Tunisie: Violences et abus policiers contre des jeunes à Sidi Hassine - La société civile monte au créneau

Displaced children resuming school in Kaya, Burkina Faso.
16 Juin 2021

Une marche nationale aura lieu ce vendredi à Tunis, en signe de protestation contre toute forme de violence policière. Une deuxième est prévue le 26 courant.

Les dernières violences policières contre des jeunes lynchés, humiliés et agressés jusqu'à la mort à Sidi Hassine continuent à faire couler beaucoup d'encre. Leurs familles, endeuillées, étaient hier présentes, lors d'une conférence de presse tenue au Snjt à Tunis, par un collectif associatif composé de la Ltdh, du Ftdes, de l'Ugtt, de l'Omct et bien d'autres fervents militants des droits et des libertés.

Les familles des victimes témoignent !

Emue jusqu'aux larmes, la sœur de Ahmed Amara, victime d'une inouïe sauvagerie policière qui avait succombé aux coups de matraque et de poing, vient livrer des témoignages qui font froid dans le dos : «Mon frère est décédé suite à une intervention sécuritaire musclée injustifiée et sans aucune raison d'être. Et les récentes déclarations publiquement prononcées par le porte-parole du ministère de l'Intérieur ne sont que des allégations mensongères. Soit des propos montés de toute pièce ». Elle a dit n'avoir plus confiance dans ce que révèle ce ministère. Chauffée à blanc, elle a fait appel aux autorités d'assurer la protection physique des témoins oculaires de ce «crime odieux». Car, à ses dires, le rapport final du médecin légiste est fin prêt. Cela dit, ceux-ci, de crainte de subir des menaces ou des pressions, pourraient ainsi faire volte-face. «Ce rapport censé révélateur de la vérité des faits risque d'être falsifié pour induire l'opinion publique en erreur», accuse-t-elle, ajoutant que ces témoins ont déjà été sujets à des harcèlements. « Que chacun assume sa responsabilité. De tels actes de violence ne sont plus tolérés », conclut-elle en colère.

Marche à Tunis, ce vendredi

Encore sous le choc de la mort suspecte de son fils Abdessalem Zayen, jeune diabétique incarcéré à Sfax pour avoir transgressé les dispositions du couvre-feu, il y a de cela plus de trois mois, sa mère n'a pas hésité de pointer du doigt les forces de l'ordre. «Mon fils est décédé après avoir été empêché de recevoir une injection d'insuline au sein de la geôle du poste de police à Sfax», raconte-t-elle, sur un air triste. Elle veut que justice lui soit rendue et que les coupables soient sévèrement punis. «Il n'est pas acceptable de voir continuer ainsi, dans l'impunité totale, faisant fi de la loi en vigueur», lance le président du Snjt, Mohamed Yassine Jelassi. Commentant ce qui s'est passé dernièrement à Sidi Hassine, il a fait porter l'entière responsabilité aux ministres de l'Intérieur et de la Justice. Et pour cause ! «Une marche nationale aura lieu ce vendredi à Tunis, en signe de protestation contre toute forme de violence policière », annonce-t-il, soulignant que toutes les forces vives de la société seront mobilisées pour mettre un terme à l'impunité. Et M. Jelassi de dénoncer les fausses déclarations qui continuent à être défendues par les autorités, au détriment des droits humains fondamentaux.

Appel à la démission du ministre de l'Intérieur

Sur cette lancée, Samir Cheffi, secrétaire général adjoint de l'Ugtt, est catégorique : «Ces pratiques policières abominables qu'on croyait révolues ne sont pas dignes de la Tunisie post-révolution ». Il a vivement dénoncé ce qui est arrivé à ces jeunes mineurs dont le droit à la vie a été spolié. Et d'ajouter que l'image-choc relayée sur les réseaux sociaux montrant un jeune tabassé et dénudé est un crime ignoble qu'il faut refuser et stigmatiser. « On doit tous s'y opposer, quitte à verser dans des pratiques aussi horribles que répressives », exhorte-t-il. Pour lui, l'impunité est aussi un crime qui doit être passible de sanctions. Et M. Cheffi de se rétracter, «De par cette position, on ne vise pas l'institution sécuritaire, d'autant qu'on aspire à une image plus rayonnante de la Tunisie». De l'avis du président du Ftdes, Abderrahmane Hedhili, cette politique policière répressive n'a jamais été un cas isolé. «Ce qui est en train de se passer, sur fond de violences policières contre des jeunes citoyens, augure une politique de répression systémique», prévient-il, indiquant qu'il a toujours alerté sur pareils scénarios. Aussi, s'agit-il, là, d'une politique d'Etat qui tolère tout ça ? «Ce qui pourrait se reproduire risque d'être encore plus grave!», prévient-il, en allusion aux multiples mouvements sociaux attendus.

«Outre la marche de ce vendredi, une deuxième aura lieu le 26 de ce mois, en commémoration de la Journée mondiale de soutien aux victimes de la torture», rappelle Chokri Latif, de l'Organisation tunisienne de lutte contre la torture. Une manifestation à laquelle ont, d'ailleurs, appelé plusieurs organisations de la société civile. D'après lui, ce qui s'est passé doit inciter à la démission du ministre de l'Intérieur...

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