Cote d'Ivoire: L'éditorial de Venance Konan - Ils sont là

L'ex-chef de l'Etat, Laurent Gbagbo
analyse

Ainsi donc, dans quelques jours, je dirais même dans quelques heures, il sera là. Oui, Laurent Gbagbo, sauf changement de programme de dernière heure, sera de retour dans son pays le 17 juin, après une dizaine d'années d'absence. Il devrait arriver jeudi prochain.

Le débat est actuellement de savoir la forme que prendra l'accueil que lui réservent ses partisans. Triomphal ou discret ? Tapis rouge ou pas ? Viendra-t-il avec Nady ou pas ? Et Simone ? Sera-t-elle à l'aéroport si Nady est là ? Viendra-t-il avec Blé Goudé ? Où habitera-t-il ? Avec qui ? Combien d'hectolitres de bière boiront en moyenne ses partisans de Yopougon dans la soirée du 17 juin si Laurent Gbagbo arrive effectivement ? Celui qui rêve de le voir à nouveau derrière des barreaux ira-t-il le saisir par les collets dès sa descente d'avion pour le conduire en prison ? Ses partisans envahiront-ils la piste d'atterrissage ?

Pendant que nous menons ces débats de haut vol, les autres, eux, ils sont là. Ils sont venus discrètement. Sans bruit, ils ont pris le temps de nous observer, de voir nos faiblesses, surtout face à l'argent, de nous infiltrer en se faisant passer pour des anges, et de s'installer tranquillement. Les terroristes djihadistes ont pris leurs quartiers chez nous et ont commencé leur œuvre de destruction et de meurtres. La menace djihadiste n'est plus quelque chose d'abstrait, de lointain, que l'on pourrait éviter en ne se rendant plus dans certaines parties des pays voisins. Chaque jour nous apporte son lot de morts et de blessés.

Ils frappent désormais quotidiennement, chez nous. Si pour le moment ils sont cantonnés dans le nord, personne ne peut dire jusqu'où ils sont implantés. N'oublions pas qu'ils avaient réussi à frapper Grand-Bassam. Hier, ils ont frappé à Téhini. Qui peut dire où ils frapperont à nouveau demain ? Chercheront-ils à profiter de l'effervescence créée par l'arrivée de Laurent Gbagbo pour frapper ?

Aujourd'hui, ou nous croisons les bras, continuons de nous acoquiner avec eux pour quelques billets de banque, des motos et une vague promesse de paradis avec des dizaines de femmes vierges en chaleur, et ils finiront par détruire notre pays comme ils ont presque réussi à le faire au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Nigeria. Ou nous nous levons pour les affronter. Nous n'avons pas d'autre choix que la seconde option. Et dans le cadre de cette lutte nécessaire, nous avons la chance, si l'on peut dire, d'avoir l'exemple des pays qui ont eu à affronter ce fléau avant nous.

Il y a ceux qui ont réussi à contenir le terrorisme, voire à le bouter hors de chez eux. Et il y a ceux chez qui la gangrène a prospéré et ne fait que gagner chaque jour du terrain. A nous de choisir le bon modèle. Nous avons aussi la chance d'abriter l'académie de lutte contre le terrorisme qui a été inaugurée il y a seulement quelques jours. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas pour nous narguer et nous dire qu'ils se moquent complètement de cette académie que les terroristes ont commencé à sévir ces temps-ci.

Mais je crois qu'avant toute chose, nous devons faire l'union sacrée autour de la mère-patrie. Il est d'ailleurs heureux que Laurent Gbagbo, lui qui se veut l'homme de la réconciliation, soit en train de rentrer maintenant. Lorsqu'il aura réconcilié son foyer et sa famille politique, nous espérons que nous parlerons tous désormais le même langage et unirons nos efforts pour faire face aux terroristes dont l'unique objectif est de détruire les vies humaines. Là où ils sévissent, ils ne font aucune distinction entre les enfants, les femmes, les hommes, les malades, les chrétiens, les musulmans, les athées, les animaux... A leurs yeux, tout le monde est coupable de vivre. Et ce crime se paie par la mort. Devant une telle bestialité dont nous avons des exemples tous les jours, il y a désormais des querelles, des palabres qui sont devenues vaines.

Fort heureusement, nous venons de finir avec l'essentiel de nos joutes électorales. Que rien ne vienne donc nous distraire dans cette lutte pour la survie de notre pays. Cependant, au-delà de cette union sacrée, il nous faut trouver les moyens de réarmer moralement notre peuple, de lui inculquer une valeur aussi simple que le patriotisme. Oui, si nous avons laissé tant de choses s'installer dans notre pays, c'est aussi en partie parce que notre sens du patriotisme n'est pas développé de façon égale dans notre société. Et chez bon nombre d'entre nous, la seule valeur éthique qui compte est le goût de l'argent gagné en vitesse, quitte à mettre son pays en danger pour y parvenir.

Les djihadistes se sont installés chez nous en distribuant des motos et de l'argent à des jeunes gens qui n'ignorent rien de leurs intentions, en corrompant des agents des forces de défense et des fonctionnaires qui ont fermé les yeux sur leurs différents trafics et leur implantation. Si nous ne nous ressaisissons pas dès à présent, nous paierons très chèrement ces égarements .

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