Sénégal: [PORTRAIT] Mohamed Julien Ndao, Pdg D'okapi Trading - « L'entrepreneur qui se rêve prophète chez lui

15 Juin 2021

Franco-Suisse d'origine sénégalaise, après avoir vécu 25 ans en Europe, l'ingénieur pétrolier Mohamed Julien Ndao s'est installé avec sa famille en Argentine, précisément à Rosario, la ville natale de Che Guevara et de Lionel Messi. Le Pdg d'Okapi Trading a créé des emplois en Guinée et souhaite le faire au Sénégal dont il salue la volonté du Chef de l'État de créer plus d'emplois pour la jeunesse. Chose réalisable, selon lui ; avec l'implication du secteur privé.

GENЀVE- (Correspondant permanent)- Entrepreneur avec un esprit positif, Mohamed Ndao s'est mis à son compte en valorisant son parcours professionnel. À Genève, il crée, en 2013, la société Okapi Supply Trading Advisory Sa spécialisée dans le négoce de produits pétroliers raffinés à destination de l'Afrique de l'Ouest. Ce Sénégalais a une vision panafricaine du développement. Kamsar Petroleum, filiale d'Okapy Trading, est créée en Guinée en s'appuyant sur l'innovation des stations mobiles qui permettent de stocker et de distribuer du carburant dans les lieux où la construction d'une station-service est impossible ou économiquement non viable. Avec son partenaire guinéen Louis Camara, ingénieur des mines, ils ont, en moins de cinq ans, multiplié le chiffre d'affaires, recruté plus de personnel, notamment des jeunes diplômés.

Mohamed Julien Ndao croit que ce modèle pourrait être répliqué au Sénégal, mais hors des grandes villes comme Dakar assez bien dotées en stations-service. Au Sénégal, avec une grande entreprise, il compte investir, au-delà du pétrole, dans le développement durable. Ses activités pétrolières remontent à 1998, alors qu'il faisait un stage dans une société de services parapétroliers en Angola. Cette expérience en exploration-production lui a ouvert les yeux sur cette industrie qui lui était inconnue. Ensuite, il intègre un grand groupe pétrolier français en Suisse entre 2002-2003 dans la partie raffinage-marketing. « C'est vraiment à partir de ce moment que j'ai pris la décision de me spécialiser dans le domaine pétrolier en intégrant l'Ifp (Institut français du pétrole) et l'Université d'Oklahoma (États-Unis) dans le cadre d'un double Master. Cela m'a mené à orienter ma carrière dans le négoce de produits pétroliers sur différents marchés internationaux (Afrique, Asie, Europe et Amériques) ». Après un parcours de 10 ans, notre compatriote décide, en 2013, de monter sa propre structure de trading domiciliée à Genève et orientée sur l'Afrique de l'Ouest pour l'essentiel.

Pétrole et emploi des jeunes

La question de l'inclusion des populations, plus particulièrement des jeunes, dans le développement économique liée à l'exploitation des ressources naturelles est cruciale. « Le Sénégal a la chance d'avoir un Président qui maîtrise les enjeux en lien avec l'industrie pétrolière. C'est très important au moment où des découvertes importantes de gaz et de pétrole brut ont été faites dans notre pays », estime M. Ndao. Ce dernier croit cependant qu' « il appartient au secteur privé de créer les emplois pour les jeunes et à l'État d'apporter sa contribution en actionnant plusieurs leviers. La formation, il l'inscrit en priorité afin de disposer de ressources humaines pour maximiser le contenu local, que ce soit sur le plan technique ou managérial. S'en suit la mise en place de conditions favorables à l'entrepreneuriat des jeunes à travers la règlementation et des structures d'accompagnement aux Pme et aux jeunes entreprises. « Nos sociétés investiront et créeront des emplois avec l'amélioration des conditions d'investissement dans le pays et la mise en place d'un cadre juridique et fiscal favorable à la création d'emplois. Il faut garder à l'esprit que la solution de l'emploi des jeunes passera par l'entrepreneuriat et le secteur privé. L'emploi dans le secteur public pourra être renforcé à la marge avec les nouvelles ressources budgétaires », analyse l'ingénieur pétrolier.

Le Pétrole et le gaz une opportunité pour l'avenir du Sénégal ?

Notre interlocuteur est optimiste, mais il pose certaines conditions. En effet, la situation de certains pays africains producteurs de pétrole incite à la prudence. Le pétrole et le gaz doivent servir de leviers pour permettre un « saut » en infrastructures publiques du pays. C'est un peu une ressource « tombée du ciel » qui peut servir à aider l'État par des ressources budgétaires additionnelles et l'économie nationale avec la création de services et d'entreprises en lien direct ou en support des activités pétrolières, explique M. Ndao. L'investissement de ce bonus, dit-il, doit se faire sans pour autant déstabiliser l'existant (inflation du coût de la vie, instabilité politique, etc.). « Il faut à tout prix éviter une dépendance de notre budget national aux revenus pétroliers qui doivent être orientés dans l'investissement et non dans des dépenses de fonctionnement. L'État doit garder sa sobriété en évitant les dépenses superflues », conseille-t-il. Les cerveaux du pays sont et restent la principale ressource dans laquelle il faut maintenir l'investissement pour élargir la classe moyenne et assurer le développement du Sénégal. « Nous avons beaucoup d'atouts qui préexistaient avant les découvertes pétrolières », ajoute-t-il, suggérant de renforcer davantage les bases dans les secteurs agricoles, touristiques, culturels, de la mode, de l'éducation et de la formation, de la finance, du bâtiment, mais également de l'industrie. De même, il faut encourager les entreprises sénégalaises qui réussissent « à s'étendre dans la sous-région et renforcer ainsi l'intégration dans notre zone économique ouest-africaine ».

« Le fait d'avoir du pétrole ne doit pas changer notre comportement en nous conduisant à avoir une attitude de rentier », avertit-il. Bien au contraire, « nous devons rester des entrepreneurs, des acteurs du changement ». À son avis, le pétrole est une énergie fossile dont l'avenir s'annonce plus qu'incertain et que le Sénégal doit tirer profit de cette opportunité du moment sur une fenêtre très courte pour se projeter dans le monde de demain : celui des nouvelles technologies, de l'intelligence artificielle et des énergies renouvelables. C'est la meilleure voie qui s'offre à notre pays, analyse le patron d'Okapi Supply Trading Advisory Sa. Ce sportif accompli qui pratique le polo apprécie l'art, la peinture contemporaine et particulièrement le cinéma. Il a coproduit le film de Mohamed Dia «Bamum Nafi » (Le père de Nafi), plébiscité avec deux prestigieux Léopards d'or.

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