Sénégal: Manque d'infrastructures sportives - Les clubs de football de Goudomp à la peine

20 Juin 2021

Un footballeur de la dimension de Sadio Mané, fils de la Casamance naturelle, ne sortira plus de sitôt de la région de Sédhiou, particulièrement du département de Goudomp. Tant les deux clubs de la commune évoluent dans des conditions difficiles et n'arrivent pas à monter à un palier supérieur à cause du manque d'infrastructures.

Ce qui tient lieu de stade à Goudomp renvoie plutôt à un terrain vague sauvage. Une partie de la clôture du mur s'est affaissée. À l'intérieur, sur le terrain, des herbes sauvages poussent. Pour assister à une séance de football, les supporters sont obligés de se mettre autour du terrain. Ce qui oblige l'arbitre à arrêter le match au moindre envahissement de l'espace de jeu par les supporters qui jubilent quand leur équipe marque. Cela pose un véritable problème de sécurité pour les officiers et les joueurs. D'où de fréquents heurts. Le jour de notre visite, ce qui tient lieu de stade accueillait un match opposant les Asc Hamdallahi et Jeunesse unifiée de Goudomp (Jug). Avec la chaleur d'étuve qui règne dans le département, certains supporters se réfugient sur ce qui reste du mur du stade et qui peut s'affaisser à tout moment. Quelques chaises sont placées pour les représentants de la fédération et les entraîneurs. Les remplaçants sont assis à presque le sol.

Les deux clubs de la commune arrivent souvent à faire de bons résultats dans le département, mais peinent à franchir le cap supérieur à cause du manque d'infrastructures. Le coach de l'équipe Hamdallahi, Malamine Tounkang Diatta, exprime sa désolation de voir des clubs ambitieux mais qui ne peuvent réussir. «Je suis là comme entraîneur depuis l'année dernière. Avec la pandémie de Covid-19, nous n'avons pas pu terminer nos matches. Cette année, nous avons démarré la compétition avec dynamisme. Malheureusement, nous avons des équipes qui ne sont pas accompagnées. Le transport pose problème, les conditions de travail ne sont pas bonnes par rapport aux normes. On se débrouille avec les moyens du bord grâce à l'accompagnement de quelques dirigeants et certains notables du quartier qui connaissent l'intérêt du football», a-t-il expliqué. Il se désole du désintéressement des cadres et autres personnalités de la commune, qui auraient pu créer un certain dynamisme autour du football par un soutien conséquent. «Nous ne recevons pas de soutien des autorités de la commune», se désole le coach de Hamdallahi dont l'enthousiasme pour sortir le football local de son hibernation est visible à travers son engagement autour des jeunes.

Sadio Mané, un exemple de réussite pour les jeunes

Malamine Diatta confie également que la réussite de Sadio Mané a été une source de motivation pour les jeunes de Goudomp. En effet, le premier club de la localité a été créé en 1963. Mais pour permettre aux jeunes d'avoir un large choix afin de suivre les pas de la star de Liverpool, les responsables ont inauguré un deuxième 2014. «On avait remarqué qu'il n'y avait pas une grande évolution du premier club. Nous avons alors jugé nécessaire de créer un autre, permettant ainsi à ceux qui n'ont pas la chance d'évoluer dans l'ancien club, d'avoir l'opportunité de s'exprimer», explique le coach. Ce dernier souhaite d'ailleurs avoir un deuxième Sadio Mané issu du département, plus particulièrement de la commune de Goudomp qui n'a pas encore de joueur évoluant en première division. «C'est l'une des motivations pour faire éclore certains de nos talents». Passionné de football, Malamine Diatta estime que ses collègues et lui se sacrifient pour voir Goudomp évoluer au plus haut niveau du championnat. En effet, ces passionnés du football travaillent en bénévolat et pour l'amour qu'ils ont du football et l'envie de sortir des talents de leurs clubs.

Boulanger, l'entraîneur de Hamdallahi prend en charge l'équipe à sa descente du travail. «Je me débrouille pour être au terrain à 16 h et prendre en charge mes joueurs. Quand on gagne un match, on nous offre parfois de petits cadeaux pour motiver les gosses. Pour les regroupements, les dirigeants se débrouillent souvent pour nous faire à manger», révèle-t-il.

Le déficit de moyens, source de défaites

Le président du club Jeunesse unifiée de Goudomp (Jug), Mouhamadou Lamine Badji, dit Mini, abonde dans le même sens. Il soutient que leur club a été créé en 1975, mais a commencé à jouer en 2010 dans l'élite du football sénégalais. Actuellement, le club Jug a fait un bon résultat pour la qualification en vue de la montée en National 2, même s'il évolue dans des conditions assez difficiles. «Nous n'avons pas de moyens. Quand on doit se déplacer pour une rencontre, le transport se révèle être un vrai casse-tête. La mairie nous subventionne à hauteur de 1,250 million de FCfa pour toute l'année. Il y a également l'appui de la Fédération sénégalaise de football. Nous ne payons pas les footballeurs et les entraîneurs. Parfois, nous leur remettons juste des sommes pour les motiver», fait remarquer l'instituteur Mouhamadou. Badji. Ce dernier confirme que Goudomp ne compte aucune infrastructure pour pouvoir faire face aux autres équipes. «Nous n'avons pas de stade. Nous jouons sur un terrain sablonneux et peinons à monter à une division supérieure. D'abord, parce que nos joueurs ne se sont pas adaptés aux stades en gazon synthétique. Ensuite, nous arrivons dans les autres localités très fatigués», se désole-t-il. Le président du club Jug souligne également que le déficit de moyens est souvent source de leurs défaites à l'extérieur. «Sadio Mané a été avec nous en 2009 avant d'aller au nord du pays. Il est une source de motivation pour nous. Nous avons des Sadio parmi nos gosses. Chaque année, nous sommes au podium, mais ce sont les conditions qui nous empêchent d'accéder à un autre niveau».

Dans ses souvenirs, le président du club se rappelle avec humour l'année 2012 où ils avaient croisé une équipe dakaroise pour la montée. «Nous sommes arrivés à minuit à Kaolack à bord d'un car Ndiaga Ndiaye. Le lendemain, nous avions pris une sévère raclée», dit-il, le sourire en coin, se remémorant cette dure journée. Il interpelle, de ce fait, les autorités à soutenir les clubs et la mairie à augmenter la subvention. «Nous avons des joueurs pétris de talent mais qui n'ont pas de soutien. Notre objectif cette année, c'est d'accéder en National 2», souhaite M. Badji. L'entraîneur de Jug, Jules Souleymane Diaboula, déplore également l'absence de moyens et particulièrement de ballons pour s'entraîner normalement en plus du désert en termes d'infrastructures. «Nos gosses arrivent épuisés dans les autres localités du pays et éprouvent des difficultés avec les terrains synthétiques. Nous arrivons souvent à la veille des matches. Ce qui fait qu'à la deuxième mi-temps, nos jeunes sont épuisés», regrette-t-il. Il espère cependant que Sadio Mané qui a fait un bref passage à Goudomp va appuyer les deux clubs toujours à la traîne en division régionale.

Plus de: Le Soleil

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