Tunisie: Le scénario des élections anticipées d'actualité - Moyen de pression ou solution au blocage ?

19 Juin 2021

Le secrétaire-général du Courant démocratique, Ghazi Chaouachi, pense que l'organisation d'élections anticipées serait une aventure qui va produire un paysage politique pire que l'actuel. S'exprimant dans une déclaration à La Presse, il a affirmé que les élections anticipées restent un mécanisme constitutionnel nécessitant de nombreuses conditions qui ne sont pas, aujourd'hui, réunies.

En donnant son feu vert à l'organisation d'un dialogue national pour sortir le pays de l'actuelle crise, le Président de la République marquait un premier pas vers le dénouement. En effet, au vu des derniers rebondissements, on a tous pensé au bout du tunnel, d'autant plus que le locataire de Carthage avait convoqué les anciens chefs de gouvernement pour se pencher sur l'actuelle crise. Le premier responsable de la Centrale syndicale, Noureddine Taboubi, avait même annoncé la bonne nouvelle : la Tunisie est en passe de surmonter la crise politique, de meilleurs jours sont devant nous.

Sauf que les dernières informations renvoient, de nouveau, à une tension qui frappe la scène politique et les institutions de l'Etat, l'Ugtt étant aujourd'hui au-devant de la scène. Divergences, mésentente et positions contradictoires, la scène politique est actuellement au blocage, d'autant plus que la lune de miel longtemps observée entre Kaïs Saïed et l'Ugtt commence à prendre fin. Que se passe-t-il à l'Ugtt ? Jeudi dernier, Kamal Sâad, secrétaire général adjoint de l'Ugtt, a annoncé que la centrale syndicale a décidé de retirer l'initiative de dialogue national au Président de la République, Kaïs Saïed, après ses récentes déclarations sur les derniers dialogues nationaux organisés en Tunisie. Quelques heures plus tard, le premier responsable de la Centrale syndicale, Noureddine Taboubi, a affirmé que l'Ugtt ne retirera pas cette initiative au président de la République, « c'est ce qui ressort de la réunion du comité administratif de l'Ugtt », a-t-il noté, précisant que ce qu'a déclaré Kamal Sâad s'inscrit dans le cadre de la diversité des opinions au sein de l'Ugtt.

Mais quelques moments plus tard, au vu des derniers rebondissements, Taboubi a brandi la menace d'élections législatives anticipées si la crise persistait encore. Une carte de pression ou une véritable alternative au blocage ? Pour Noureddine Taboubi, «ce sont les organisations nationales qui ont mené le dialogue, insistant que durant cette crise, l'Ugtt n'est pas seulement un médiateur mais un acteur principal».

«Il faut organiser des élections anticipées si la crise persiste toujours», a notamment déclaré, jeudi, aux médias, Noureddine Taboubi au terme des travaux de la Commission administrative de la centrale syndicale. On appelle le Président de la République Kaïs Saïed, à lancer l'initiative de dialogue national qui est toujours entre ses mains, a ajouté Taboubi, l'exhortant à cette occasion à jouer son rôle et assumer ses responsabilités.

Kaïs Saïed ouvert au dialogue...

Réagissant à cette situation de tension, depuis Rome, le Chef de l'Etat a rappelé qu'il était ouvert au dialogue et a démenti les allégations selon lesquelles il aurait qualifié certaines parties tunisiennes de « non patriotiques ».

Il a souligné qu'il n'était pas prêt à un dialogue avec «l'impératif de récupérer les fonds pillés, afin de parvenir à assurer la reprise économique et de se concentrer sur les véritables problèmes urgents du peuple tunisien».

Pour sa part, le parti Ennahdha s'est également exprimé sur cette situation. Le porte-parole du parti, Fethi Ayadi, a affirmé dans ce sens qu'Ennahdha est pour l'organisation d'élections législatives et présidentielle anticipées si le pays ne parvient pas à surmonter ce blocage politique.

Les questions sociales et économiques seront au cœur du dialogue national, sauf si ce processus ne parvient pas à résoudre la crise, Ennahdha rejoint l'Ugtt dans sa vision d'organiser des élections anticipées. «Sauf que de telles élections nécessitent la modification de la loi électorale et la mise en place de la Cour constitutionnelle», a-t-il encore expliqué.

« Vers un paysage politique pire que l'actuel»

Le secrétaire général du Courant démocratique, Ghazi Chaouachi, pense que l'organisation d'élections anticipées serait une aventure qui va produire un paysage politique pire que l'actuel. S'exprimant dans une déclaration à La Presse, il a affirmé que les élections anticipées restent un mécanisme constitutionnel qui nécessite de nombreuses conditions qui ne sont pas, aujourd'hui, réunies. «Seul le Président peut appeler à des élections anticipées et dissoudre le Parlement, mais cela résoudra-t-il la crise économique et sociale qui frappe le pays de plein fouet ? Nous sommes dans l'urgence, le pays est menacé d'une faillite et d'une explosion sociale, nous sommes pour le dialogue national pour se pencher sur la situation des Tunisiens», a-t-il noté.

Evoquant l'initiative de l'Ugtt portant sur l'organisation d'un dialogue national, il a affirmé que le Président de la République ne cesse d'entraver ce processus et qu'il était normal que la Centrale syndicale «exprime sa colère».

Pour le député du bloc national, Mabrouk Kourchid, l'appel à des élections anticipées avec ces mêmes lois électrodes reproduira le même paysage politique. Lui qui pense que la crise est à son apogée, est pour des élections anticipées impliquant même le changement du Président de la République avec la modification des lois électorales. «Si nous devons organiser des élections anticipées, cela doit impliquer également la présidence de la République, le peuple doit revoir, dans ce cas, tous ses choix et ce en changeant le code électoral, autrement nous aurons les mêmes résultats de 2019», a-t-il expliqué dans une déclaration à La Presse.

Du côté de Qalb Tounès, on impute la détérioration de la situation politique au président de la République. Oussama Khelifi, président du bloc parlementaire dudit parti, pense que Kais Saied est en train d'entraver le processus du dialogue national, considérant que «l'appel du Chef de l'Etat à changer le système politique est dangereux, car il émane des institutions de l'Etat».

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