Ile Maurice: Victime collatérale de l'égorgeur - Les collègues d'Angeli Sumboo rendent sa maison plus vivable

Angeli Sumboo, 50 ans, dont le compagnon, Sachin Tetree, a été condamné à perpétuité pour avoir égorgé l'enfant de son voisin, a fait les frais, bien malgré elle, de la vindicte populaire. Dès que l'horrible nouvelle a été connue, la maison que le couple et leur fils occupaient, a été saccagée. Ce que la meute enragée ignorait, c'est qu'Angeli et son fils avaient été jetés à la rue une semaine plus tôt. Touchés par ce malheur qui lui colle à la peau, ses collègues ont cotisé et donné de leur temps pour rendre sa maison vivable.

C'est après sa séparation de son mari que Reshmi Sumboo, plus connue comme Angeli, vient s'installer à Beaux-Songes. Elle s'éprend de Sachin Tetree, de dix ans son cadet, lorsque celui-ci vient faire des travaux électriques chez elle. Celui-ci est déjà père d'un fils, qui vit avec sa mère. Le sentiment entre lui et Angeli Sumboo semble réciproque et ils emménagent une maison de la National Housing Development Company à la rue Albion, Petite-Rivière. Angeli Sumboo lui donne un fils, Abhishek, aujourd'hui adolescent.

L'entente entre conjoints est en dents de scie. Angeli Sumboo raconte que son compagnon, qu'il soit à jeun ou sous l'emprise de l'alcool, avait la main leste. Elle relève sa manche gauche et exhibe une vilaine cicatrice de brûlure. «Linn ébouillante moi ar dilo so.» Pourquoi être restée dans une telle relation ? Elle réplique d'abord «kan ou kontan enn dimounn... ». Mais la raison réelle est sans doute celle-ci : «Kan ou péna personn pou ale, ou oblize res lamem». Il arrive qu'elle porte plainte contre lui à la police mais après, elle retire sa déposition. Elle supporte les coups mais aussi que la fourniture électrique ait été interrompue car Sachin Tetree n'honore pas ses factures. Angeli Sumboo doit tenir une bougie au-dessus de l'épaule de son fils lorsque celui-ci fait ses devoirs à la nuit tombée.

Le fils de la première union de Sachin Tetree vient souvent chez eux. Elle sait qu'il a eu maille à partir avec son camarade de classe, leur voisin, Ritesh Gobin, 11 ans. Mais elle ignore ce qui se trame dans la tête de son compagnon. Une semaine avant le drame, Sachin Tetree la jette à la rue, ainsi que leur fils. Elle trouve refuge chez une amie.

Angeli Sumboo est choquée lorsqu'elle apprend ce que son compagnon a fait la semaine d'ensuite. En chemin pour regagner leur maison, elle et son fils ne comprennent pas les regards hostiles en leur direction. Et ils «battent dan abriti» lorsqu'ils découvrent que leur maison a été saccagée : porte enfoncée, vitres brisées, une partie de la cuisine incendiée, robinets arrachés, lavabo et cuvette de W.C brisés. «Ziska malpropreté dimounn inn fer dan lakaz». Malgré sa détention, son compagnon donne des directives à un parent pour que ses affaires soient enlevées du domicile. Autant dire qu'Angeli Sumboo et Abhishek se retrouvent dans une maison non seulement détruite mais quasiment vide.

Elle comprend la vindicte populaire et n'en veut pas aux gens, qui ont démoli la maison. Ceux-là ne pouvaient pas savoir qu'elle et son fils avaient été jetés dehors une semaine avant le drame. Par contre, elle ne comprend pas pourquoi les gamins de la localité continuent à traiter son fils de «piti kriminel». Celui-ci en est bouleversé et le vit très mal. Elle aussi, les gens l'affublent de l'appellation «fam kriminel», crachant sur son passage. Angeli Sumboo calme tant bien que mal son fils et passe son chemin en se disant qu'elle doit se battre seule.

Il y a deux ans, elle obtient un emploi de laboureur au Domaine de Gros Cailloux. Elle est affectée aux plantations de légumes. Le confinement de 2020 occasionne un redéploiement des travailleurs et c'est ainsi que Dorothy Odet, superviseure à la pépinière, la rejoint dans les champs. Les deux femmes font connaissance. Au début, Dorothy Odet n'est pas au courant du vécu d'Angeli Sumboo mais elle est bien vite mise au parfum par ses collègues. Son cœur fait mal un jour quand elle voit Angeli Sumboo laver le riz qu'elle avait emporté pour son déjeuner et qui a tourné et ensuite le consommer.

Dorothy Odet et ses amis réalisent qu'Angeli Sumboo et son fils vivent dans un dénuement terrible. Ils décident de venir en aide à leur collègue. Dorothy Odet obtient l'autorisation de sa directrice des Ressources humaines pour faire une levée de fonds, qui rapporte quelque Rs 5 300, son patron vidant son portefeuille, Nicole Saminaden, qui est une collègue de la belle-sœur de la superviseure, mettant aussi grandement la main à la poche. Ils réussissent à régler les factures d'électricité et d'eau duees et à reconnecter la maison où vit Angeli Sumboo et son fils à ces services essentiels. Ils achètent de la peinture, des robinets, un évier, des toilettes. Les collègues d'Angeli Sumboo se portent volontaires, qui pour repeindre la maison, qui pour revoir la plomberie et les canalisations, rendant la petite maison plus hospitalière, même si les vitres des fenêtres en aluminium sont toujours brisées et tiennent avec de la bande adhésive.

Si Angeli Sumboo a obtenu un réfrigérateur de seconde main, la partie congélateur ne fonctionne pas. Elle dort avec son fils sur un petit lit dépourvu de matelas. «Linn met so télévision lor drom», s'esclaffe Dorothy Odet. «Des fois ou sagrin, des fois ou oblize riye.» Un vieux bahut sert d'armoire à la mère et à son fils.

Le ministère de la Sécurité sociale a refusé une pension à Abhishek Tetree. Or, Dorothy Odet estime qu'il devrait y avoir droit puisque son père a été condamné à vie. «Kouma dir linn mort mem sa. Zenfan la dan sixième. Li bisin al collège. So mama pou ena boukou dépenses ar li», estime la superviseure de la pépinière du Domaine de Gros Cailloux. Il y a aussi des arrérages à régler par rapport à la maison que Sachin Tetree a ignorés et qui vont retomber sur les frêles épaules d'Angeli Sumboo. «Kont là inn bisin arrive enn Rs 70 000 par là. Pourvi ki pa met li deor.»

Dorothy Odet demande aux Mauriciens de venir en aide à ceux qui en ont besoin. «Essaye aide dimounn. Ou pas pou perdi narienler ou fer li.» Et à ceux qui ont les moyens, elle leur demande de ne pas rester dans leur zone de confort. «Ena dimounn zot ot. Baisse zot latet ek get seki emba ki pena ditou ek aide zot. Moi, mo pa kapav trouve enn dimounn an difficulte. Mo senti moi pa bien. Mo pa riche mais mo kontan saye aide mo prosin ek fer li vinn kouma moi.»

Pour Angeli Sumboo, qui a la larme à l'œil, toutes ces bontés à son égard, «se kouma dir monn gagnn lotri... »

Plus de: L'Express

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