Sénégal: Ampleur de l'habitat informel au Sénégal - Dr Joseph S Gomis parle de défaillances institutionnelles

Il urge de mettre sur pied de nouvelles actions urbanistiques et foncières y compris la politique d'intercommunalité afin de concrétiser le projet d'extension des limites communales. C'est la conviction de docteur Joseph Samba Gomis, pour dit-il, une meilleure maîtrise de l'espace urbain du Sénégal. M. Gomis est spécialiste en géographie urbaine et en aménagement de l'espace à l'Université Assane Seck de Ziguinchor.

À l'instar des autres pays africains, le Sénégal est confronté à une urbanisation rapide. La proportion de citadins a quasiment doublé ces dernières décennies. Elle passe ainsi de 23 % dans les années 1960 à 43 % en 2013 et devrait s'établir à 60 % à l'horizon 2030, si on se fie aux prévisions qui ressortent de l'étude faite par le spécialiste en urbanisation et aménagement de l'espace, le docteur Joseph Samba Gomis.

Selon ce dernier, cet accroissement rapide de la population urbaine a amené l'évolution rapide des villes de plus de 10 000 habitants passant ainsi de 6 en 1955, 31 en 1981, 43 en 2002, 50 en 2007 et 116 en 2019. «Cette poussée démographique n'est pas corrélée à une planification de la croissance de la ville et elle est à l'origine d'une demande sans cesse croissante d'accès aux logements et aux parcelles constructibles», a-t-il avancé dans un entretien qu'il nous a accordé. Prenant exemple sur la ville de Ziguinchor, il a déclaré qu'elle ne parvient pas à offrir des logements adéquats en quantité à ses habitants. «Jusqu'à ce jour, le nombre de logements produits par les pouvoirs publics à travers ses sociétés immobilières a été insuffisant pour satisfaire la demande. Les prix pratiqués ont été trop élevés pour la plupart des personnes en quête d'un logement. La cherté du loyer fait que les logements du secteur moderne ne sont accessibles qu'à une minorité de la population», a-t-il renseigné.

LES DEFAILLANCES INSTITUTIONNELLES RELEVEES

Pour le docteur Joseph Samba Gomis, les défaillances institutionnelles sont de l'ordre de plusieurs natures et peuvent varier d'une région à une autre. Toutefois, force est de faire ressortir, la densification et le développement des quartiers informels dans les villes qui sont dus aux défaillances institutionnelles telles que la caducité des documents de planification urbaine et l'incapacité de l'État à fournir des logements bon marché aux populations pauvres issues pour la plupart des zones rurales. Il a souligné aussi, l'absence de politiques urbaines.

Prenant l'exemple de la ville de Ziguinchor, Dr Gomis a déclaré : « Ziguinchor fait face à une forte croissance urbaine avec un taux de 51,1% qui est au-dessus de la moyenne nationale de 47,5 % (ANSD, 2014). De 600 habitants en 1888, la population de la ville de Ziguinchor est passée à 381 415 habitants en 2016 avec une densité moyenne de 37 habitants/ha (PDC, 2018). Elle a été peuplée par des vagues successives de migrants venant respectivement des zones rurales et des pays limitrophes, par l'arrivée massive des réfugiés due au conflit armé casamançais et par une croissance démographique naturelle soutenue».

Une situation qui l'amène à dire : « le peuplement de la ville de Ziguinchor a entraîné un accroissement 25 % des surfaces bâties débordant les limites de la municipalité. L'extension urbaine n'est ni contrôlée, ni planifiée, ce qui engendre de nombreuses carences en équipements et services urbains dont les voiries, adduction en eau potable, défaut, d'éclairage public, absence de canaux d'évacuation des eaux usées entre autres».

Autre fait noté par le spécialiste, la caducité des outils de planification urbaine existants qui doivent normalement à encadrer et à accompagner la croissance urbaine en attribuant des espaces. «À titre illustratif, le Plan Directeur d'Urbanisme (PDU) de Ziguinchor datant de 1983 est caduc depuis 2004, on note également l'absence d'un Plan d'Occupation du Sol (POS) » a-t-il renseigné. Ce faisant, pour une meilleure maîtrise de l'espace urbain, Dr Joseph Samba Gomis déclare : « il urge de mettre sur pied de nouvelles actions urbanistiques et foncières y compris la politique d'intercommunalité afin de concrétiser le projet d'extension des limites communales».

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