Cameroun: « Ils seront évalués sur leur capacité à donner du sens à la décentralisation »

interview

Henri Séverin Assembe, Administrateur directeur de l'Institut des hautes études sur la gouvernance territoriale et la décentralisation.

Quel regard portez-vous sur l'action des magistrats municipaux élus le 9 février 2020 ?

Une année après leur prise de fonction, nous pouvons affirmer de manière objective que la plupart des magistrats municipaux se sont caractérisés par leur présence affichée sur l'ensemble du territoire. Du coup, le premier résultat que nous pouvons observer en rapport avec l'exercice précèdent, est que nous avons vu 360 maires actifs, présents, affirmant la nouvelle ère de la décentralisation sur le terrain. Il faut également évoquer les maires de villes qui continuent l'ouvrage porté par la base.

En plus, nous avons observé des maires très présents dans le suivi des compétences transférées et dans l'action pour le transfert des ressources associées. De ce point de vue, nous pouvons également dire que le combat citoyen porté par les maires de cette génération a porté des fruits dans la mesure où, du côté du ministère des Finances, un effort substantiel a été fait pour aller dans le sens du renforcement des ressources financières des communes.

Ces maires ont pu obtenir de l'Etat, la modification du Conseil national de la décentralisation, à travers une représentation plus accrue de leurs paires. Elle est passée d'un membre à sept. Ce qui rend compte de la présence et du poids des maires dans les instances des négociations avec l'Etat. En observant tous ces résultats, il y a lieu d'affirmer que le parcours des maires depuis une année, est serein. C'est un parcours qui a porté des résultats et il fonde de nombreux espoirs.

Que pensez-vous des moyens mis à la disposition des maires ?

Les ressources disponibles au niveau des collectivités territoriales décentralisées (CTD) nécessitent d'être accrues. Un effort a déjà été fait dans le sens de la régularité. Les centimes additionnels communaux sont déboursés tous les trois mois aux maires. La dotation générale de la décentralisation est montée de manière substantielle. En principe, tout ceci devrait permettre aux communes de disposer d'une respiration les aidant à bien mener leurs actions. Il reste donc au niveau des transferts de ressources associées, aux transferts des compétences, des efforts à faire par l'Etat, parce que la décentralisation implique les deux types de transferts. Or, en ce moment, les deux ne vont pas à la même vitesse.

Une autre rigidité se trouve au niveau des ressources humaines. Nous sommes donc attentifs au fait que l'autorité compétente puisse prendre les actes qui permettent aux collectivités territoriales décentralisées de pouvoir bénéficier de la ressource humaine associée aux transferts de compétences. Réglé, cet aspect permettra aux communes de pouvoir bénéficier d'un afflux de ressources à la fois financières, matérielles et humaines qui leur permettra de bénéficier d'une deuxième année plus sereine, plus conquérante du point de vue de la construction de leurs trajectoires et des économies qui vont avec les économies de territoire.

Sont-ils suffisants au point de leur permettre de répondre de manière favorable aux aspirations de leurs populations exigeantes ?

Les ressources n'ont jamais été suffisantes nulle part au monde, y compris dans les pays développés. Il en va de même pour nos CTD. Elles sont de ce fait confrontées au défis de la transformation du potentiel endogène pour créer des économies locales. Ces entités ne sauraient vivre de transferts ou encore de la dotation générale à la décentralisation.

Elles doivent pouvoir vivre des services locaux et des activités qui leur permettent de créer des économies locales. C'est en cela que les magistrats municipaux seront jugés. Ils seront évalués sur leur capacité à donner du sens à la décentralisation. Car une chose est de bénéficier des transferts, une autre est de bénéficier de la dotation à la décentralisation, le défi le plus important étant de construire des économies locales.

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