénégalais avaient été si mauvais ce jour-là que le Premier ministre d'alors, Habib Thiam, ancien champion de France du 100 m, s'en était vivement ému. Et lui-même, Jean Gomis avait été réquisitionné pour rédiger le «plan de réhabilitation de l'athlétisme sénégalais» (plus connu sous le vocable de Plan de relance de l'athlétisme) qui avait été adopté en Conseil des ministres.

D'un montant initial de 32 millions de FCfa, il était ensuite monté jusqu'à 100 millions de FCfa que «la Fsf gérait directement». Ce qui avait permis, selon lui, de dégager un groupe de performance qui bénéficiait d'un encadrement de haut niveau à tous points de vue ; et de doter chacun des membres du relais 4X400 m et autres Cheikh Touré (saut en longueur) et Ibou Faye (400 m haies) d'une somme de 7,5 millions de FCfa pour préparer les Jo d'Atlanta en 1996. Ce qui avait aussi, de l'avis du Dr Nalla Fall, fait que les athlètes sénégalais qui avaient fait piètre figure à domicile lors du Meeting de l'Unité africaine «ont renoué, dès les championnats d'Afrique suivants, avec le podium à l'image de Tacko Diouf ou d'Ibrahima Wade».

Malheureusement, ce fond a disparu alors que Daouda Faye était Ministre des Sports. Pour Amadou Gakou, le détenteur du plus vieux record national (45"01 au 400 m depuis les Jo de Mexico en 1968), «le Président de la République doit aider l'athlétisme sénégalais en faisant revenir le fond de relance, afin que la fédération puisse entretenir et motiver les jeunes athlètes».

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EL H. AMADOU DIA BÂ, RECORDMAN DU 400 M HAIES

«Il est essentiel de se frotter aux meilleurs mondiaux pour progresser»

La course de sa vie ! Et un chrono (47"23) et une médaille d'argent olympique pour l'Éternité, puisqu'ils ont valu à El Hadji Amadou Dia Bâ le titre de «Sportif sénégalais du 20ème siècle». Plus de 32 ans après sa folle chevauchée aux Jo de «Séoul 1988», au Pays du Matin calme, sa performance résiste aux assauts de tous ses «héritiers» locaux, même si comme record d'Afrique, elle a été effacée par le Zambien Samuel Matete. Dans cette interview, El H. Amadou Dia Bâ partage sa recette pour tutoyer les sommets.

Dites-nous, El Hadj, comment fait-on pour battre un record d'Afrique ?

(Rire). Avant de s'illustrer au plus haut niveau, il faut d'abord briller au plan national ; battre le record de son pays. Moi, j'avais battu celui du 400 m haies du Sénégal alors détenu par le capitaine Sarr dès ma première course sur la spécialité, en 1985, en France. Je m'étais alors dit qu'il fallait aller encore plus haut. Aux Jo de Los Angeles en 1986, je me suis classé 5ème. Après, j'ai continué à progresser ; j'ai participé à des championnats du monde, gagné des titres aux championnats d'Afrique. Cette continuité dans la performance m'avait permis de battre, aux Jo de Séoul en 1988, le record d'Afrique alors détenu par l'Ougandais John Akii-Bua depuis les Jo de Munich en 1972 et qui était en son temps le record du monde (47"82 Ndr). Mes 47"23 étaient alors la 3ème meilleure performance mondiale, derrière celles des Américains Edwin Moses et Andre Philips. Ce record du Sénégal dure depuis 32 ans, même si en tant que record d'Afrique, il a été battu par le Zambien Samuel Matete (en 47"10 en août 1991 en Suisse, Ndr) et il figure le 9ème meilleur temps de l'histoire sur la spécialité.

Vos séjours répétés aux États-Unis vous avaient aussi aidé, non ?

Tout à fait ! Je suis allé plusieurs fois aux États-Unis. Chaque année, j'y séjournais pendant 4 mois pour revenir en France participer aux compétitions. J'ai ainsi côtoyé mes adversaires directs pour les démystifier. C'était psychologiquement important. Parce qu'avant, quand on se croisait sur les aires de compétitions, on était un peu trop admiratifs et respectueux. En Europe, il y avait l'Allemand Harald Schmidt qui était très bon, mais n'avait jamais réussi à battre Moses qui a compté jusqu'à 120 victoires d'affilée. Par contre, moi je l'avais battu à Paris, sauf qu'il était tombé à la dernière haie. Ce qui pouvait jeter un peu d'ombre sur ma victoire. Mais, puisque je les approchais plus souvent lors des compétitions, j'avais fini par démystifier ces hurdlers américains. J'étais parmi les 5 meilleurs mondiaux, comme aux championnats du monde de Rome en 1987 où j'avais fini 5ème.

Votre titre africain aux championnats d'Afrique d'Annaba (Algérie) quelques mois avant les Jo de Séoul a-t-il été déterminant dans votre progression ?

Certainement, car elle était venue confirmer que j'étais sur la bonne trajectoire. Il restait juste à être présent lors des Jo. Car, même pendant les meetings, on se titillait entre les meilleurs mondiaux et ça se jouait à très peu. Et lors de la finale de Séoul qui avait regroupé les 8 meilleurs spécialistes du 400 m haies, j'avais simplement réussi la course parfaite.

D'où l'importance de se frotter aux meilleurs...

Absolument. Je le dis toujours à mes athlètes. C'est ainsi qu'on progresse. Les Babacar Niang et autres Moussa Fall couraient avec les meilleurs mondiaux au 800 mètres. Actuellement, nous avons au Sénégal Louis-François Mendy qui a le potentiel pour s'illustrer au 110 m haies. C'est pourquoi nous faisons tout pour qu'il aille en Europe pour avoir l'occasion de se frotter au plus haut niveau.

Pour en revenir à votre record du Sénégal, on a eu de bons coureurs de 400 m haies, mais aucun ne l'a battu. Pourquoi d'après vous ?

Simplement parce qu'ils n'ont pas eu la même trajectoire que moi. Quelqu'un comme Ibou Faye ou même Hamidou Mbaye aurait pu battre mon record. Mais ils n'ont pas eu, comme moi, la chance d'aller côtoyer les meilleurs sur la scène internationale.

Donc votre record est parti pour être centenaire ?

Peut-être pas ! J'espère qu'avec la nouvelle génération que nous sommes en train de préparer en direction des Jeux olympiques de la Jeunesse (Joj) de 2026, à Dakar, s'il y a après la continuité et le suivi nécessaires, ce record sera battu dans les années à venir».

Propos recueillis par B. Khalifa NDIAYE

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Constance Senghor, «la femme la plus haute du Sénégal» depuis 37 ans...

Elle détient le plus vieux record national féminin de l'athlétisme sénégalais. Le 27 mai 1984, lors des championnats nationaux, Constance Senghor a franchi la barre à 1,83 m ! Nouveau record du Sénégal et d'Afrique du saut en hauteur. Depuis, la marque a été effacée au plan continental (record actuellement détenu par la Sud-Africaine, Hestrie Cloete avec 2,06 m), mais reste inaccessible sur les sautoirs nationaux. Elle pointe «le manque de motivation et le fait que les filles se marient assez tôt» pour expliquer cette longévité.

Si Constance Senghor voit quelqu'un battre un jour cette performance, 37 ans après, «ce sera peut-être Saly Sarr, de l'Us Ouakam. Elle a le potentiel et est la mieux placée». Sauf que, selon elle, cette dernière est handicapée par le fait qu'elle fait l'heptathlon (une combinaison de 7 disciplines). «Il ne faut pas qu'elle se disperse. Elle doit se concentrer et se consacrer principalement à la hauteur si elle veut y arriver». N'empêche, le mètre 70 de Saly Sarr est encore loin ! Treize centimètres à la hauteur, c'est presque ... la mer à boire. Mais Constance se veut rassurante, même si elle estime que «ce n'est pas très motivant de pratiquer l'athlétisme. Il n'y a pas l'accompagnement qu'il faut ni même la prise en charge en cas de maladie». C'est pourquoi elle conseille la formule Sports - Études «avec priorité aux études», à ses protégés dans son centre de Thiaroye Athlétique Club.

Constance Senghor qui révèle avoir commencé par le demi-fond avant de transiter par la longueur avant de se stabiliser à la hauteur conseille à Saly Sarr et à toutes celles qui ambitionnent de l'effacer des tablettes de la Fédération sénégalaise d'athlétisme, de se trouver une motivation personnelle et de s'armer de persévérance. «Le succès est au bout de l'effort», philosophe-t-elle.

BKN

IBRAHIMA WADE (45"05 AUX 400 MÈTRES)

«Dans ma tête, je suis le recordman du Sénégal»

«Je pouvais battre largement le record de Gakou (45"01 aux Jo de Mexico en 1968 Ndlr) ; mais dans ma tête, je suis recordman du Sénégal du 400 m». Ibrahima Wade est sérieux lorsqu'il tient ses propos. Son chrono de 45"05 réalisé aux championnats d'Afrique d'athlétisme de Dakar en 1998 et qui lui avait valu la 4ème place, il n'en est pas peu fier. «Je ne conteste la performance de personne», tient-il à préciser ; mais son temps réalisé au niveau de la mer vaut le record national et de l'or pour lui.

Et il avait même la possibilité de faire nettement mieux, si de récurrentes blessures n'avaient pas jalonné sa carrière. «Depuis que je suis arrivé en France en 1995, je n'ai jamais eu une saison complète. Une vieille blessure à la cuisse gauche contractée au Sénégal quand j'étais militaire se réveillait à chaque fois que j'atteignais un certain niveau de performance», se souvient-il. Cette fameuse blessure qui l'avait privé des Jo d'Atlanta en 1996 et où, selon le Dtn d'alors Jean Gomis, «il aurait certainement effacé le chrono de Gakou».

Pourtant, Ibrahima Wade avoue qu'il n'était pas le plus doué de sa génération. Avec Ibou Faye, Aboubacry Dia, Moustapha Diarra, ils formaient une bande de spécialistes du tour de piste «où il y avait une belle émulation et aucune animosité. Au contraire, on s'entrainait ensemble, on s'entraidait et se rectifiait les uns les autres». D'après Wade, lui et ses copains avaient bénéficié d'un important soutien des dirigeants de l'athlétisme sénégalais d'alors dont Abdoul Mbaye, Président de la Fsa. Mais, selon lui, «le choix politique de l'État» de ne pas trop investir sur l'athlétisme a entraîné le déclin de la discipline.

Ibrahima Wade qui, sur le tard avait changé de nationalité sportive en optant pour la France, révèle aujourd'hui n'avoir nullement été guidé par l'argent ou les conditions matérielles. En fait, après un stage en Italie en 1997 où il s'était blessé (avec d'autres athlètes sénégalais) à force de s'entraîner sur une piste trop dure, «quelqu'un qui n'était mû que par ses intérêts personnels» les avait mis en demeure : «rentrer à Dakar et au Ciad ou rien». Vexé, Ibrahima Wade avoue avoir opté pour «rien». Au grand bonheur de la France qui l'a enrôlé.

PISTES DE RELANCE

Des cadres techniques à mieux outiller, des talents à mieux prendre en charge

Des cadres administratifs et surtout techniques de très haut niveau, le Sénégal en dispose en athlétisme comme aucun autre pays d'Afrique francophone, selon l'un de nos interlocuteurs. Il ne reste donc, d'après lui, qu'à les mettre dans les conditions de bien faire leur boulot. Et les résultats se feront très vite sentir. C'est le fameux «choix politique» à opérer dont parle Ibrahima Wade, ancien spécialiste du tour de piste. Ce qui, d'après le Dr Nalla Fall, enseignant-chercheur à l'Ugb de Saint-Louis, signifie aussi bien prendre en main et investir sur les jeunes pousses prometteuses dès huit ou dix ans et assurer le suivi à travers le système Sports-Études, ainsi que cela se fait dans des pays comme Cuba où lui-même a passé cinq ans. Une prise en charge précoce des jeunes talents (et non après leur éclosion) aurait par exemple permis de repérer très tôt Cheikh Tidiane Diouf, auteur d'un impressionnant temps de 46"13 au 400 m, pour quelqu'un qui n'a découvert l'athlétisme qu'à ... l'université.

Car, l'ancien athlète international Nalla Fall en est convaincu : «les résultats du Centre international d'athlétisme sont trompeurs parce que celui-ci n'aide que des athlètes qui sont au sommet». Ibrahima Wade se montre même plus radical : «Ma conviction est que le Centre international d'athlétisme de Dakar (Ciad) a contribué à tuer l'athlétisme sénégalais». Puisque, selon lui, «il est presqu'impossible à un athlète de haut niveau de se préparer chez lui. La preuve, à part Amy Mbacké Thiam, le Ciad n'a produit aucun champion sénégalais».

Plus de: Le Soleil

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