Algérie: Des experts et des organisations internationales alertent sur l'ampleur de la répression en Algérie

Des organisations internationales et des experts des questions des droits de l'Homme, réunis vendredi dans le cadre d'un webinaire, ont jeté la lumière sur l'ampleur de la répression en Algérie, dénonçant les arrestations arbitraires massives et les graves violations des libertés et des droits de l'Homme commises à l'encontre des manifestants du mouvement Hirak. Cet évènement, organisé par l'Institut du Caire pour les Etudes de droits de l'Homme (Cairo Institute) sous le thème "L'Algérie: un déni de démocratie" a connu la participation du Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association, Clement Nyaletsossi Voule, ainsi que des responsables d'ONG notamment Amnesty International et des chercheurs.

Les différents intervenants se sont fait l'écho des conclusions des multiples rapports d'instances et d'organisme régionaux et internationaux sur les abus et les sévices, y compris le viol, dans les centres de détention en Algérie, les pratiques liberticides et totalitaires du pouvoir, outre les campagnes de désinformation, de mensonges, et d'intimidation à l'encontre de tous les manifestants qui portent les revendications pacifiques et légitimes des millions d'Algériens. Prenant la parole, Clement Nyaletsossi Voule, après avoir rappelé que le rassemblement pacifique est un droit fondamental universellement reconnu, a souligné l'impératif de protéger les manifestants et de garantir leurs droits, notant que les participants aux manifestations pacifiques et spontanées ne doivent, en aucun cas, faire objet de poursuites judiciaires. "Personne ne devrait être jugé ou incriminé pour avoir exercé ses droits", a-t-il dit, notant qu'il est primordial de libérer les activistes et de protéger le droit des journalistes à informer le public.

Le rapporteur de l'ONU s'est dit très préoccupé par la situation inquiétante des droits de l'Homme en Algérie et en particulier les atteintes au droit au rassemblement, appelant le régime en place à cesser de recourir à la force et de cibler les journalistes. Le Rapporteur spécial a invité la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement algérien pour qu'il réponde aux communications des titulaires de mandats, rappelant dans ce sens qu'il avait soumis, en vain, plusieurs demandes et rappels pour une visite dans ce pays.

Mme Anna Guellali, d'Amnesty International s'est, pour sa part, attardée sur l'intensification de la répression en Algérie, estimant que le Hirak a réussi d'une certaine manière à se réapproprier l'espace public tout en faisant face à une répression sans précédent depuis février 2019. La pandémie de la Covid-19, a-t-elle fait remarquer, a contraint les manifestants à suspendre leurs activités sans pour autant que le gouvernement arrête la répression qui s'est intensifiée contre les dissidents et militants qui s'exprimaient en ligne. Elle s'est insurgée contre les manœuvres du gouvernement algérien qui tient un discours diabolisant le mouvement du Hirak, soulignant qu'un nouvel arsenal juridique a permis l'introduction, dans le code pénal, d'articles incriminant le Hirak.

Elle a condamné, de même, les pratiques d'intimidation contre les ONG et les partis politiques, notant que des représailles visent également les juges qui osent dénoncer la répression. Dans le même sillage, Mouloud Boumghar, professeur de droit à l'université de Picardie Jules Verne, en France, a pointé l'impasse dans laquelle se trouve la vie institutionnelle et politique en Algérie, notant que les autorités algériennes font preuve d'une obstination claire à réprimer le mouvement du Hirak.

Il a noté que les autorités algériennes ne cessent de menacer les médias et les organisations de de la société civile de dissolution, dénonçant la campagne de diffamation visant le Hirak. Abondant dans le même sens, Dalia Ghanem, chercheur résident au Carnegie Endowment for International Peace à Beyrouth a rappelé qu'en Algérie, "ce sont les militaires qui gouvernent" et détiennent les ficelles du pouvoir, ajoutant que le pays vit au rythme d'une répression sans précédent.

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