Centrafrique: Deux survivantes de violences sexuelles racontent leurs cauchemars

communiqué de presse

En République centrafricaine, la violence sexuelle est un problème répandu. Floriane* (26 ans) et Zara* (50 ans) ont été victimes de violences sexuelles. Aujourd'hui, avec leurs mots, ces survivantes racontent leurs cauchemars et comment elles en sont sorties.

Pour Floriane*, les épreuves commencent tôt. Son mari est assassiné à son retour du travail, durant les violences dans leur village. Le couple a trois enfants, dont le dernier a seulement trois mois. Ne pouvant supporter cette disparition tragique, Floriane* déprime. Sa sœur l'invite à venir chez elle à Kaga-Bandoro, au centre-nord de la République centrafricaine, pour s'y faire soigner. Mais au cours de son voyage à pied, elle est violée et abandonnée sur place.

À l'arrivée dans la forêt, j'ai dû m'arrêter pour allaiter mon bébé qui pleurait. Tout à coup, trois hommes armés m'ont surprise. L'un d'eux a pris mon enfant et l'a déposé par terre. Ils m'ont trainée dans la brousse et m'ont violée, à tour de rôle raconte Floriane*, jeune maman de 26 ans.

N'ayant pas d'autre choix, Floriane se relève et poursuit son voyage. À son arrivée à Kaga-Bandoro, sa sœur l'emmène au centre d'écoute à l'hôpital de Kaga-Bandoro, soutenu par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour un suivi médical et psychosocial.

"J'avais des douleurs partout. Je n'avais plus de force ni d'appétit. J'avais du mal à dormir. J'étais en colère envers mes agresseurs. Je pleurais et me rappelais l'assassinat de mon mari. Je revoyais les événements comme un film. Je me sentais coupable car je me disais que si je n'étais pas venue à Kaga-Bandoro, je n'aurais pas vécu ce maudit événement. Je souffrais de palpitations et me mettais à trembler au moindre bruit " explique Floriane en parlant de ses premières séances au centre d'écoute.

Aujourd'hui elle se sent mieux et se dit prête à continuer sa vie.

« Grâce à mes discussions avec l'assistante psychosociale, je me sens soulagée. Je peux maintenant m'occuper de mon bébé et aller au bord du marigot avec les voisines de ma grande sœur pour faire la lessive. Je sors de la maison et cause avec les gens. Mon appétit et mon sommeil commencent aussi à revenir », dit-elle.

La violence sexuelle est un problème répandu en République centrafricaine, exacerbé par les conflits, la violence et l'impunité qui règnent. Après les incidents, les survivants- qui sont le plus souvent des survivantes, même si les hommes et garçons sont aussi concernés - doivent faire face à leurs familles et leurs communautés dont les réactions sont parfois négatives. Beaucoup doivent aussi apprendre à vivre avec leurs traumatismes qu'ils ne pourront jamais oublier.

Zara*, 50 ans, est commerçante et cultive un petit champ. De temps en temps, elle part chercher du poisson à la rivière du village pour joindre les deux bouts. Un jour, en allant pêcher avec sa sœur, elles sont attaquées par des hommes armés inconnus.

"Quatre hommes nous ont menacées et accusées de souiller l'eau de la rivière que leurs troupeaux buvaient. Nous avons essayé de nous justifier mais ils ne voulaient pas comprendre. Ils nous ont battues. L'un d'eux m'a blessée au bras avec sa machette et ma sœur à la jambe. C'est devenu très violent et ils nous ont violées " explique Zara.

À leur retour au village, Zara et sa sœur ont été soutenues par leur communauté mais leur vie a été perturbée.

« Cela était connu dans tout le village. J'avais honte. Je me sentais très fatiguée et j'avais peur. J'étais triste, je pleurais tout le temps et n'avais pas d'appétit. J'étais en colère envers ces hommes. J'avais perdu ma dignité devant ma communauté », raconte-t-elle.

Zara s'est rendue au centre d'écoute du CICR pour un suivi médical et psychosocial.

« Grâce au soutien psychosocial, j'ai su surmonter cette épreuve et mes symptômes ont disparu. Je n'ai plus de colère envers mes agresseurs et je ne suis plus si fatiguée. Je commence à vaquer à mes occupations quotidiennes » dit-elle avec un petit sourire.

Selon Prisca Nadjiyam, agent psychosociale du CICR à Kaga-Bandoro, la majorité des victimes de violence sexuelle qu'elle rencontre sont des femmes et des jeunes filles.

« Ce sont souvent des femmes qui travaillent au champ, vont au marigot à la recherche du poisson ou dans la brousse pour chercher du fagot à vendre, ou encore puiser de l'eau pour leur famille. C'est pendant ces trajets-là qu'elles se font violer », explique t-elle.

Le CICR reçoit en moyenne 25 victimes de violence sexuelle par mois dans ses trois centres d'écoute à Kaga-Bandoro, Grévaï et Ouandago, dans le Nana-Grébizi, au centre-nord du pays. Rien que de janvier à fin avril 2021, le CICR a pris en charge médicalement 234 cas de violences sexuelles et reçus 108 cas dans son programme de santé mentale.

Ces chiffres ne sont que la partie visible de l'iceberg car ils ne portent que sur les trois structures suivies par le CICR. Il existe encore peu de données statistiques consolidées sur la problématique de la violence sexuelle en RCA.

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