Afrique de l'Ouest: Multiplication des attaques terroristes - La Côte d'Ivoire dans la même galère sahélienne ?

Attaque terroriste à Kafolo et Tehini
analyse

Il est devenu évident que l'incendie de l'insécurité qui consume les Etats du Sahel pourrait gagner ceux du golfe de Guinée, ou tout au moins la Côte d'ivoire.

En effet, samedi dernier aux environs de 19h GMT, une patrouille des Forces armées de Côte d'Ivoire (FANCI) est tombée dans une embuscade sur l'axe Tiéhi- Togolokaye dans le département de Bouna au nord-est du pays près de la frontière du Burkina. Selon le communiqué de l'état-major des armées ivoiriennes, il s'est agi d'une « attaque complexe... avec usage d'engin explosif improvisé au contact duquel un des véhicules a sauté ». Bilan officiel de cette attaque : 3 morts et 4 blessés plus ou moins graves.

5 jours auparavant, soit le 7 juin 2021, une autre attaque contre les FANCI dans la localité de Tougbo, toujours au nord-est du pays à quelques encablures de la frontière avec le Burkina, avait fait une victime. En une semaine ce sont donc 4 combattants des FANCI qui sont tombés sur le champ de bataille contre des groupes armés dont le modus operandi ressemble bien à celui des pseudo-djihadistes qui ont pignon sur rue, ou plutôt sur les dunes sahéliennes.

A ces 4 victimes du mois courant il faut ajouter les 14 autres de la première attaque des positions des FANCI à Kafolo dans la nuit du 10 au 11 juin 2020. La seconde, qui s'est déroulée le 29 mars 2021, simultanément contre 2 positions des FANCI, à Kafolo et à Kolobougou, avait fait 6 morts dont 3 militaires ivoiriens. On n'oublie pas la sanglante incursion terroriste dans la ville balnéaire de Grand-Bassam et les 19 macchabées qui ont été laissés sur la plage.

4 + 14 + 6 + 19, l'addition des victimes des attaques terroristes contre la Côte d'Ivoire commence à être lourde, tout comme grandissent les inquiétudes que la pieuvre terroriste n'étende ses tentacules du Sahel au golfe de Guinée. Cette dangereuse perspective est loin d'être une surprise. Elle se voyait comme un bouton sur le nez depuis l'attaque de Grand-Bassam et l'enlèvement de 02 touristes français et de leur guide au nord du Bénin en mai 2019. Du reste, le chef du renseignement extérieur français, monsieur Bernard Emié, avait informé en février dernier qui voulait prendre note qu' « Al-Qaïda au Sahel développait un projet d'expansion vers le golfe de Guinée » avec le Bénin et la Côte d'Ivoire dans le viseur. Cet avertissement n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd, côté lagune Ebrié où les autorités militaires avaient déclaré maintenir « la vigilance permanente concernant cette problématique de terrorisme. »

Avec cette double attaque en une semaine, la Côte d'Ivoire doit passer du mode vigilance à celui offensif avant que ces bandits sans foi ni loi ne se sanctuarisent dans sa région septentrionale. Pour ce faire, au-delà des patrouilles mixtes des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin préconisées dans le cadre d'une coalition des pays du Golfe de Guinée, un partenariat avec les pays du G5 Sahel s'impose.

De fait, au lieu de continuer à attendre le secours d'une communauté internationale attentiste ou le retour sur investissement de la « dette de sang » des tirailleurs africains dans la Première et la Seconde guerre mondiale de la part d'une France impuissante, les Etats africains doivent mutualiser leurs forces et appeler chacun à une conscription nationale spéciale pour faire échec aux projets de ces pseudo-djihadistes, en fait un cheval de Troie des forces du Mal qui les déstabilisent à des fins de prédation de leurs richesses.

En attendant ce sursaut continental, ou tout le moins ouest-africain, on croise les doigts pour notre cher Burkina Faso, car, avec les excroissances de la pieuvre terroriste dans le nord-est ivoirien, c'est l'ouest du Burkina qui risque de basculer à son tour dans la grande insécurité. Quand on sait que le nord et l'est du pays paient depuis belle lurette un lourd tribut à cette insécurité, le pays n'est pas loin d'être pris en tenaille entre les bases des terroristes dans le Sahel et les sanctuaires qu'ils viendraient à créer sur la route du golfe de Guinée. Aucun patriote ne peut avoir le sommeil rien qu'à y penser. Si ces assassins patentés poussaient racines dans le nord de la Côte d'Ivoire, c'est un corridor vers l'océan, une des portes principales d'ouverture du Burkina au monde qui serait compromise avec les conséquences incalculables pour les économies des 2 pays et de ceux de l'UEMOA. Imaginons alors qu'aux frontières sud du pays, à Dieu ne plaise, d'autres bandits de grands chemins installent leurs pénates ; ce serait un encerclement, un état de siège presque total du pays et bonjour la dégringolade de l'économie nationale et de tout ce qui va avec. Non, nous ne tombons pas dans le Faso pessimisme ni dans un scénario de science-fiction. C'est malheureusement une éventualité. Il faut en être conscient pour appeler à l'union sacrée en vue de conjurer le danger qui guette la patrie.

Dans cette logique, même si la guerre contre ces terroristes se gagnera sûrement à long terme, dans le court terme, il y a des batailles à ne pas perdre. L'instabilité chronique au nord et à l'est du Burkina ne doit pas gagner l'ouest et le sud du pays. Aucune alliance ne sera de trop pour éviter que le pays soit assiégé du nord à l'est et de l'ouest au sud.

Souhaitons donc courage et victoire aux FANCI et que la visite du ministre de la Défense ivoirien au Burkina en mai dernier ainsi que l'ouverture prochaine de l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Abidjan portent rapidement des fruits dans une collaboration multidimensionnelle pour bouter hors de la région et du continent la pieuvre et tous ses tentacules.

Plus de: L'Observateur Paalga

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