Congo-Kinshasa: Parlement congolais - Ln syndicat d'intouchables?

Représentants du peuple souverain, les élus Congolais donnent l'impression de s'être complètement détournés de cet engagement que tous les détenteurs des mandats populaires sont censés observer vis-à-vis de leurs électeurs. La perception qu'ils ont de la fonction parlementaire n'a rien à voir avec cette obligation de se comporter en défenseur des intérêts du peuple au nom duquel son agir et son parler doivent être orientés.

En République Démocratique du Congo, les choses se passent autrement. Etre député ou sénateur, c'est devenir un «super homme» qui n'a des comptes à rendre à personne. Et à ce titre, on peut tout se permettre, y compris commettre des infractions telles que le détournement, le vol, la concussion, le trafic d'influence, l'extorsion, voire l'homicide. Car, on croit être exempté de toutes poursuites judiciaires. Les sanctions sont pour le petit peuple.

Cette dure réalité a été prouvée à maintes reprises, que ce soit à l'Assemblée nationale au Sénat. Même les assemblées provinciales se comportent de la même manière. Les préoccupations de la population en commençant par son quotidien n'ont jamais constitué un motif ou encore un moindre souci pour les élus d'interpeller les dirigeants dans le sens d'exercer la pression pour que des solutions soient trouvées en faveur de la population.

Après le scandale créé par la correspondance de l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale adressée au gouvernement pour solliciter l'augmentation des émoluments des députés à la hauteur de 2.000 USD, pendant que les masses laborieuses congolaises ont des salaires de misère de surcroît irrégulièrement payés pour certains, voici le Sénat, chambre réputée des sages, qui vient de porter un coup fatal aux espoirs que le peuple congolais avait placés en ses membres, estimant qu'ils étaient suffisamment mûrs pour savoir distinguer l'intérêt commun des intérêts privés égoïstes.

Matata : ce n'était que de la distraction

En séjour de travail dans l'Afrique de l'Ouest, l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo avait réagi promptement à l'information faisant état de son éventuelle interpellation par la justice, afin de répondre de sa gestion, particulièrement en ce qui concerne le dossier du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

«Je rentre vite au pays pour affronter une justice politiquement instrumentalisée». C'est en ces termes que l'homme à la cravate rouge avait réagi à l'information reçue relative à son éventuelle mise en accusation sur la base de l'enquête de l'IGF sur la gestion du Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

Cependant, la scène à laquelle l'opinion a assisté avant hier en rapport avec l'examen par la plénière de la demande de la justice adressée au bureau du Sénat pour procéder à la levée des immunités de 4 sénateurs mis en cause, dont l'ancien chef du gouvernement Matata Ponyo Mapon, donne à conclure que ce dernier ne disait pas la vérité. Tout ce qu'il sortait de sa bouche c'était pour distraire l'opinion, et qu'en réalité il avait peur de comparaître. Parce que s'il était vraiment clean et ne se reprochait de rien de sa gestion comme il le prétendait, il serait le premier à vouloir comparaître afin que son honneur soit réparé. Il ne se serait jamais livré à des manœuvres visant à se soustraire à la convocation de la justice. Il devrait d'ailleurs être pressé d'être entendu en vue d'être lavé de tous soupçons et honorer par-là sa dignité d'homme d'Etat.

Sous d'autres cieux, lorsqu'on fait l'objet des suspicions, on n'attend même pas que la justice écrive à l'institution, on démissionne de soi-même si on est ministre afin de permettre à la justice de faire librement son travail sans obstruction. Si on est parlementaire, on écrit au bureau de la chambre.

Donc, on comprend par-là que l'ancien Premier ministre était en train de distraire l'opinion avec des déclarations tapageuses. En réalité, il avait peur de la justice. Ses manœuvres ont malheureusement entamé l'image de marque de la chambre haute !

Faire droit au vœu exprimé par le 1er président de la Cour de Cassation

N'est-il pas temps de songer déjà à la possibilité de supprimer les immunités parlementaires au regard des scandales qui se multiplient au Parlement, comme l'avait suggéré le Premier président de la Cour de Cassation dans sa mercuriale prononcée à l'occasion de la rentrée judiciaire d'octobre 2020 intervenue en novembre de la mêmeannée, s'interrogent les analystes ?

David Christophe Mukendi Musanga justifiait ce vœu émis pour la suppression des immunités parlementaires, dans sa mercuriale, par le souci de permettre à la justice de mieux exercer sans exclusive. Il tient à faire appliquer intégralement la disposition de la constitution qui affirme que «tout le monde est égal devant la loi». Car, le privilège octroyé à certaines catégories sociales sous le vocable «immunités» a tendance à instaurer une classe des intouchables décriée par l'ensemble du peuple congolais à cause des dégâts causés dans le passé par les détenteurs de ce fameux privilège.

La proposition du numéro un de la Cour de Cassation prenait aussi en compte plusieurs cas d'abus dont les députés et sénateurs passent pour champions en se réfugiant derrière les immunités. Pour lui, il serait injuste que des gens commettent délibérément des infractions de droit commun et ne puissent pas être poursuivis au motif qu'ils détiennent des immunités. Ce qui vide la disposition de la loi fondamentale sus-évoquée de sa substance.

Les inquiétudes de Jules Alingete

Pour sa part, l'Inspecteur Général des Finances, chef de service Jules Alingete, avait également émis des inquiétudes à propos des immunités parlementaires. Se basant sur les rapports des enquêtes diligentées à ce jour dans quelques entreprises et services publics qui indiquent que la plupart de ceux qui ont laissé des cadavres dans les placards se trouvent actuellement au parlement, Jules Alingete avait exprimé des inquiétudes. Ses inquiétudes étaient dues au fait que les immunités rendaient difficile le travail en vue d'impulser un nouveau mode de gestion de la chose publique en République Démocratique du Congo. Celui qui trace clairement la frontière entre les biens publics et ceux privés des dirigeants.

Il est temps pour les compatriotes ayant géré la République à des différents niveaux de responsabilité et ceux qui semblent les protéger, de comprendre que ça ne vaut pas la peine de faire pourrir la situation de peur que les conséquences leur soient fatales. La justice étant au-dessus de tous, prétendre la contourner c'est compliquer davantage sa situation. Car, quelle que soit la durée de la nuit, le soleil finira par apparaître.

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