Ethiopie: Tigré - L'ONU réclame un accès immédiat à la province éthiopienne pour distribuer l'aide alimentaire

Yeshialem, 27 ans, tient sa fille de 6 mois qui souffre de malnutrition au centre de santé d'Aby Adi, dans la région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie.
10 Juin 2021

Le PAM, la FAO et l'UNICEF ont lancé jeudi un appel pour un accès immédiat à la province éthiopienne du Tigré, où au moins 4 millions de personnes sont confrontées à une faim sévère, et 350.000 parmi elles confrontées à des conditions proches d'une famine.

« L'accès doit être étendu bien au-delà des grandes villes pour atteindre les personnes dans le besoin, où qu'elles se trouvent, avec une assistance adéquate et sans délai », a déclaré David Beasley, le Directeur du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM).

De nouvelles données alarmantes ont confirmé jeudi l'ampleur de l'urgence de la faim au Tigré.

Le PAM a rapidement mis en place une opération d'aide alimentaire d'urgence en déployant plus de 180 employés et en augmentant les distributions alimentaires pour atteindre 1,4 million de personnes, mais c'est à peine la moitié du nombre à atteindre. D'autres agences onusiennes ont également du mal à atteindre de nombreux autres affamés du Tigré.

« La réalité brutale pour notre personnel au Tigré est que pour chaque famille que nous atteignons avec de la nourriture vitale, il y en a d'innombrables autres, en particulier dans les zones rurales, que nous ne pouvons pas atteindre », a expliqué M. Beasley.

« Nous avons lancé un appel pour l'accès humanitaire, mais nous sommes toujours bloqués par des groupes armés », a-t-il déploré.

La violence et les conflits permettent à la faim de resserrer son étau sur des millions de Tigréens qui ont été contraints de fuir leurs foyers note l'agence onusienne, qui souligne que « des millions de personnes ont un besoin urgent de nourriture ».

Selon le PAM, trois éléments sont nécessaires pour empêcher la faim de faire des millions de morts au Tigré : un cessez-le-feu, un accès sans entrave pour ses équipes et partenaires à toutes les régions, et de l'argent pour étendre ses opérations afin de répondre au nombre croissant de personnes qui ont désespérément besoin d'une aide alimentaire d'urgence.

5,5 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë

Une mise à jour de l'analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) menée au Tigré et les zones voisines d'Amhara et d'Afar par une quinzaine d'organisations partenaires conclut que plus de 350.000 personnes sont en situation de catastrophe, soit la phase 5 de l'IPC entre mai et juin 2021.

Il s'agit du nombre le plus élevé de personnes en phase IPC 5 depuis la famine de 2011 en Somalie. Cette crise grave résulte des effets en cascade du conflit, notamment les déplacements de population, les restrictions de mouvement, l'accès humanitaire limité, la perte des récoltes et des moyens de subsistance, et les marchés dysfonctionnels ou inexistants.

En mai 2021, 5,5 millions de personnes (61% de la population de la zone) étaient confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë : 3,1 millions de personnes étaient en situation de crise (phase 3 de l'IPC) et 2,1 millions de personnes en situation d'urgence (phase 4 de l'IPC). Et ce, malgré l'importante aide alimentaire humanitaire qui a touché jusqu'à 5 millions de personnes au cours des derniers mois.

Actions à entreprendre

La mise à jour de l'analyse du Cadre intégré préconise de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer l'accès immédiat et continu des organisations humanitaires à toutes les populations ayant besoin d'aide et le respect général de l'espace humanitaire afin que les droits fondamentaux de la population puissent être respectés. Cela inclut également un accès sans entrave aux services disponibles.

Le document exhorte aussi à assurer la mobilité sans entrave des personnes pour accéder aux points de distribution et aux zones où les services de base sont fournis et pour retourner chez elles en toute sécurité.

Il convient également d'accroître de manière significative l'aide alimentaire humanitaire en termes de couverture spatiale, de couverture de la population et de ration fournie. Il s'agit d'un impératif pour éviter que la situation ne se détériore au point de devenir une famine. Il s'agit notamment de fournir une aide immédiate et régulière pour réduire les déficits alimentaires, prévenir la malnutrition aiguë et la mort généralisée.

L'analyse de l'IPC prône également un financement durable pour assurer un soutien continu aux activités humanitaires alimentaires, nutritionnelles, non alimentaires et agricoles dans la région.

Elle estime que les conditions de vie des personnes déplacées et des communautés d'accueil sont désastreuses. Selon l'analyse de l'IPC, elles ont besoin d'un soutien immédiat en matière de nourriture, d'abris, d'autres articles non alimentaires essentiels, de soins de santé, d'eau et d'installations sanitaires, et de protection.

De plus, il importe de renforcer les méthodes de prévention de la Covid-19 et sensibiliser la population, notamment dans les zones rurales, en accordant une attention particulière à la population déplacée vivant dans des zones encombrées.

Enfin, les auteurs du document jugent impératif de mener des enquêtes approfondies sur la sécurité alimentaire, la malnutrition et la mortalité et assurer un suivi fréquent de tous les indicateurs et mesures clés, notamment par le biais d'enquêtes rapides et représentatives sur la nutrition et la mortalité.

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