Afrique: Karim Khan, nouveau procureur de la CPI - 9 ans pour réussir sa reconversion

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, présente le 33e rapport de son bureau sur la situation au Darfour, au Soudan, au Conseil de sécurité de l'ONU à distance via VTC ©ICC-CPI

On croirait presque que Laurent Gbagbo n'a pas choisi au hasard la date de son retour en Côte d'Ivoire. C'est en effet demain jeudi 17 juin 2021 que l'ancien président ivoirien rentre au bercail d'où il avait été transféré en catimini il y a 10 ans à la CPI. Après de longues années de procédures et de procès, il a fini par être définitivement acquitté en appel par cette juridiction internationale, où il était poursuivi pour des crimes liés à la violence qui a suivi l'élection présidentielle de novembre 2010.

Alors donc que le Woody, qui vient de se tirer des griffes de la CPI, est en train de faire ses valises à Bruxelles, Fatou Bensouda, celle qui s'était littéralement acharnée sur lui, quitte à bégayer son droit et à susciter moult interrogations sur son impartialité, cède officiellement son fauteuil aujourd'hui. Celle qui fut ministre du sanguinaire Yaya Jammeh avait été on se le rappelle, désignée par consensus en 2011, tout comme d'ailleurs son sulfureux prédécesseur, Luis Moreno Ocampo.

Rien de tel pour Karim Khan, qui a dû passer par deux tours de scrutin pour se faire élire. Signe sans doute des clivages et des doutes qui traversent cette juridiction, à moins que ce ne soit la marque d'un intérêt accru de la part des 123 Etats parties du statut de Rome.

Boudée par de nombreux Etats à l'image des Etats-Unis, la Chine... , pour qui il n'est pas question qu'un des leurs y soit traîné, l'institution qui siège à la Haye a souvent été critiquée pour son tropisme africain très marqué. De fait, de Laurent Gbagbo à Jean-Pierre Bemba, entre autres, ils sont en effet nombreux les Africains, dirigeants ou pas, à être passés sous les fourches caudines de la CPI ou dans son viseur, comme l'est actuellement l'ancien président soudanais, Omar El Béchir.

Certes, ceux qui y sont poursuivis ne sont pas des enfants de chœur, et là pas du tout, car c'est moins pour la couleur de leur peau que pour les présumés actes horribles dont ils se sont rendus coupables.

Là où la balance judiciaire de la CPI n'est pas toujours équitable, c'est que bien d'atrocités sont souvent commises ailleurs sans qu'elle ose lever le petit doigt, que ce soit par l'armée israélienne dans les territoires occupés, ou par celle américaine en Afghanistan.

C'est d'ailleurs l'un des dossiers qui attend le nouveau procureur. L'autre priorité pour l'avocat britannique de 50 ans sera de réconcilier le continent africain avec cette Cour qui à ses yeux apparaît comme un instrument des puissants de ce monde, au besoin une machine à ajuster les têtes des Africains qui dépassent. Y parviendra-t-il ?

En tout cas, le moins que l'on puisse dire est que ce spécialiste des droits humains connait son sujet. Celui qui vient de diriger une enquête onusienne sur les crimes de l'Etat islamique a en effet exercé dans plusieurs tribunaux, notamment ceux sur le Rwanda, la Serra-Leone, le Liban ou l'ex-Yougoslavie. Autant de théâtres d'horreur qu'il a eu à arpenter. On n'oublie pas non plus qu'il a été le conseil de prestigieux clients comme Charles Taylor, condamné en 2012 à 50 ans de prison, Jean-Pierre Bemba ou Saïf Al-Islam. Un véritable avocat du diable s'il en est, qui passe de l'autre côté du prétoire, troquant ainsi sa robe d'avocat des «affreux» contre la toge du justicier qui défend désormais les victimes et la société. Il a en tout cas 9 ans, la durée de son mandat unique, pour réussir sa reconversion.

Plus de: L'Observateur Paalga

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