Sénégal: Matam et Ourossogui - Pour une émulation au profit du développement et du bien-être

19 Juin 2021

Les villes de Matam et d'Ourossogui, toutes deux communes et distantes de 10 km, semblent nourrir une certaine « rivalité » ou « compétition ». Celle-ci procéderait d'une logique de préséance qui fait que chacune des deux villes entend mieux se positionner sur l'échiquier de la 11ème région du Sénégal. Les sobriquets et autres blagues ne manquent pas chez ces populations cousines. Mais pour certains, le seul combat qui vaille est celui de la mutualisation des forces pour le développement de la région.

Nombreux sont ceux qui se rappellent du blocus imposé par certaines populations d'Ourossogui à Matam devenue la capitale régionale en 2002. Elle a été également inaccessible à l'annonce de son choix du fait des barrages érigés pendant 72 heures par des jeunes d'Ourossogui. Aussi, ce « conflit » entre cousins, condamnés à vivre ensemble, remonterait à une longue période. Elle semble avoir été ravivée, mardi, par le maire de Matam lors de la tenue du Conseil présidentiel territorialisé. L'édile de la ville a demandé à ce que le nom de Matam puisse transparaitre dans la dénomination du futur hôpital dont les travaux ont été lancés mercredi. La réplique du maire d'Ourossogui ne se fera pas attendre puisqu'il aussi a signalé que sa ville ne demande rien, mais hérite plutôt d'une situation géographique favorable. L'arbitrage du Chef de l'Etat a été de leur demander de trouver un compromis et d'avoir un « esprit de dépassement ».

Ainsi, si certaines personnes pensent que la rivalité était perceptible dans un passé récent, d'autres sont d'avis qu'elle devrait être dépassée pour une émulation saine au profit du développement et des populations. Nombreux sont ceux qui pensent que cette « rivalité » serait le fait d'acteurs politiques plutôt mus par le besoin de conserver leur pouvoir et autorité.

Ville carrefour, érigée en commune en 1990, Ourossogui jouit, avec ses 36 000 habitants, de peu d'infrastructures. Le commerce y est l'activité principale. Son principal problème est qu'il est très limité puisqu'en allant vers l'est, la commune se heurte à celle d'Ogo à 400 mètres, tout comme elle n'est pas extensible à l'ouest du fait que Thiambé même, à 300 mètres, appartient également à la commune de Ogo. Les champs des populations sont dans le domaine communal d'Ogo. La ville est encore coincée au nord par Matam et au sud par Ogo. « L'erreur a été de créer la commune dans la précipitation. Des intérêts personnels ont été mis en avant pour l'érection de la commune, mais surtout pour qu'elle soit assez petite et contrôlable pour son électorat. L'erreur est donc à corriger », plaide Elimane Diallo, le principal du collège d'Ourossogui, également autochtone. Rejetant en bloc la rivalité entre les deux villes, M. Diallo souligne, avec emphase, que les « deux villes sont tenues de vivre ensemble » et sont liées par l'histoire, la géographie. Pour lui, les populations doivent verser dans une « émulation saine » et « se projeter dans une vision de développement ».

L'existence de certaines infrastructures comme l'aérodrome, le camp militaire, les services d'hydraulique ou de l'élevage n'occulte pas, selon le principal du collège, le problème administratif. « On ne sent pas trop l'Etat ici, mais plutôt l'apport de nos émigrés qui ont, par exemple, construit 80 % des classes du collège et 40 % du lycée. Nous vivons également un problème dans l'approvisionnement en eau puisque nous n'avons pas une disponibilité conséquente et sa gestion communautaire pose problème. Il s'y ajoute l'implication de la collectivité dans le développement de la ville surtout qu'avec le transfert des compétences le développement devrait être plus local », diagnostique Elimane Diallo. Très critique, il s'interroge sur ce qui a été fait dans cette cité d'affaires et d'informel pour asseoir le développement à la base.

Il semble être rejoint par son collègue Mamadou Diacko, le planificateur de l'Inspection d'Académie de Matam et ancien président du Conseil régional de la jeunesse de Matam. « Nous devons travailler pour la communalisation des deux villes qui sont complémentaires. Ourossogui vit un problème dans le ravitaillement en eau malgré ses six forages alors que Matam dispose, avec un nombre d'habitants plus important, de suffisamment d'eau. Sur le plan commercial, Matam dépend également plus d'Ourossogui. Nous devons tous mettre en avant l'intérêt de nos populations et avoir une commune viable », milite M. Diacko. Il préfère avoir un raisonnement global qui embrasse toute la région de 29 616 km 2 et de 856. 177 habitants et ne pas verser dans le débat sur la « rivalité entre les deux villes ».

Ainsi, il faudrait, avance-t-il, procéder à la « relance de production agricole qui souffre d'aménagements insuffisants et de disponibilité de matériels agricoles de qualité ». La carte sanitaire de la région, qui devrait connaître trois hôpitaux entre les villes de Matam et Ourossogui, gagnerait à être redessinée puisque d'Ogo à Bakel, sur plus de 150 km, il n'y a pas d'hôpital, souligne M. Diacko. Il milite également pour une politique plus hardie pour l'emploi des jeunes avec un relèvement du niveau de formation. Mais aussi l'érection de structures d'accueil dans le pré-scolaire et le recrutement d'enseignants conséquents vu que chaque année près de 400 enseignants sur les 2500 quittent la région sans être remplacés.

Plus de: Le Soleil

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