Ile Maurice: Réouverture des frontières - Air Mauritius on board ?

À un mois de l'ouverture du pays aux touristes vaccinés, en attendant les 650 000 touristes visés dans le Budget 2021-22, beaucoup de questions se posent sur le rôle qu'y jouera le transporteur national. Alors que des personnes concernées de près ou de loin s'expriment sur le sort qui devrait être réservé à MK, les administrateurs ne se prononcent pas encore...

L'attente a été longue, mais porteuse d'espoir. En effet, après près de deux ans de fermeture, les frontières rouvriront aux touristes internationaux vaccinés le 15 juillet, sous certaines conditions. Qui dit réouverture, dit également relance du secteur de l'aviation. La réouverture se fera-t-elle avec ou sans Air Mauritius (MK) ? Quelle stratégie sera adoptée ? Où se situe donc MK, la compagnie aérienne qui a célébré ses 54 ans le 14 juin ? «Nulle part», ironise un pilote de ligne, en congé sans solde depuis des mois. Selon lui, MK est en attente. «Pendant que d'autres compagnies commencent déjà à faire du marketing pour Maurice, MK est toujours en mode wait and see. Et elle se veut un leader dans l'océan Indien. Quelle farce !»

Pour Raj Ramlugun, actionnaire chez MK, l'absence de visibilité et le manque de communication des autorités aux parties prenantes, laissent planer des spéculations, alors que l'heure est plutôt d'avoir une perspective sur l'avenir. Selon lui, il y a plus d'interrogations que de réponses, notamment sur les opérations de MK. «Si après le 15 juillet, il y a une ouverture du ciel, est-ce que la compagnie aérienne va opérer à 20 % ou 30 % de sa capacité ?» s'interroge-t-il. L'autre interrogation concerne la vaccination du personnel. «Combien d'employés ont fait leur vaccin pour que MK puisse opérer ? Malheureusement, il n'y a pas un minimum d'info sur la stratégie du positionnement de MK par rapport à la réouverture.»

De son côté, Fabrice David, député du Parti travailliste et porte-parole des employés d'Air Mauritius et d'Airmate au Parlement, dit vouloir lancer au gouvernement un appel au patriotisme et au bon sens pour qu'Air Mauritius ait la priorité absolue pour le transport des 650 000 touristes. «MK en a les moyens et le cruel besoin.» Selon lui, comme mentionné lors du Budget, le gouvernement vise l'objectif de 650 000 touristes dans les 12 prochains mois, ce qui correspond à une arrivée moyenne de 1 780 touristes par jour, autrement dit, l'atterrissage quotidien de six gros-porteurs remplis à 80 % et de cinq avions régionaux. «Cette réouverture ne peut et ne doit pas se faire sans Air Mauritius. Bien au contraire, MK doit être le principal moteur de cette reprise de notre activité aérienne et touristique. Avec ses quatre A350, deux A330 et deux A330 Neo, Air Mauritius possède à ce jour huit gros-porteurs, sans compter les 2 x A340 dont on ne sait toujours pas s'ils ont été ou vont être vendus. À cette flotte, se rajoutent évidemment nos trois ATR.»

Intervenant sur les ondes d'une radio privée, le 13 juin, Nando Bodha, ancien ministre du Tourisme de 2000 à 2003 et de 2010 à 2011, estime que c'est impossible de relancer le tourisme à Maurice sans une compagnie nationale efficace. «J'ai fait un calcul. On a parlé de 650 000 touristes. C'est à peu près sept vols par jour. C'est impossible même si tous les vols sont remplis. Je trouve que c'est un chiffre optimiste.»

Préparation intense

Megh Pillay, ancien Chief Executive Officer (CEO) de MK, estime que sans le transporteur national, le tourisme perd sa résilience et le pays perd une importante source de devises. «On ignore où se situe MK plus d'un an après sa mise sous administration volontaire. On sait toutefois qu'elle s'est délestée du gros de son effectif d'expérience et a vendu la flotte qui lui appartenait de plein droit. À moins d'un ressaisissement exceptionnel, d'une évaluation rapide de la demande, d'une planification pointue, d'une restitution judicieuse de sa flotte, d'une préparation intense du personnel navigant et d'une remise à jour des accords opérationnels, il est clair que la réouverture se fera sans MK.»

Parlant du tourisme, l'ancien CEO de MK explique que ce secteur perdra sa résilience sans la compagnie aérienne, qui a été son backbone naturel et historique pendant plus de cinquante ans. «Après le traumatisme subi, ce secteur a besoin de toute sa capacité d'adaptation à une nouvelle normalité car on ne retourne pas à la case départ de 2019. Les conditions ont changé complètement.» Selon lui, à travers le monde, les lignes aériennes opérant pour soutenir le tourisme international sont aujourd'hui en situation financière catastrophique. «La trésorerie publique leur assure la survie en mode veilleuse dans la mesure de leur importance stratégique et de leur apport critique dans la création de la richesse.»

Megh Pillay estime qu'avec la vaccination, la pression de la demande latente de voyage dans les pays sources de nos touristes va éclater avec la réouverture. «Quand cela arrivera, on se flattera que les chambres d'hôtels se remplissent à nouveau. Mais cet effet ne peut être qu'éphémère et insoutenable à terme. Si la capacité de rebondir n'est plus à sa hauteur pré-Covid, la reprise retombera comme un soufflé en dessous du seuil critique. Donc, le coût risque d'être bien plus lourd à payer pour les États insulaires comme nous si leurs lignes dédiées n'assurent plus la desserte au retour du tourisme mondial.» Il estime également que «la résilience dynamique, capitale à la durabilité du secteur, ne peut se faire qu'avec un transporteur national aguerri responsable de l'exécution d'une nouvelle charte de voyage international qui transformera toutes les parties prenantes de la chaîne de valeurs. Elle ne se développe pas avec des lignes étrangères opportunistes qui vont se ruer pour remplir le vide laissé par MK là, où et quand cela leur convient. En tout cas, le gros des recettes annuelles de Rs 20 milliards rapatriées par MK ira plutôt renflouer leur trésorerie privant notre pays d'un apport considérable à son PNB. Il coûtera donc plus cher de couler MK que de le sauver.»

Caroline Chen, directrice d'Atom Travel, qui avait obtenu le trophée de meilleur agent pour Air Mauritius en 2013, ne veut pas être pessimiste. «C'est sûr à 100 % que MK sera de la partie. C'est notre fleuron national. Notre fierté.»En attendant d'avoir des précisions auprès des administrateurs de MK sur la stratégie qui sera mise en place pour la réouverture de la première phase, des sources indiquent que les prochaines programmations de vols seront mises en ligne en fin de semaine. Pour commencer, Air Mauritius prévoit 3-4 vols hebdomadaires sur Paris et un vol hebdomadaire sur Londres. «Très ambitieux», avancent certaines. «Un pari osé», lancent d'autres. En tout cas, après le 15 juillet, l'on devrait être fixé...

Arrivées touristiques. 115 visiteurs débarquent en mai

Alors que les frontières sont encore fermées, ils sont quelques-uns à avoir foulé le sol mauricien pendant le mois de mai. Selon les chiffres compilés par Statistics Mauritius et publiés la semaine dernière, les touristes ont été au nombre de 115 contre 20 en 2020. 95 passagers sont arrivés par avion et 20 par voie maritime. Parmi les 115 passagers, il y a 87 hommes et 28 femmes, contre 18 hommes et deux femmes en 2020. De janvier à mai 2021, 2 945 passagers sont arrivés à Maurice avec le plus grand nombre ayant pris l'avion, soit 2 801 contre 304 873 à la même période correspondante en 2020. En ce qui concerne les recettes, les arrivées touristiques ont rapporté Rs 748 millions en 2020 pour le mois de mai. Si de janvier à mai 2020, les recettes étaient de Rs 15, 7 milliards, ce chiffre n'est pas disponible pour la période correspondante en 2021. D'où viennent ces passagers ? Selon les statistiques, 36 proviennent d'Europe, 44 d'Asie, 21 d'Afrique, deux d'Australie, sept de Nouvelle-Zélande, trois du Canada et des États-Unis, entre autres. Le Bureau des Statistiques recense également deux passagers qui sont arrivés par avion en provenance d'Inde en mai. Pour rappel, jusqu'au 15 juillet, seuls les vols de rapatriement et de cargo sont autorisés sur le territoire. Ceux concernés par les vols de rapatriement doivent produire un test PCR de Covid-19 négatif fait entre cinq et sept jours avant l'embarquement et un forfait voyage comprenant un hôtel en pension complète pour les besoins de la quarantaine de 14 jours, suivi de sept jours d'auto-isolement.

Plus de: L'Express

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