Congo-Kinshasa: D'immenses besoins humanitaires après l'éruption du volcan Nyiragongo

communiqué de presse

Deux semaines après l'éruption du volcan Nyiragongo, les autorités congolaises, ont appelé, lundi 07 juin, au « retour progressif » des populations qui ont fui la ville de Goma.

Le Premier ministre congolais, Sama Lukonde, a invité en premier lieu la population dont les maisons sont en bon état de regagner leurs maisons respectives. Les sinistrés eux, devraient attendre un plan de contingence mis en œuvre par de l'Etat congolais. Selon plusieurs sources, les mouvements de retour se font remarquer au niveau des ports lacustres où les déplacés de Goma qui avaient trouvé refuge à Bukavu commencent à rentrer.

La Cité de Sake, à 30 km de Goma est également concernée par ce mouvement de retour et les autorités provinciales ont disponibilisé quelques bus de transport pour la première étape de cette opération. Même si les autorités nationales rassurent que la situation a évolué, les experts volcanologues eux n'exclut pas encore à ce stade la possibilité d'une éruption à terre ou sous le lac. Ils recommandent à la population de rester vigilante et à l'écart des coulées de lave.

Sur le terrain, les défis sont énormes. En effet, cette crise, vient accentuer les besoins humanitaires préexistants et liés aux conflits et violences ainsi qu'aux urgences plus récentes du COVID-19 et de la MVE. Les Nations Unies évaluent les besoins à l'heure actuelle à environ 20 millions de dollars américains.

Retours timides et besoins humanitaires importants

Depuis samedi 29 mai, des mouvements pendulaires sont signalés entres les sites de déplacements et la ville de Goma. Les mauvaises conditions d'accueil, la crainte d'attaques armées, occasionnent d'important retours sur l'axe Minova-Sake-Goma. Plusieurs habitations dans la zone rouge de la ville, ont également été cambriolées dans la nuit du mardi 1er juin par des personnes munies d'armes blanches, signalent plusieurs familles.

« Nous n'avons pas de nourriture et presque pas d'eau. Depuis notre arrivée, la plupart d'entre nous dorment à même le sol dans les églises ou dans les écoles parfois sans fenêtres. Nous manquons de tout et nos enfants commencent à tomber malade », explique une déplacée à Sake.

Autre source d'inquiétude, les épidémies. En effet, plusieurs organisations humanitaires, dont Médecins Sans Frontières (MSF), ont rapporté plusieurs cas de choléra dans la cité de Sake. Pour l'instants, selon l'ONU, les déplacés internes sont répartis dans plus de 10 zones à l'intérieur du pays : Bukavu Ville, Idjwi, Kalehe-Minova, Kabare, Masisi-Sake, Rutshuru, Nyiragongo, Lubero, Goma, et Butembo, mais également au-delà des frontières congolaises au Rwanda. Près de 200 000 personnes n'auraient toujours pas pu rentrer à Goma.

Face aux besoins urgents des populations encore déplacées et de fait déjà retournées sur la ville de Goma, les équipes du CICR, en étroite coopération avec la Croix-Rouge de RDC (CRRDC) et la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR), ont déjà commencé à répondre aux besoins les plus urgents dans les domaines de l'eau, de la santé, et de la réunification des familles séparées, et évaluent déjà la deuxième phase de réponse en abris et biens de première nécessité notamment.

Un besoin urgent en eau et santé

La plupart des personnes déplacées sont actuellement hébergées par des familles d'accueil, tandis que d'autres sont logées dans des églises et des écoles surpeuplées. La question de l'accès à l'eau potable est cruciale et sa carence entraîne déjà de forts risques d'épidémie, tant à Goma que dans les sites d'accueil. La desserte en eau dans la ville de Goma a été sérieusement affectée par la coulée de lave qui a mis hors service un réservoir d'eau qui alimentait plus d'un demi-million d'habitants et qui a également détruit les principales lignes électriques qui alimentaient les stations de production d'eau.

« Près de la moitié de la population de Goma est privée d'eau potable alors qu'il y a de hauts risques de maladies hydriques comme le choléra », souligne Rachel Bernard, Cheffe de la Délégation régionale du CICR en RDC.

Les équipes du CICR se sont mises à pieds d'œuvre dès le lendemain de l'éruption pour assurer une continuité énergétique aux stations de production d'eau, et pour organiser des sources d'alimentation alternatives en eau sur la partie Nord-Est de la ville, la plus affectée. Déjà plus de 59 000 habitants du quartier de Munigi ont à nouveau accès à une source d'eau potable gratuite via l'approvisionnement par citerne d'un réservoir remis en service en urgence par le CICR.

En #RDC, 11 jours après l'éruption du #Nyiragongoà #Goma, les équipes du @CICR_Afrique en #RDC continuent de se mobiliser pour réunir des familles, assurer l'accès à l'eau et distribuer des vivres aux déplacés à Sake, Minova et #Bukavu.

Nous restons présents.#PamojaNaGoma♥️ pic.twitter.com/Byv6wG43m1

-- Rachel Bernhard (@RBernhardICRC) June 2, 2021

« Au lendemain de l'éruption, les femmes parcouraient entre 6 à 10 km par jour pour avoir de l'eau à boire à des prix dépassant parfois 1000 FC le bidon de 20 litres - soit dix fois plus que d'habitude. Les mères de famille témoignaient qu'elles ne pouvaient plus assurer l'hygiène de leurs enfants », rapporte Rasha Abu El Hassan, Coordinatrice du programme Eau et habitat au CICR.

Des camions-citernes approvisionnent aussi quotidiennement en eau potable la prison de Goma, les structures hospitalières de la ville et le centre de personnes à mobilité réduite. Plusieurs réservoirs d'eau ont également été installés et sont approvisionnés en eau potable par camions-citernes sur les axes principaux dans la cité de Sake et Minova, où sont regroupés des milliers de déplacés de cette crise.

Sur le plan sanitaire, les structures médicales ont aussi besoin d'un soutien urgent afin d'assurer la continuité des soins, dans les hôpitaux et dans les centres de santé primaire. Avec l'évacuation massive de la population des quartiers de la « zone rouge », les structures de santé de l'ouest de la ville ont accueilli des centaines de patients supplémentaires, ce qui a affecté leur capacité de prise en charge médicale.

Les centres de santé secondaires et l'hôpital Bethesda à Ndosho reçoivent un appui du CICR pour maintenir l'approvisionnement en électricité, en eau, et en médicaments. A l'Hôpital de Ndosho, le CICR a de plus installé des tentes pour gérer l'afflux de nouveaux patients, et continue d'y assurer la prise en charge des blessés par armes venant de toute la province du Nord-Kivu.

Les familles séparées commencent à retrouver leurs proches

Depuis le 23 mai, la CRRDC avec le soutien du CICR a enregistré 132 enfants non accompagnés, organisé la réunification familiale de 67 enfants non accompagnés, ainsi que l'enregistrement de 1 165 requêtes des parents à la recherche de leurs enfants. Les enregistrements et les réunifications des enfants séparés avec leurs familles sont en cours à Goma et dans les zones d'arrivée des déplacés. Au Rwanda, également, où environ 1 500 réfugiés ont été enregistrés, déjà plus de 120 enfants ont été localisés et enregistrés par la Croix-Rouge Rwandaise, soutenue par le CICR.

La réponse à la crise du volcan doit se poursuivre, c'est une crise dans la crise.

Des milliers de déplacés, dont notamment les foyers directement affectés par la coulée de lave, ont besoin d'abris, de matériel de première nécessité et d'hygiène, ainsi que de nourriture. L'impact sur les terres agricoles fertiles de la partie Nord-Est de la ville, importante source d'approvisionnement de la ville, ainsi que l'inflation galopante de denrées de base, risquent également de générer rapidement une situation de pénurie alimentaire. L'aide de tous les intervenants, autorités et organisations humanitaires, est cruciale pour répondre à l'ensemble de cette crise affectant des populations souvent déjà vulnérables.

La situation dans la province du Nord-Kivu demeure très complexe ; les défis socio-économiques et les conflits armés qui durent depuis des décennies ont déjà déraciné plus de 2 millions de personnes dans la province, dont près du quart en 2021. La région demeure l'un des endroits les plus exposés à l'insécurité alimentaire en Afrique. Chaque catastrophe amoindrit encore les capacités de résilience des populations.

A La Une: Aide et Assistance

Plus de: ICRC

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X