Algérie: Faible taux de participation aux législatives - Quelle légitimité pour le nouveau parlement ?

Karim Tabbou, militant et porte-parole de l'Union démocratique et sociale (UDS-non agréée)
analyse

Le 12 juin dernier, vingt-quatre millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire les 407 députés de la future Assemblée populaire nationale.

Au finish, c'est seulement 30,20% des électeurs qui se sont effectivement rendus aux urnes. Ces chiffres ont été dévoilés par Mohamed Chorfi, le patron de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les Algériens et les Algériennes ont boudé le scrutin. Et cela n'est pas sans rappeler les deux autres scrutins que le pays a organisés depuis la chute de Bouteflika en avril 2019. En effet, à la présidentielle de décembre 2019, seuls 40% des électeurs avaient fait le choix de se rendre aux urnes.

Abdelmadjid Tebboune était sorti victorieux de ce scrutin boudé par les Algériens. Au référendum constitutionnel de novembre 2020, le taux de participation était seulement de 23,7%. De ce point de vue, l'on peut dire que tous les scrutins post-Bouteflika ont été tous marqués par un faible taux de participation.

D'ailleurs, le premier responsable de l'ANIE, Mohamed Chorfi, a reconnu que le taux de participation enregistré à l'occasion de ces législatives, est le plus faible depuis au moins 20 ans pour ce type d'élections.

Le régime peut s'accommoder de n'importe quel taux de participation

Le Mouvement contestataire, Hirak, peut donc légitimement se frotter les mains, lui qui avait appelé les Algériennes et les Algériens à boycotter ces législatives. C'est la même consigne qu'il avait adressée aux électeurs à la présidentielle de 2019 et au scrutin référendaire de 2020. Il faut aussi apporter la précision que cette fois-ci, bien des partis politiques de l'Opposition avaient aussi appelé à bouder le scrutin.

L'on peut donc prendre le risque d'affirmer que les révolutionnaires algériens ainsi que les partis politiques de l'opposition qui étaient vent debout contre le scrutin, ont été entendus par les électeurs algériens. Dès lors, l'on est en droit de se poser la question suivante : quelle légitimité pour le nouveau parlement ? D'ores et déjà, le régime a sa réponse à cette question. En effet, le président Tebboune a laissé entendre ceci : « Pour moi, le taux de participation n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est que ceux pour lesquels le peuple vote, aient une légitimité suffisante ».

C'est clair et net, le régime peut s'accommoder de n'importe quel taux de participation. L'essentiel pour lui, c'est d'organiser des élections. Cette logique est largement partagée par l'ensemble des pays d'Afrique et d'ailleurs, qui n'ont aucun scrupule à malmener la démocratie. L'on avait eu la faiblesse de croire qu'en ce qui concerne l'Algérie, cela cesserait avec la chute, dans les circonstances que l'on sait, de Bouteflika.

Malheureusement, la nature du système établi depuis 1962, date de l'indépendance de l'Algérie, n'a pas changé. C'est seulement les hommes qui changent. Et cela selon le bon vouloir de l'armée, la toute puissante armée de libération nationale, fondée, entre autres, par un certain Houari Boumediene.

Ces législatives risquent d'enfanter une Assemblée nationale où tout ce qui émanera de l'Exécutif, passera comme une lettre à la poste

Et depuis que ce dernier a renversé Ben Bella en 1965, c'est l'armée qui fait et défait les présidents en Algérie. Et ce n'est pas en appelant à boycotter des élections que le Hirak peut provoquer un changement radical de la nature du système politique algérien. Le jusqu'auboutisme dont il fait preuve aujourd'hui, a peu de chances de prospérer en Algérie.

D'ailleurs, l'on peut se poser la question de savoir dans quel autre pays du Maghreb, la posture du Hirak peut porter des fruits. Dans aucun, peut-on répondre. C'est pourquoi l'on peut lui suggérer de changer son fusil d'épaule. Le tout ou rien en politique, paie rarement. Cela dit, et en attendant la publication des résultats officiels de ces législatives, l'on peut, d'ores et déjà, affirmer sans grand risque de se tromper, que le pouvoir de Tebboune en sortira renforcé et consolidé.

Cela ne souffre d'aucun doute. En effet, derrière certaines listes d'indépendants, pourraient se cacher d'anciens membres de partis politiques qui étaient au pouvoir. De ce point de vue, les législatives, les premières depuis la mise à l'écart forcée de Bouteflika, risquent d'enfanter une Assemblée nationale où tout ce qui émanera de l'Exécutif, passera comme une lettre à la poste.

Et le grand perdant sera encore le peuple algérien, y compris le Hirak. Pourtant, l'Algérie a suffisamment de ressources pour mettre à l'abri du besoin ce peuple qui, depuis l'indépendance du pays en 1962, ploie sous le joug de la pauvreté. Mais tant que le système ne changera pas en profondeur, cette pauvreté ira grandissante.

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