Congo-Brazzaville: Prince Oniangué - " Les émotions vécues avec la sélection du Congo sont inégalables et ineffaçables, elles seront toujours en moi"

interview

Alors qu'il officialise sa retraite internationale définitive sur ses réseaux sociaux, l'ancien capitaine du Congo (2014-2019) explique son choix dans nos colonnes sans animosité aucune.

Prince, tu as fait parvenir un document écrit à la Fédération pour formaliser ta retraite internationale. C'est donc une décision irrémédiable pour toi ?

Oui, c'est une décision mûrement réfléchie, après avoir pris le temps de peser le pour et le contre. Lors de mon passage sur le plateau de Talent d'Afrique (ndlr : en mars dernier), j'avais dit que j'attendais un cadre pour faire un éventuel retour. Mais aujourd'hui, je ne le vois pas.

Quel cadre attendais-tu ?

Dans les autres sélections, les joueurs professionnels ont été prévenus avant la fin du championnat du déroulement du stage : trajets, lieu, dates, afin de pouvoir organiser leurs vacances en famille. Moi, j'ai reçu un message whatsapp à 23h54 le 27 mai pour m'informer d'un stage en Turquie dix jours plus tard. Je me suis alors dit que je ne pouvais pas revenir dans ces conditions-là. Et j'ai envoyé ce courrier aux instances pour clore définitivement le sujet.

Le courrier, dont nous publions quelques passages, est rédigé sans animosité, apaisant même.

Oui bien sûr. C'est la fin de treize années d'émotions, de joie, de déceptions et de fierté. Dans ce courrier, j'ai d'abord remercié mes parents, car c'est grâce à eux que je suis Congolais, et aussi les autorités, les techniciens, les joueurs et bien sûr le public congolais.

Ne crains-tu pas d'éprouver un manque, un vide en fermant définitivement la porte du vestiaire de la sélection ?

Les émotions vécues avec la sélection du Congo sont inégalables et ineffaçables, elles seront toujours en moi. Mais il faut savoir s'arrêter, ne pas s'accrocher et transmettre le témoin. Il y aujourd'hui une jeune génération qui arrive, avec de grandes qualités. Il faut lui laisser la place pour qu'elle écrive désormais sa propre histoire et fasse à son tour vibrer le public congolais.

Dans ton courrier, tu fais part de ta disponibilité pour « apporter ton expérience au développement du football congolais ». Dans quel domaine l'imagines-tu ?

Rien n'est encore défini : aujourd'hui, je suis encore joueur dans mon club. Quand je dis que je me mets au service des instances, cela ne veut pas dire que je me vois sur le banc pour entraîner la sélection. Je suis et je resterai toujours Congolais et si on me le demande, je pourrais apporter ma vision, partager mes valeurs et mon expérience du professionnalisme dans lequel j'exerce depuis 2008 et qui fait parfois défaut dans l'entourage de notre équipe nationale.

Aujourd'hui, on attend l'officialisation de ton ancien co-équipier Francis N'Ganga dans ses fonctions autour de l'équipe nationale (ndlr : poste et fonctions à préciser). Est-ce un premier pas vers cette professionnalisation de la sélection ?

Oui, c'est positif. Francis, qui a fait ses débuts en sélection en 2008, comme moi, a été un élément important de l'équipe durant des années. Il connaît les limites et les problèmes qui freinent régulièrement notre équipe nationale. Avec son parcours de joueur, en Ligue 1, en Ligue 2, en Belgique, sa participation à la CAN 2015, avec son but qualificatif à Khartoum, il a les qualités pour aider l'équipe.

Vendredi, tu reprends l'entraînement avec Caen pour une nouvelle saison en Ligue 2. La presse normande te prête un rôle primordial dans le maintien acquis lors de l'ultime journée.

Moi, je suis né pour la réconciliation. J'aime ça. Mais avant de réconcilier, il faut analyser la situation. J'ai voulu savoir pourquoi le club était en difficultés depuis trois ans et j'ai sollicité monsieur Fortin (ndlr : Jean-François Fortin, président du club entre 2002 et 2018). Cela m'a permis de comprendre les choses et d'être un instrument pour faire en sorte que tout le monde aille dans le même sens. J'aime prendre l'image d'une voiture : quand ça ne va pas, il faut savoir s'arrêter et faire le point ; pourquoi ça ne marche pas ? depuis quand ça ne fonctionne plus ? A partir de là, on peut cerner le problème et essayer de le résoudre.

Sur le terrain aussi tu as apporté ton écot avec ce but lors de la victoire décisive face à Clermont et un rôle de taulier, au milieu et parfois en défense centrale. Te projettes-tu à ce poste ?

Je connais bien ce poste de défenseur central, puisque j'y ai été formé, et je l'apprécie. Cette polyvalence est un atout que je mets à disposition de mon entraîneur. A lui de choisir.

Pour revenir à notre saison, après un début correct, ça a été difficile jusqu'au bout. Mais je pense qu'elle nous rendra plus forts, car c'est dans la difficulté que se forge le caractère, que l'on apprend la persévérance.

Cette saison, tu as pu assister à l'éclosion d'Alexis Beka Beka et dans une moindre mesure de Jason Ngouabi, deux éléments prometteurs de la diaspora congolaise en Europe. Ensemble, parlez-vous du Congo parfois ?

Alexis, c'est mon petit. Je suis aussi très proche de son père. C'est un joueur pétri de talent, qui a déjà été sélectionné avec les équipes de France de jeunes. Il m'a déjà posé des questions sur le Congo, je lui ai fait part de mon expérience. L'avenir dira s'il fera, comme Jason, sa carrière chez les Bleus ou avec le Congo, mais ce que je peux dire, c'est que ce sont des garçons nés en France, qui ont fait toutes leurs classes en centre de formation. Donc si un jour, le Congo veut les attirer, il faudra pouvoir leur garantir un cadre et une organisation dignes de ce nom. Si on veut convaincre des professionnels, il faut se comporter comme tel.

Stéphane Moulin, le nouvel entraîneur du club, et le président Olivier Pickeu arrivent du SCO d'Angers. Un petit clin d'œil sympathique pour toi qui a porté les couleurs angevines lors de la saison 2009-2010 puis en 2018 ?

Oui, c'est plaisant de débuter ce nouveau cycle avec des personnes de confiance, des hommes compétents, qui ont fait leur preuve à Angers. A nous, désormais, d'offrir une belle saison au SM Caen et à son public.

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