Congo-Brazzaville: Emile Ouosso « la ZES est un territoire étranger dans un Etat »

interview

Le ministre des Zones économiques spéciales (ZES) et de la diversification économique, Emile Ouosso, a fait, le 12 juin dans la ville océane, un point d'étape sur les visites des zones de Brazzaville et de Pointe-Noire. L'occasion de mettre à profit son expérience d'entrepreneur couplée à l'ambition de booster les ZES au Congo.

Monsieur le ministre, le 8 juin dernier, vous avez visité la ZES de Maloukou, aujourd'hui celle de Pointe-Noire sur ses deux emprises. Qu'avez-vous retenu de ces deux visites ?

Les ZES sont un projet du président de la République pour faire que le Congo soit à l'avenir, à l'abri de tous les risques liés aux matières premières. Raison pour laquelle la diversification économique a été ajoutée à ce ministère. Pour le président, retrouver les équilibres macroéconomiques ne passe que par un levier, celui de la diversification de l'économie, donc au travers des ZES pour faire que la macroéconomie soit en équilibre et ne soit plus secouée de temps en temps par la chute des cours des matières premières. Selon la théorie actuelle du commerce international, nous pouvons monter nos échanges à 90%, contre 10% de l'ancien schéma du commerce.

C'est pour cela que le crédo trouvé par le président c'est de faire que l'on passe à la diversification. Avec leur expérience très affirmée et aussi notre expérience d'entreprise, nous pensons que nous allons traduire tout cela en réalisation concrète. L'équilibre macroéconomique dépend de l'équilibre microéconomique qui est l'équilibre de l'entreprise. Si l'ensemble des entreprises marche bien dans un pays, le pays a un équilibre macroéconomique, quitte à l'Etat d'injecter quelques doses de régulation pour baisser les importations, créer la facilité et les zones spéciales. L'Etat ne crée aucune valeur.

L'entrepreneur est la seule personne dans la société à créer de la valeur. Donc il faut aider l'entrepreneur en créant un cadre lui permettant de travailler. Et les ZES sont un cadre approprié pour qu'il s'exprime. Le combat est de faire que l'entrepreneur ne soit plus seul d'où les ZES dans lesquelles il n'y aura plus ce harcèlement de contrôle permanent et injustifié.

Le gouvernement se bat pour stopper tout cela. Il fallait des bases théoriques, mais surtout des bases juridiques prises par le gouvernement depuis plusieurs années sous les textes organiques qui créent les ZES. Notre travail c'est de chercher les entreprises, leur expliquer la loi, les avantages et les mettre dans les ZES. Comme c'est une ZES, il n'y aura qu'un guichet unique à l'entrée. Il n'y aura pas les contrôles intempestifs que subissent les entreprises, comme se plaint à juste titre Unicongo.

Qu'avez-vous constaté concrètement à Maloukou ?

J'ai une sensibilité d'entrepreneur. A Maloukou, en voyant tout ce qui a été fait, vous avez été choqués. Considérons que toutes ces usines ont travaillé un cycle de cinq ans. Considérons simplement que c'est l'usure d'un cycle de production. On sera à l'aise de remplacer tout ce qui est « vétuste (NDLR) ». La preuve, des opérateurs ont démarré la production. Donc ce n'est pas du tout un drame. L'investissement a été fait dans les normes. Maintenant, il nous reste à trouver des gens capables de faire fonctionner tout le site à l'instar des quatre usines déjà fonctionnelles à Maloukou.

Quelles perspectives pour la zone de Pointe-Noire ?

La perspective, c'est ce qui justifie notre présence ici. Aujourd'hui nous avons vu les limites physiques. Et je remercie le cadastre national qui a fait un travail extraordinaire et va continuer à le faire puisque nous avons décidé de le mettre à contribution y compris pour les zones d'Oyo-Ollombo et Ouesso pour la simple et urgente raison que les industries forestières vont s'installer d'ici à un an.

Ainsi, on note l'urgence de faire terminer les enquêtes parcellaires, l'espace de délimitation, exproprier là où c'est nécessaire et liquider les droits. Donc nous avons l'urgence d'ici deux ans de terminer les problèmes d'expropriation, d'équipements, d'infrastructures, des voies d'accès. C'est le combat que nous allons mener parce que c'est un projet multisectoriel.

Comment allez-vous procéder pour attirer les investisseurs ?

Montrer que le pays est en paix, que le pays a des institutions stables et des infrastructures en cours d'installation ou qui fonctionnent déjà. Nous avons des aéroports internationaux partout. Nous sommes en train de refaire toutes nos routes. Nous sommes en train de nous battre pour réhabiliter le chemin de fer. Cela ne se fera pas en un jour, mais un investisseur comprend et s'insère dans cette dynamique.

Et souvent l'investisseur vous apporte des idées et même des solutions aux problèmes de base. Nos ZES doivent d'abord exister physiquement. On doit y accéder rapidement et ensuite que celui qui y accède ait toutes les facilités. Au-delà de tout, c'est toutes les avantages fiscalo-douaniers et administratifs contenus dans les lois. Les entreprises dans la ZES ont beaucoup plus d'avantages parce qu'on produit hors taxe.

C'est un territoire étranger dans un Etat. Cela permet d'exporter beaucoup et de moins importer pour améliorer les balances de paiement. Tout est mis en œuvre par le gouvernement pour encourager la production locale (agricole, artisanale, industrielle ou semi-industrielle) parce qu'il faut baisser le coût de nos importations. Comment peut-on être autonome dans la macroéconomie si on importe tout. Il faut qu'on arrive à inverser la tendance progressivement. Qu'on puisse au moins fabriquer les choses basiques.

A Maloukou, les usines sont prêtes pour la production. Qu'en est-il de la ZES de Pointe-Noire ?

On a le mixte. Si l'Etat par bonheur retrouve la capacité des ressources pour construire Maloukou, on le fera. A Pointe-Noire, il y a déjà un investisseur qui s'est présenté. A présent nous cherchons des développeurs pour développer la zone. Dans l'emprise B, un investisseur veut faire la raffinerie. Les investisseurs vont arriver. C'est notre travail. Le projet est tellement important que le président a obtenu de la Banque mondiale de financer un conseiller chargé de nous accompagner, le cabinet d'audit, de conseil et d'expertise comptable Deloitte fondé en 1945. Ce cabinet va nous accompagner dans la gouvernance de ce projet pour qu'il n'y ait pas de dérapage.

A La Une: Congo-Brazzaville

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X