Afrique: Le tramadol fait des ravages au Bénin

L'usage de cet opioïde s'est développé ces dernières années sur le continent, notamment en Afrique de l'Ouest. Qu'en est-il aujourd'hui au Bénin où des saisies de grande ampleur ont été opérées ces dernières années ?

Dans les grandes villes, aussi bien que dans les campagnes, le tramadol traîne au Bénin une pseudo réputation de produit miracle, efficace dans bien des situations. Cet analgésique opioïde était ainsi devenu le produit le plus fréquemment consommé, surtout parmi les jeunes.

Mais sa vente illégale et sa consommation abusive ont été freinées par la traque menée ces dernières années contre les médicaments vendus dans la rue et les réformes mises en œuvre au niveau des pharmacies du pays.

Entre 2016 et 2020, plusieurs centaines de tonnes de tramadol ont été saisies. Mais le phénomène n'a pas totalement disparu, il prend même, clandestinement de l'ampleur dans certaines localités, surtout dans la partie septentrionale du pays.

"Tramadol, c'est un produit que beaucoup utilisent dans cette ville pour se doper et se disent que ça va les aider à se remonter le moral, à se donner du courage pour pouvoir bien travailler. Mais ça a fait trop de victimes en son temps, c'est devenu quelque chose que les gens ont commencé par vendre de façon frauduleuse", explique Rémi Biaou est le responsable de l'association des conducteurs de taxi-moto à Parakou, dans le nord du Bénin.

Le produit miracle

Le tramadol est même associé, par nombre de consommateurs, à d'autres produits. C'est ce qu'explique Adamou Idriss Silla, chef du premier arrondissement de Parakou.

"Il y a un produit qu'on appelle "Worou", c'est à base de feuilles. Selon ceux qui consomment ça, si tu prends une petite quantité (de tramadol) mélangée à la feuille, ça transforme l'homme en un robot."

Ainsi, avec les prises répétées, la majorité des utilisateurs développent une addiction à ce produit.

"Ils exploitent leur corps jusqu'à ses plus lointains retranchements et ils estiment que plus ils en feront, plus ils gagneront d'argent.

Donc avec les efforts qu'ils fournissent, ils veulent calmer les douleurs qu'ils éprouvent en exigeant autant de leur corps. Donc ils consomment du tramadol qui leur donne cette sensation d'éternel bonheur, de bien-être qui les pousse à aller toujours courir après les pitances du quotidien. Mais, hélas, ils ne voient pas les conséquences à long terme", déplore Mireille Adjinda, psychologue à Cotonou.

C'est au Centre national hospitalier et universitaire de psychiatrie de Cotonou que se fait la prise en charge médicale des personnes dépendantes au tramadol.

Il s'agit de l'unique hôpital psychiatrique dont dispose le Bénin et où exerce le docteur Elvire Klikpo. La spécialiste des addictions précise que les sujets sont reçus en consultation pour des soins et les cas les plus graves sont gardés sur place.

"Certaines personnes sont prises en charge en ambulatoire c'est à dire qu'elles viennent en consultation et repartent chez elles. D'autres sont carrément hospitalisées car elles ont besoin de soins continus et d'une surveillance. C'est quelque chose que nous faisons ici et notre hôpital a même une unité de soins destinés aux toxicomanes."

Le CNHU de psychiatrie met également en place des programmes d'éducation et de sensibilisation sur la dangerosité de la consommation non médicale de certains produits comme le tramadol.

Plus de: DW

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