Mozambique: Plus de 9.000 réfugiés mozambicains de Palma refoulés par la Tanzanie

Des réfugiés de la Mozambique
11 Juin 2021

Alors que l'insécurité dans le nord du Mozambique continue de provoquer le déplacement forcé de milliers de personnes, l'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a fait part, vendredi, de son inquiétude devant le rapatriement forcé au Mozambique de personnes qui s'étaient réfugiées en Tanzanie voisine pour échapper aux violences dans la province de Cabo Delgado.

D'après le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Dodoma a refoulé plus de 9.000 réfugiés mozambicains. « Selon les autorités frontalières mozambicaines, plus de 9.600 de réfugiés ont été renvoyés de force par le poste frontière de Negomano depuis janvier de cette année », a déclaré lors d'un point de presse à Genève, Babar Baloch, porte-parole du HCR.

Dans ce lot de refoulés, quelque 900 de ces réfugiés ont été refoulés entre le 7 et le 9 juin au Mozambique. Les équipes du HCR ont aidé les personnes arrivant dans des conditions désespérées, dont beaucoup ont été séparées des membres de leur famille. Ces réfugiés faisaient partie des populations, qui ont tenté de traverser la rivière qui marque la frontière avec la Tanzanie pour demander une protection internationale.

L'ONU appelle au respect du principe du non-refoulement

A leur retour au nord du Mozambique, les personnes refoulées de Tanzanie se retrouvent dans une « situation désespérée » à la frontière.

« Elles sont exposées à des violences sexistes et à des risques sanitaires, car beaucoup dorment à la belle étoile la nuit dans un froid extrême, sans couverture ni toit », a ajouté le porte-parole du HCR, relevant le besoin urgent d'articles de secours d'urgence, y compris de nourriture.

Face à cette dernière vague de refoulement, l'Agence onusienne réitère son appel pour que les personnes fuyant le conflit mozambicain aient accès au territoire et à l'asile. Il s'agit ainsi de respecter le principe de non-refoulement (pas de retour forcé). « Les réfugiés ne doivent pas être contraints de retourner dans le danger », a insisté M. Baloch.

Plus généralement, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) reste gravement préoccupée par la sécurité des civils dans le nord du Mozambique, alors que le conflit armé et l'insécurité dans la ville côtière de Palma continuent de déplacer des milliers de personnes, deux mois et demi après une attaque brutale menée par des groupes armés non étatiques.

Sur le terrain, des personnes fuient chaque jour la zone dans une quête désespérée de sécurité, tant au Mozambique que de l'autre côté de la frontière, en Tanzanie.

800.000 déplacés internes à Cabo Delgado dont 70.000 depuis fin mars

L'insécurité permanente a ainsi contraint des milliers de familles à se réfugier dans le sud des provinces de Cabo Delgado et de Nampula. Les districts de Nangade, Mueda, Montepuez, Ancuabe, Metuge, Balama, Namuno, Chiure, Mecufi, Ibo et Pemba continuent d'enregistrer de nouveaux arrivants chaque jour.

Quelque 70.000 personnes ont fui Palma depuis le 24 mars. Ce qui porte le nombre total de personnes déplacées dans la province de Cabo Delgado à près de 800.000, selon les estimations humanitaires. « Les personnes en fuite ont indiqué au personnel du HCR que la situation à Palma reste très instable, avec des tirs réguliers la nuit et des incendies de maisons », a indiqué M. Baloch.

Dans le même temps, des milliers d'autres personnes seraient bloquées dans des zones très peu sûres autour de Palma, avec un accès humanitaire limité. Dans ces conditions, le HCR continue de plaider pour que les déplacés internes bénéficient d'une protection et d'une assistance au Mozambique et pour que les personnes vulnérables cherchant la sécurité en Tanzanie voisine puissent accéder à l'asile.

Plus de 2.000 enfants non accompagnés

S'agissant de l'accès, le HCR et les agences partenaires ont récemment été autorisés à accéder à certaines zones éloignées pour aider les personnes déplacées vivant dans des conditions difficiles. Le HCR a pu distribuer des articles de secours à quelque 10.000 personnes déplacées.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) fait de « récits de meurtres et de mutilations, souvent de manière barbare, destinés à semer la terreur » au nord du Mozambique. « Des filles et des femmes ont raconté des histoires horribles de viols et de violences sexuelles et sexistes », a déclaré lors d'un point de presse hybride, James Elder, porte-parole de l'UNICEF.

Selon l'Agence onusienne, de nombreux rapports non vérifiés font état de garçons recrutés de force dans les combats et de filles enlevées pour servir d'«épouses » à des militants. De plus, après l'attaque brutale qui a eu lieu à Palma en mars, il y a environ 2.000 enfants enregistrés qui n'ont aucune idée de l'endroit où se trouvent leurs parents - ou s'ils sont même en vie.

Plus de 220 écoles de de Cabo Delgado attaquées

« Ce qui se passe à Cabo Delgado est une crise des enfants - une urgence par-dessus une urgence - un cocktail mortel dû aux impacts du changement climatique, du conflit et de la pandémie de Covid19 », a ajouté M. Elder.

Par ailleurs, près de 33.000 enfants souffrent de formes de malnutrition potentiellement mortelles qui nécessitent des soins spécialisés. Selon le HCR, ce chiffre va augmenter avec l'augmentation de la malnutrition prévue d'ici la fin de l'année à Palma, Macomia et Quissanga. En réponse, l'UNICEF fournit aux enfants souffrant de malnutrition sévère du lait et des aliments thérapeutiques spéciaux.

Sur un autre plan, plus de 300.000 enfants d'âge scolaire sont déplacés et dépendent de l'enseignement d'urgence. Dans le même temps, plus de 220 écoles et de nombreux systèmes d'approvisionnement en eau ont été attaqués. « Si cela est vérifié, cela pourrait constituer des violations graves contre les enfants », a fait remarquer le porte-parole de l'UNICEF.

Plus d'un tiers des installations sanitaires de Cabo Delgado ont été endommagées ou détruites.

« Dans les zones les plus touchées par les combats, aucun établissement sanitaire ne fonctionne », a conclu le porte-parole de l'UNICEF.

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