Sénégal: Indemnité mensuelle de 50 mille aux chefs de village - Macky donne raison à Wade

Le temps semble donner raison à l'ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade. Et aussi le chef de l'Etat Macky Sall lui-même, du moins implicitement. L'une des décisions phares prises par le président de la République, Macky Sall, à l'étape de Matam dans sa tournée économique dans les régions nord du pays, du 12 au 19 juin, aura été le versement mensuel d'une indemnité de 50 mille F Cfa aux chefs de village, dès juillet prochain. Pourtant, c'est le même Président Sall qui, dès son accession au pouvoir, en 2012, avait mis fin aux émoluments de 50 à 70 mille F Cfa alloués à ces «auxiliaires» de l'administration à la base, par son prédécesseur, au non de la rationalisation des dépenses de l'Etat. Neuf (9) ans après, il cautionne et réédite ce qui, en son temps, était considéré comme une «opération électorale» (on était à la veille de présidentielle de 2012) pour le moins «onéreuse» et aussi à la veille d'élections, mais cette fois locales.

«Vous êtes un pilier de l'Administration décentralisée. Il est normal que vous ayez cette indemnité (de 50 mille F Cfa, ndlr). Je vous demande de poursuivre votre mission tout en restant vigilants sur les menaces transnationales. A chaque fois que vous verrez une activité suspecte, il faut le signaler». C'est le président de la République, Macky Sall, qui rectifie ainsi son «erreur», donnant raison «implicitement» à son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, neuf (9) ans après avoirs supprimé ces avantages. Lors du Conseil présidentiel territorialisé de développement de Matam qu'il a présidé, dans le cadre de sa tournée économique dans le Nord du Sénégal, le président de la République a annoncé la décision d'octroyer une indemnité mensuelle de 50.000 F Cfa aux chefs de village du Sénégal. Macky Sall qui a magnifié la «tâche importante» des chefs de village dans l'accompagnement des autorités dans plusieurs domaines, a relevé que cette indemnité n'est que justice. En ce sens que les délégués de quartier des communes bénéficient déjà d'une indemnité mensuelle. En attendant, le président de la République a invité le ministre des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo, et son collègue de l'Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, à travailler pour l'effectivité de cette mesure, une vieille doléance des chefs de village qui sera résolue en juillet 2021. Sur la question, des instructions ont été aussi données aux préfets et sous-préfets de finaliser la liste des chefs de village.

UNE DECISION RECHAUFFEE

Il faut noter que cette décision, qui intervient seulement quelques mois avant les élections locales du 23 janvier 2022 où la mouvance présidentielle ambitionne de rafler toutes les collectivités territoriales ou au moins 100% à Kaffrine, n'est pas une nouveauté. Dans le feu des débats sur le respect de sa parole pour la tenue de la présidentielle en 2017 (finalement organisée le 24 février 2019) et à la veille des législatives du dimanche 30 juillet 2017, Macky Sall avait émis la même idée, à un moment solennel. Dans son discours à la Nation du 3 avril 2017, veille de la célébration de l'accession du Sénégal à la souveraineté internationale (fête de l'indépendance, le 4 avril), chef de l'Etat avait annoncé la possibilité d'accorder une rémunération aux chefs de village. Ainsi, Macky Sall affirmait-il avoir déjà «instruit» son gouvernement «d'étudier les conditions de rémunération» de ces derniers qui, selon ses propos, sont des «relais indispensables de l'Administration, qui exercent une mission de service public, souvent à leurs propres charges». Quatre (4) années après, il réchauffe son idée, avec cette foisci une date buttoir pour l'effectivité de la mesure, en juillet 2021. Le gouvernement est tenu de tout mettre en œuvre, que ce soit le budget et le recensement effectif des chefs de village, dont le nombre ne cesse d'évoluer, d'ici là. En atteste, lors du recensement de 1988, on dénombrait officiellement 13.544 villages dans le pays. En 2013 on en comptait 14.958.

WADE AVAIT VU JUSTE ET FAIT MIEUX

Pourtant, c'est l'ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade, qui avait pris cette mesure, en 2011. La rémunération de ces chefs de village était comprise entre 50.000 et 70.000 F Cfa, selon le nombre d'habitants du village. Et c'est le Décret N°2011- 2072 du 29 décembre 2011 portant Statut et Emoluments du Chef de Village, publié au Journal officiel (JO) N°6662 du samedi 5 mai 2012 qui rendra cette mesure de Me Wade effective. Au Titre II du décret qui parle des «Emoluments et Attributs de fonction», il est indiqué, à l'article 7 : «Le Chef de village perçoit une indemnité mensuelle inscrite au budget de l'Etat égale à : - 50.000 francs CFA pour les villages de moins de 500 habitants ; - 60.000 francs CFA pour les villages ayant une population comprise entre 500 et 2 500 habitants ; - 70.000 francs CFA pour les villages de plus de 2 500 habitants». A l'époque, le ministère de l'Intérieur, dirigé par Me Ousmane Ngom, avait dénombré 17.835 villages officiellement recensés. Auparavant, Me Ousmane Ngom ayant vendu la mèche lors d'une rencontre, tenue à Ziguinchor, avec les chefs de village et le commandement territorial des régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, début juin 2011, le président Wade recevra plus de 2000 délégués représentant les 17.835 villages, au Village du Festival Mondial des Arts Nègres, à Dakar, pour leur livrer la bonne nouvelle, le mardi 19 juillet 2011. Quelques semaines après, le projet de décret sur le statut et les émoluments des Chefs de village a été adopté en Conseil des ministres, le 29 septembre 2011. Suivi du Décret N°2011-2072 du 29 décembre 2011 portant Statut et Emoluments du Chef de Village.

DES VOITURES, EN PLUS DE L'INDEMNITE DE 50 A 70 MILLE

D'ailleurs, avant même l'arrivée de Macky Sall au pouvoir en 2012, la mesure était déjà effective. Mieux, Me Wade avait mis à la disposition de certains chefs de village, notamment des gros villages peuplés ou chefs lieux de Communauté rurale, des véhicules. Des moyens de locomotion qui servaient à la fois d'ambulance pour les évacuations de malades, de corbillard pour le rapatriement de corps de villageois décédés ailleurs notamment dans des centres de santé et hôpitaux situés dans villes parfois éloignées, mais aussi à d'autres fins utiles au niveau de ces localités et celles environnantes parfois enclavées et dont l'écrasante majorité de la population croule sous le poids de la pauvreté. Mais le président Macky Sall avait supprimé, dès son accession à la magistrature suprême, ces avantages que le président Abdoulaye Wade avait accordé aux chefs de village. Pis, en plus de la suspension des émoluments, les véhicules leur ont été retirés, des fois d'une manière qui frise l'humiliation. Les Force de défense et de sécurité lancées à leurs trousses pour récupérer ces «biens» de l'Etat, qui leur sont octroyés «indument», certains chefs de village se sont vus débarquer de leurs voitures en pleine circulation, alors qu'ils effectuaient des courses, des missions... Ils continueront le reste du trajet ou rebrousseront chemin à pieds ou à bord de cars de transports en commun ou même de charrettes pour les chefs des localités enclavées et difficiles d'accès.

QUAND LA DENONCIATION D'UNE «OPERATION ELECTORALE» ONEREUSE PAR L'OPPOSITION GUIDE LE CHOIX DE MACKY, UNE FOIS AU POUVOIR

Cette attitude de Macky Sall s'expliquait par la vive polémique née de cette décision de Me Wade, prise à la veille de la présidentielle de 2012 ; surtout en une période où le pays était en proie à des manifestations contre une «troisième» candidature (ou mandat) annoncée du président sortant d'alors. Il s'y ajoute aussi que, dans ses prévisions, le ministre de l'Intérieur d'alors, qui tablait sur une indemnité de 25.000 F Cfa au moins, avait révélé que si celle-ci est alignée sur celle des vice-présidents des Communautés rurales qui venaient d'être revalorisés, ce seront 750.000.000 F Cfa supplémentaires que le Trésor public décaissera par mois et annuellement 9 milliards de F Cfa qui s'ajouteront à une masse salariale relativement «critique». (Cf. article de Sud Quotidien du 9 juin 2011 - «Revalorisation du statut du chef du village : Wade réinvente la roue»). Tout ça pour une «opération électorale» pour le moins onéreuse, dénonçait l'opposition à laquelle appartenait l'actuel locataire du Palais de l'avenue Room. Suffisant pour que, après son élection au soir du 25 mars 2012, Macky Sall reviennent sur cette mesure, au nom de la rationalisation des dépenses publiques. En plus de la suppression et fusion de nombreuses institutions, agences, directions de l'Etat dont le Sénat.

LE PRESIDENT SALL A L'EPREUVE DE LA CONSERVATION DU POUVOIR ET... DE SA COALITION

Seulement, après quelques années d'exercice, l'euphorie de la victoire dissipée, l'Etat de grâce s'amenuisant, le chantre de «la gestion sobre et vertueuse» sera confronté à la réalité de la forte demande de «recasement» d'une clientèle politique de son propre camp et des partis et coalitions qui l'ont aidé à atteindre le sommet. Tout comme la conservation du pouvoir et le maintien de ses alliés de taille dans la mouvance présidentielle. Conséquences, de nouvelles autres agences, des fonds et autres directions vont naître et mêmes des anciennes structures revenir sous une autre appellation, avec de nouvelles attributions ou dépouillées de leur pourvoir de décision. C'est le cas, par exemple, du «maudit» et «budgétivore» Sénat, dont le président était la deuxième personnalité de l'Etat, après le président de la République, qui sera ressuscité en 2016 sous forme d'organe consultatif. Il réapparaitra sous le couvert du grand manteau de Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT). Il y a aussi le Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS) dont les actions sont plus visibles et la Commission National du Dialogue des Territoires (CNDT), etc. entre autres.

A La Une: Sénégal

Plus de: Sud Quotidien

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X