Sénégal: Initiation dans le Blouf - Balingore renoue avec la ferveur du rite du «Boukout»

15 Juin 2021

Le village de Balingore officialise la tenue de la cérémonie d'initiation prévue en 2022. Les notables l'ont fait savoir, le weekend dernier, lors d'un grand rassemblement culturel qui s'est tenu dans cette contrée du Blouf. Le passé et plusieurs facettes de la tradition ont été revisités.

BIGNONA- Dès l'entame de la route latéritique qui mène à l'intérieur du village de Balingore, des tentes sont dressées devant la plupart des maisons aux abords. Loin, en face du bâtiment qui abrite le centre d'état civil, séparé par un mur du poste de santé, un marché est implanté, pour la circonstance, par des vendeurs venus en grande partie de la commune de Bignona, à une trentaine de kilomètres. De la friperie, du café Touba, des accessoires de femmes, des chapeaux, chaussures, tous sont listés par la cacophonie des hautparleurs qui rivalisent surplace.

À 10 heures, le soleil luttait pour briller sur la tête des milliers d'hôtes et d'autochtones, en vain, grâce à la générosité des tonnes de cumulus, les rayons sont étouffés. Tantôt le salut au canon retentit, «c'est distant de trois kilomètres à peine. Pour aller vite, emprunte une moto taxi», lance un homme, trouvé assis, chez le chef de village. Il avait la mine fatigué. Plus on s'approche, plus le bruit des canons résonnent fort, si fort que ça fait paniquer parfois.

Femmes, hommes et enfants chantent, dansent, aux rythmes des tam-tams et des flutes. Pour montrer leur bravoure, des hommes nouant des talismans au cou, autour des reins, au niveau des biceps se tranchaient, à l'aide d'un couteau, la langue, le ventre, la tête... sans succès. «Ce sont des hommes !», éclate de joie une voix masculine.

Du côté des femmes, colliers en perles en bandoulière, autour de la tête, des hanches pour d'autres, des couvercles de marmite, une bineuse manuelle et un décimètre de bout de fer de construction ... tous les moyens sont bons pour applaudir la prestation des futurs initiés.

Futurs initiés

Dans les rizières qui s'étendent à perte de vue, la famille responsable de la gestion du bois sacré se masse avec ses futurs initiés, elle aussi chante et danse. Les plus âgés se livrent à des invocations. Elles étaient auréolées de lourd bruit de canons : des tubes en acier rond de 60 millimètres de diamètre, longs de 50 centimètres, aérés par un petit trou vers le bas. Ils le remplissent de poudre, le place debout à quelques mètres de la foule et mettent le feu. «C'est fait ! Cette fois-ci, le village de Balingore tiendra son «Boukout» (cérémonie d'initiation en diola)», déclare un des notables au milieu de la foule. Et, cela est matérialisé par la fête : «Egolobaye», «un test de mobilisation, de conquête, grandeur de nature», confie Moussa Badji, responsable des bois sacrés. La voix cassée, cet enseignant à la retraite reconnaît la pression qu'il subit en conduisant une activité pleine de sacralité et d'interdiction pour la première fois de sa vie.

Annoncé officieusement en 2012, puis 2020, sans suite, le Boukout de Balingore aura lieu en 2022. «Celui qui devait le déclarer n'a pas voulu. Car, selon la tradition, toute personne qui prononcera la date des initiations ne verra jamais la célébration de celui-ci. Il va mourir avant le jour -J», souffle discrètement un grand notable du village. «Quatre sites sont retenus pour abriter les initiés dans les quartiers suivants : Etécom, Dianack, Kabaline... », explique avec beaucoup d'effort Mamadou Sané.

À 77 ans, le chef du village de Balingore reconnaît que plusieurs pratiques ont été abandonnées, depuis 1982, année de la dernière cérémonie d'initiation à Balingore, en raison du coût de la vie». Aujourd'hui, seul le «Egolobaye», une festivité teintée de danse, chant, acte de bravoure et tir de canon à poudre, est maintenu. Une journée d'ambiance au cours de laquelle «des bœufs sont immolés devant les différentes concessions du village en guise d'hospitalité pour les milliers d'étrangers qui affluent de partout», semble s'enorgueillir, l'adjudant-chef de la Gendarmerie à la retraite.

Plus ancien village du Blouf

Balingore est fondé vers le 12ème siècle, par Bouyanfang Badji qui, d'après les récits, venait de Djimande, le plus vieux village de la zone du Blouf. «Au début, tous étaient établis dans le quartier de «Kindiong» (alignez-vous bien en diola)», renseigne Mamadou Badji dit Meume, 77 ans, lui aussi enseignant à la retraite. Mais, avec l'arrivée, très vite, des familles Sané, Coly, Bodian, l'idée de s'unir, en diola «Balingore», pour mener une conquête afin d'étendre le village, a vu le jour. D'après le chef de village Mamadou Sané, quand les aïeux voulaient mettre la main sur un espace, ils identifiaient le plus puissant du groupe adverse et l'éliminaient systématiquement. C'est par la suite qu'ils assiégeaient les concessions et les rattachaient à la communauté. Aujourd'hui, Balingore possède 9 quartiers.

Chef-lieu de commune regroupant les villages de Mandégane et Bagaya, Balingore compte 7.200 habitants. D'importantes infrastructures sociales de base y ont été érigées ces dernières années : trois écoles primaires, deux cases des tout-petits, un lycée et un poste de santé. Une accessibilité devenue plus facile, depuis l'aménagement du tronçon de 28 kilomètres de la Boucle de Blouf. D'ailleurs, celle-ci facilite la mobilité des gros porteurs transportant des fruits vers le reste du pays et relance le développement économique de la zone rurale, jadis enclavée.

L'appui de l'État sollicité

En annonçant les initiations en 2022, le village de l'ancien Ministre Landing Sané, décédé en 2015, s'attend à une arrivée massive d'étrangers et de ressortissants de la diaspora. «Une charge qui nécessite l'appui de l'État dont nous saluons les réalisations dans notre contrée», sollicite Mamadou Mentére Sané, responsable politique dans la zone de Balingore-village.

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