Sénégal: Pétrole - Une grosse polémique éclate sur l'Africa Oil Week entre pétrodollars dubaïotes et Sud-africains

interview

Confidentiel Afrique : Pouvez-vous nous présenter Africa Oil Week et quels sont ses enjeux géostratégiques ?

Mr Mahaman Laouan Gaya : La "Semaine Africaine du Pétrole" communément appelée "Africa Oil Week" est une plate-forme mondiale qui se tient chaque année et ce depuis 27 ans à Capetown en Afrique du Sud. Elle est organisée sous forme de conférence-exposition et réunie pendant quatre (4) jours les plus hautes autorités politiques africaines (Chefs d'Etat, ministres,... ), les compagnies pétrolières africaines (publiques et privées), des compagnies pétrolières internationales, des indépendants, des investisseurs, des compagnies parapétrolières, des prestataires de services pétroliers, des scientifiques et experts pétroliers et bien entendu la presse africaine et internationale. Ce gigantesque rassemblement, outre ses conférences-débats, met aussi en conclave les entreprises pétrolières africaines et les investisseurs pétroliers internationaux dans l'optique d'investissements dans l'amont pétrolier africain. Il faut noter qu'après vingt-sept (27) éditions de cette manifestation à Capetown en Afrique du Sud, contre toute attente, les organisateurs décident de délocaliser l'édition 2021 de cet important évènement africain vers Dubaï aux Emirats Arabes Unis. Voilà donc les raisons de la polémique qui s'en est suivie.

Confidentiel Afrique : Pourquoi une telle décision et qui sont ces organisateurs ?

Mr Mahaman Laouan Gaya : C'est un évènementielanglais dénommé Hyve Group plc, anciennement ITE Group, organisateur international d'expositions et de conférences qui a le privilège de l'organisation de "Africa Oil Week". Pour cette année, Hyve Group Plc, a confirmé que les thèmes seront axés sur les opportunités commerciales et les discussions sur la stimulation des investissements en Afrique pour son développement socio-économique durable ; mais pour la venue, Hyve Group Plc décide de délocaliser physiquement l'événement à Dubaï en raison disent-ilsdes restrictions dues à la COVID-19, en Afrique du Sud. Très bien réputée pour conduire des transactions et des tractations dans l'industrie pétrolière et gazièreafricains, "Africa Oil Week" a été malheureusement obligée d'accueillir l'édition 2020 en mode virtuel ; mais ce n'est pourtant pas une raison de l'organiser cette année hors du continent africain. Selon l'organisateur, c'est après une évaluation minutieuse des directives gouvernementales et une consultation avec les clients, qu'ils ont pris la décision de déplacer les dates et le lieu de Future Energy Series : Africa 2021 à Dubaï (Émirats Arabes Unis) du 8 au 11 novembre 2021. Une quelconque décision de délocalisation de cette manifestation, devrait pourtant être prise d'un commun accord avec les autorités sud-africaines et particulières celles de la ville de Capetown.

Confidentiel Afrique : Beaucoup d'organisations et personnalités africaines ne sont pas du goût de cette décision, n'est-ce pas ?

Mr Mahaman Laouan Gaya : Bien sûr, tout africain soucieux du devenir de l'industrie pétrolière des pays africains ne saurait cautionner une telle décision. Ils sont nombreux les autorités politiques du continent, les anonymes, les organisations telle que la Chambre Africaine de l'Energie (qui est une voix du secteur énergétique et pétrolier africain) qui se sont insurgé contre ce qu'ils qualifient d'humiliation pour le continent africain. Nous avons l'habitude d'affirmer qu'au vue de son potentiel en hydrocarbures, l'Afrique si elle se considère comme un producteur unique, peut valablement défier les Etats-Unis, la Russie et l'Arabie Saoudite. Cette volonté d'unifier nos politiques pétrolières, nous l'avons... . et je vous rappelle qu'au niveau de l'Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO), il y a un projet de création d'un marché physique africain de pétrole. Ce marché une fois pleinement opérationnel pourrait migrer vers sa financiarisation et cela nous permettrai de créer une bourse de valeurs spécialisée dans la cotation du pétrole brut africain qui de surcroît est très abondant et de trèsbonne qualité. Alors, c'est au moment où nous nourrissons toutes ces ambitions, qu'on vienne clamerque nous ne sommes pas en mesure d'organiser unesimple conférence-exposition sur le pétrole ici même en Afrique... c'est proprement inadmissible. Par ailleurs, il est très clair que le continent africain est de loin, le moins contaminé par la pandémie de la COVID-19 et nous avons sur le continent beaucoup de pays en mesure d'accueillir "Africa Oil Week-2021" dans les délais et en prenant toutes les dispositions sanitaires exigées par l'OMS dans le cadre de ce genre de rencontres (les campagnes de vaccination contre la COVID-19, ont donné les preuves d'efficacité dans tous les pays du monde). Je rappelle que Tokyo va organiser en juillet prochain les jeux olympiques et l'Arabie Saoudite d'organiser dans quelques semaines le traditionnel pèlerinage de La Mecque qui rassemble des millions de fidèles musulmans.

Confidentiel Afrique : On peut, peut-être reprocher aux africains de n'avoir pas pris soin de prendre depuis plus d'un quart de siècle des dispositions pour organiser eux-mêmes ce genre de manifestations

Mr Mahaman Laouan Gaya : Vous avezparfaitement raison, mais il faut dire que ce n'est pas par manque de compétences en Afrique que des structures non-africaines sont autorisées à compétir pour l'organisation de tels évènements. En Afrique du Sud même, il y a "Energy Capital & Power" (anciennement "Africa Oil & Power") qui est une importante plateforme africaine des questions énergétiques et pétrolières, qui appartient à des africains, qui a son siège à Capetown, qui a fait et qui continue à faire ses preuves en Afrique. Il faut que les politiques des différents pays africains s'y mêlent de façon conséquente et responsable. Il y a quelques années, il s'était agit de l'organisation du Championnat d'Afrique des Nations (CAN) au Qatar en 2015 ; mais quand le Président Obiang Nguema Mbasogo s'en est rendu compte, il a immédiatement convoqué le Président de la Confédération Africaine de Football (CAF) pour l'intimer d'organiser cette fête du football africain en terre africaine de Guinée Equatoriale ! Tout est question de volonté et de courage politiques. Alors, nous devrons éviter qu'un jour, pour une raison ou une autre, un pays du Golfe ne nous propose la tenue d'un Sommet des Chefs d'Etat de l'Union Africaine chez eux. Le fait de poser même ce genre problème, constitue une humiliation pour les africains.

Depuis Abuja (Confidentiel Afrique)

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