Afrique: Service et sacrifice - Les Casques bleus béninois mettent leurs compétences au service de la paix au Mali

11 Juin 2021
interview

Depuis 1995, des Casques bleus béninois sont déployés dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Pays d'Afrique de l'Ouest, le Bénin partage ses frontières avec le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria et le Togo.

La MINUSMA, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, est présente dans le pays depuis 2013 pour soutenir la mise en œuvre de l'Accord de paix, et près de 13.000 soldats de la paix militaires de l'ONU servent actuellement dans le pays.

Les Casques bleus travaillent dans des conditions dangereuses : depuis 2013, la Mission a fait face à de nombreuses attaques avec 158 soldats de la paix de l'ONU tués et 426 blessés.

La Mission compte sur les États membres pour fournir des équipements et des technologies essentiels à la mise en œuvre de son mandat. 29 pays sont contributeurs de la police de la MINUSMA et 61 pays de la force militaire de la mission.

Un de ces pays contributeurs de troupes est le Bénin. Le pays était engagé dans six opérations de paix pour l'ONU, dont la plus importante est la MINUSMA, avec 250 militaires et 157 policiers.

Major Akandal de Souza est le Commandant du contingent béninois au Mali. Dans un entretien accordé à ONU info, il explique que la préparation de ces hommes et femmes à différents types de scénarios leur permet de mieux réagir aux situations qu'ils peuvent rencontrer. Il est très fier d'être au Mali pour pouvoir assister un pays frère qui est en difficulté.

ONU Info : Depuis combien de temps le contingent béninois est-il au Mali ?

De Souza : Notre contingent est arrivé le 26 mars dernier. Nous sommes arrivés en deux vagues, la première vague a eu lieu le 26 mars et la deuxième est arrivée le 18 avril 2021. Cela fait donc deux mois.

ONU Info : Quelle est la taille du contingent ? Comprend-il des femmes, des hommes ?

De Souza : Mon contingent compte 250 personnels. Nous avons 13 officiers, 78 sous-officiers et 159 militaires du rang. Ce contingent a des femmes également. Nous avons 25 femmes, dont un officier et cinq sous-officiers, et le reste sont des militaires du rang.

ONU Info : La MINUSMA est l'une des missions les plus dangereuses des Nations Unies. Comment votre contingent fait-il face à tous les défis sur le terrain ?

De Souza : Pour faire face à tous ces défis, tout ce que nous essayons de faire est de prioriser les instructions et les exercices. L'instruction pour nous assurer que nos soldats ont toujours les compétences nécessaires pour accomplir les missions qui nous sont demandées. Les exercices, sont surtout pour nous assurer que nous sommes en mesure de réagir à tous les types d'incidents, les types de scénarios possibles auxquels on pourrait être confronté ici, au Mali.

ONU Info : Avez-vous des exemples d'exercices ou de formations ?

De Souza : Ici au Mali, nous nous entraînons surtout sur ce qui est de défense de base. Très régulièrement, nous faisons des exercices de défense par exemple du MHQ, ici, parce que nous avons comme tâche de sécuriser le quartier général de la mission. Régulièrement toutes les deux semaines, nous effectuons ces exercices avec différents types de niveau d'alerte, pour habituer nos soldats à pouvoir être en mesure de réagir en cas d'attaque de ce MHQ.

Nous faisons aussi d'autres types d'exercices, tout ce qui est contrôle de foule. Ce n'est pas notre mission première, mais on est aussi appelé à pouvoir être en renfort à tout ce qui unités de police au cas où ils seraient débordés. Nous faisons aussi des exercices pour nous préparer à pouvoir leur venir en renfort. Tout ce qui est maintien de foule nous le faisons également.

Nous faisons des exercices de tir pour nous préparer à pouvoir réagir efficacement avec précision à tout ce qui est menaces. Également des exercices de tout ce qui est escorte de convoi, parce que nous avons pour tâche d'en assurer sur ordre et tout ce qui est également protection VIP parce que nous avons aussi tâche de venir en suppléance ou carrément en renfort aux unités de police si l'ordre nous était donné de le faire. Tous ces exercices, nous le faisons régulièrement pour que les soldats puissent être toujours prêt pour les compétences qui leurs seront demandées en réalité.

ONU Info : Le pays est assez difficile avec de nombreux conflits internes. Quelles sont les structures ou les logistiques en place pour aider les Casques bleus de votre contingent à surmonter les défis ? Emotionnellement, personnellement ?

De Souza : Pour les aider nous nous appuyons essentiellement sur deux structures. Nous avons un service welfare, tout ce qui est bien-être, et un bureau sport. Le service welfare nous aide essentiellement à pouvoir organiser des activités récréatives au profit de la force. Nous nous assurons qu'ils ont les liaisons téléphoniques et les liaisons, les connexions Internet qui leur faut pour rester en contact avec leur famille, pour se distraire. Echapper un peu à la monotonie de la mission.

Nous organisons également, très régulièrement, des jeux. Le sport est tout le temps programmé pour que les gens puissent se défouler, s'exercer. Nous organisons également des jeux, des compétitions entre nous et bien sûr des activités et des animations culturelles. Notre pays a beaucoup de culture, nous avons beaucoup de chants et de danses, donc nous essayons d'en faire à chaque fois que ce peut pour que les soldats ne soient pas trop dépaysés par rapport à cela. Voilà, donc c'est essentiellement ça que nous faisons pour nous assurer que les gens restent toujours concentrés dans la mission et n'ont pas l'esprit ailleurs.

ONU Info : Est-ce qu'il y a des supports psychologiques pour certains soldats s'ils ont des problèmes de sommeil ou autres ? Est-ce qu'il y a des structures pour cela ?

De Souza : Au sein de la compagnie, nous n'en avons pas, mais notre cellule médicale, très régulièrement lorsqu'elle reçoit ce genre de cas, en réfère directement à des niveaux supérieurs, le niveau 2 pour avoir les compétences nécessaires. Parce que l'on n'a pas de psychologue à l'intérieur de la compagnie. Donc on en réfère aux structures de l'ONU ici à la MINUSMA dans ce domaine.

ONU Info : Avez-vous pu être témoin de moments réjouissants ou satisfaisants sur le terrain ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

De Souza : Il y en a eu quelques-uns depuis que le contingent est ici, cela fait déjà plusieurs années. Souvent, nous essayons d'organiser des activités, des projets à impact rapide que ce soit de petite construction, ou bien des réalisations de moulins ou carrément du soutien logistique aux organisations de diverses activités. Nous avons par exemple plusieurs associations de jeunes qui sont dans la zone de Bamako ici, qui viennent nous solliciter pour des appuis logistiques de tout genre pour leurs activités. C'est toujours avec plaisir du cœur que nous les assistons avec tous les moyens logistiques dont nous disposons.

Également, nous nous engageons parfois par exemple, au profit des cas un peu malheureux. Par exemple, les orphelins de militaires décédés au combat et ce sont surtout les Maliens. Nous essayons de venir en appui à leurs enfants à travers des distributions de kits scolaires, de tout genre de soutien que l'on peut leur apporter pour décrocher ne serait-ce qu'un sourire. Ou bien nous nous assurons qu'ils ne se sentent pas isolés, qu'ils ne se sentent pas abandonnés. Bien sûr, nos moyens restent très limités, mais nous avons déjà une grande satisfaction en nous sentant proches de cette communauté qui est présente autour de nous.

ONU Info : Est-ce que la communauté malienne accueille bien votre contingent ?

De Souza : Très favorablement, nous sommes très surpris. Il y a peut-être la barrière de la langue, mais les cultures, elles sont plus ou moins proches et beaucoup d'entre eux ont des contacts très étroits avec des Béninois. C'est toujours un échange convivial qu'on a avec eux lorsqu'on les rencontre. Ils parlent de notre pays. Nous leur disons également ce que nous apprécions chez eux ici, donc là, la collaboration est plutôt très fraternelle, très conviviale. Nous avons de très bonnes relations avec toutes les autorités ici, que ce soient les maires, les associations de jeunes. À tout moment, lorsque nous sortons, nous nous sentons plus ou moins à la maison, chez nous, ici.

ONU Info : Une question un peu plus personnelle. Pourquoi avez-vous choisi d'être Casque bleu ?

De Souza : La paix dans le monde est essentielle pour le développement. Sans la sécurité, il ne peut pas y avoir de paix, c'est impossible. Sans sécurité, il n'y a pas de paix donc il n'y a pas de développement. Pour nous, étant militaires, mettre nos compétences de militaires, de soldats, au service de cette paix en fournissant la sécurité nécessaire pour instaurer les conditions essentielles au développement, c'est toujours avec satisfaction, c'est toujours un honneur. Tout le monde n'a pas cette opportunité de le faire. Si nous, on a eu cette chance d'être appelé à le faire, on le fait avec grand plaisir, avec très grande satisfaction.

Dans le cas, par exemple du Mali, c'est toujours une grande fierté pour nous, une grande joie d'être ici, au Mali, en train d'assister un pays frère qui est en difficulté. La situation qui prévaut ici au Mali, si elle n'est pas contenue, elle va rapidement s'étendre à tous les autres pays. Et donc nous-mêmes, très loin, nous ne sommes pas en sécurité si nous n'arrivons pas à vaincre le mal ici à la base.

ONU Info : Si quelqu'un désire devenir soldat de la paix, qu'est-ce que vous lui direz ?

De Souza : Allez-y à fond, à fond, à fond. C'est une très noble vocation. Il n'y a pas meilleure manière de servir l'humanité tout entière. S'il n'y a pas de paix quelque part dans le monde, il y aura de la tristesse, il n'y aura pas de développement, il y aura tous les maux, tous les fléaux que nous redoutons. Une seule personne, un seul être humain qui n'a pas ce qu'il faut, qui n'a pas cette paix c'est l'humanité tout entière également qui est concernée. Donc, pour toute personne qui veut être au service de la paix, qui veut être casque bleu, je lui dirai simplement Go, Go, Go. Il n'y a pas meilleure chose au monde.

ONU Info : Vous avez de la famille au Bénin. Est-ce que c'est parfois difficile d'être au Mali avec votre famille qui est restée là-bas ? Y a-t-il parfois des moments difficiles pour vous ?

De Souza : Certainement. J'ai une femme et deux enfants et j'essaie de temps en temps de rentrer en contact avec eux dès que j'ai un peu de temps après le boulot. Et c'est toujours un peu difficile pour eux de me savoir si loin, pas proche d'eux, de ne pas être en mesure de pouvoir les aider ou bien d'être présent physiquement dans leur vie.

Mais ici j'ai beaucoup de collègues, beaucoup de frères, des gens avec qui j'ai eu à vivre pendant longtemps avec qui j'ai eu à travailler pendant longtemps. Donc, j'ai une sorte de seconde famille ici dans laquelle je suis et je m'en contente pour l'instant.

ONU Info : Cela ne doit pas toujours être très facile pour vous ni pour votre famille, n'est-ce pas ?

De Souza : Je suis très content et je crois qu'ils sont très contents de savoir que je suis au Mali en train de faire une très grande tâche, une noble tâche. Ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir abandonner sa famille comme ça et d'aller loin se battre pour une cause qui dépasse même l'individu lui-même. Donc ils sont plutôt contents. Et ils sont honorés, ils sont fiers que ce soit leur papa ou leur époux qui est en train de diriger ce contingent et donc de donner le meilleur de lui-même pour aider le Mali.

ONU Info : On parle beaucoup de la participation des jeunes dans le maintien de la paix. Est-ce important d'avoir des jeunes qui viennent dans la famille des Casques bleus et pourquoi ?

De Souza : C'est fondamental, c'est essentiel. Les jeunes sont les premières victimes souvent de la radicalisation. Quand vous voyez tous les personnels, que ça soit les insurgés, les djihadistes, la plupart ce sont des jeunes. Donc, emmener les jeunes dans la famille des Casques bleus, c'est justement amener leurs perspectives également, leur façon de voir le conflit. Et donc c'est essentiel, même à la résolution du conflit. Les écarter de cette résolution va certainement nous faire perdre des aspects importants de cette résolution et cela ne va pas nous servir de façon durable. Ces jeunes, s'ils doivent venir, ils sont les bienvenus, ils doivent être accueillis et on doit faire en sorte qu'ils soient bien plus nombreux que ce qu'on voit actuellement.

ONU info : Y a-t-il un certain nombre de jeunes parmi le contingent béninois ?

De Souza : À près de 90% je dirais, on est que des jeunes. Mais avec les limites d'âge de service chez nous, cela impose que nous ayons toujours une armée très très jeune. Plus de 90% de mon personnel est en dessous de 45 ans. Donc ce sont vraiment des jeunes, des gens qui sont encore dans la fleur de l'âge qui ont de la vigueur, qui ont de la force. Et on va s'en servir au maximum au service de cette cause, ici au Mali.

ONU Info : Commandant De Souza, est-ce que vous avez un dernier message ?

De Souza : Mon message serait juste qu'il ne faut pas abandonner. Le Mali est en difficulté, le monde entier à la lourde responsabilité de l'assister. Qui que ce soit, où que nous soyons, si nous avons les moyens, si nous avons les possibilités, les opportunités d'assister la MINUSMA, ou bien l'ONU de façon générale, à pouvoir résorber cette crise, il ne faut pas hésiter un seul instant. Parce qu'hésiter aujourd'hui, c'est que demain cela va nous revenir dessus et cela n'est pas bon. Nous devons l'éviter.

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