Burkina Faso: Présumée extorsion de fonds CMA Sapouy - Daniel accuse, les agents se justifient

C'est un Daniel Birba, tout furax, les yeux rouges de colère, un grand pansement sur la tempe gauche, qui a fait irruption dans notre agence de Koudougou, le vendredi 11 juin 2021, pour crier son courroux contre les agents du centre médical de Sapouy, qu'il accuse d'extorsion de fonds, lui, pourtant, qui y a été conduit après avoir percuté un bœuf.

Commerçant de son état, Daniel Birba, résidant au secteur 8 de Koudougou, est un habitué du marché de Sapouy. Le lundi 7 juin 2021, en fin de soirée, alors qu'il venait de démarrer pour Koudougou, il va percuter un bœuf, juste à la sortie de Sapouy. Blessé, il est conduit au Centre médical de Sapouy pour des soins. "Les infirmiers qui m'ont accueilli m'ont tendu un bout de papier où il est écrit « Kit » avec la mention dessus 32 000 FCFA. Mon petit frère leur a fait savoir que nous n'avions pas la capacité d'honorer le prix de ce kit. Je leur ai demandé d'essayer de détailler le contenu du kit et de nous prescrire le nécessaire pour les soins afin qu'on puisse rejoindre Koudougou et acquérir le reste", raconte Daniel Birba. Selon lui, les agents auraient refusé, réclamant ni plus ni moins que le fameux kit. « Toutes nos supplications auprès des agents sont restées vaines. Je n'avais que 5 000 F », assure notre visiteur. Il aura fallu qu'un résidant de Sapouy se porte garant avant que le précieux kit leur soit remis, en charge pour eux d'envoyer l'argent une fois de retour à Koudougou. Il nous a même présenté le reste des produits que les traitants lui ont remis après sa prise en charge. Dans le kit, nous y avons trouvé exactement 02 plaquettes d'amoxicilline, 02 plaquettes d'ibuprofène, 02 plaquettes de métronidazole, une boîte de Bétadine, une bande, un sparadrap et des gants.

« Je ne suis pas d'accord. On ne peut pas être le médecin et être le pharmacien en même temps. Les agents ont écrit le montant sur le papier sans aucune précision sur son contenu. Le pharmacien n'a juste qu'à servir et encaisser 32 000 F sans qu'on sache ce que cette somme représente. Soit le patient a cette somme et il est soigné soit il n'est pas et il n'est pas soigné. Comment cela peut-il être acceptable ? Si le résidant de Sapouy ne s'était pas porté garant, je pouvais mourir, alors que les agents auraient pu juste me prescrire le nécessaire », peste Daniel Birba. « J'ai une sœur qui est de la santé. Dans la même nuit, elle s'est rendue au centre médical, mais ceux qui m'ont traité n'étaient plus là. Elle a dit que le contenu du kit qu'on m'a prescrit n'excède pas douze mille francs », rapporte notre plaignant. Pour lui, c'est une trouvaille des agents du CMA de Sapouy pour se faire illicitement de l'argent. « C'est du business qui est fait sur le dos des malades », martèle-t-il. Il précise qu'il a décidé de porter cette affaire sur la place publique pour dénoncer cette pratique, pour interpeller les responsables de ces agents et pour éviter que d'autres Burkinabè soient victimes de ce qu'il a qualifié d'extorsion de fonds.

Renseignement pris, il nous revient que dans la plupart des CSPS, ce type de kit n'existe pas. Ce qui n'est pas le cas dans les services pratiquant des interventions chirurgicales. Un agent de santé nous a cité, notamment les kits de césariennes, les kits de parage (ce qui a été utilisé pour le cas de Daniel)... avec les coûts liés à la gravité et à la spécificité de la prise en charge. Il y a aussi des kits pour la prise en charge des fractures dont le prix est aussi fonction de la gravité. Jointe au téléphone, l'équipe médicale de Sapouy a confirmé avoir reçu effectivement au bloc opératoire Daniel Birba, blessé, la tête enveloppée dans un pagne tout couvert de sang. En le consultant, elle a remarqué qu'il avait un détachement au niveau de l'œil et une blessure à la jambe.

Un attaché de santé en chirurgie de ladite équipe nous apprend que c'est le kit parage (lire encadré) qui a été utilisé pour opérer Daniel Birba, ajoutant que lui et ses collègues ont même opté pour le kit le moins coûteux compte tenu du fait que l'intéressé disait n'avoir pas suffisamment d'argent sur lui. « Nous avons un collègue qui s'appelle aussi Daniel Birba et qui se trouve être son parent. Ceci aidant, nous avons tout fait pour faciliter et alléger sa prise en charge », assure l'agent de santé. « Il a passé la nuit en hospitalisation et le lendemain, il nous a dit qu'il ne sait pas comment nous remercier. Il a pris nos numéros de téléphone, nous disant qu'il va nous appeler pour exprimer sa gratitude. Nous nous sommes séparés en toute cordialité », confient les traitants. « Ce n'est que quelques jours plus tard qu'un de nos collègues nous a informés que notre patient accidenté de la dernière fois se plaint et qu'il menace d'aller voir la presse", regrettent-ils.

Ils affirment que Daniel ne leur a jamais demandé de détailler le kit et que le restant des produits lui a été remis. Concernant les éléments que Birba nous a présentés, les soignants font remarquer qu'il y a des produits qu'il ne peut pas nous présenter car ils ont été utilisés pour le traiter. « Nous avons même utilisé des produits pour le soulager que nous ne lui avons pas demandé de payer. Il en va de même pour la consultation, l'hospitalisation et certains actes que nous avons posés et qui ne lui ont pas été facturés. Mais comme c'est ainsi, nous allons dresser la liste de tous ces éléments pour qu'il les honore », martèle un membre de l'équipe médicale.

Encadré

Composition du kit parage plus suture des plaies

1/ Ringer Lactate 500ml : 01

2/ SSI 0,9% 500ml : 01

3/ Gelofusine : 01

4/ Perfuseur : 01

5/ Intranul G18 : 01

6/ Sparadrap ½ : 01

7/ Bande velpo : 01

8/ Vicryl 1 : 01 : 04

9/ Vicryl 2/10 : 02

10/ Fil peau 2/0 : 02

11/ Gant vrac : 20

12/ Gant stérile : 02

13/ Perfalgan 1g : 01

14/ Diclofenac injectable : 01

15/ Seringue 10cc : 06

16/ Xylocaïne injectable : 02

17/ Compresses 40/40 : 30

18/ Ampi 1g : 02

19/ Amoxicilline gélule 500mg : 02 plaquettes

20/ Métronidazole 250mg comprimé : 02 plaquettes

21/ Ibuprofène 400mg comprimé : 02 plaquettes.

En pharmacie l'ensemble de ces produits revient à 33 915 FCFA.

A La Une: Burkina Faso

Plus de: L'Observateur Paalga

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X