Afrique de l'Ouest: Monnaie unique - L'Eco renvoyé aux calendes ouest-africaines

Money.
analyse

Les rideaux sont tombés hier en fin de matinée sur le 59e sommet ordinaire des chefs d'Etat de la CEDEAO. A l'ordre du jour de cette rencontre d'Accra, l'examen des questions d'actualité mais aussi des sujets de préoccupation stratégiques pour les pays de la région.

Les questions d'actualité ont porté sur l'évolution des situations politique, sécuritaire et humanitaire qui menacent la stabilité régionale. S'y est alors invitée l'incontournable crise malienne avec un nouveau rapport du médiateur de l'organisation sur l'évolution vers un retour à une vie constitutionnelle normale souhaitée pour fin février 2022.

Concernant les sujets de préoccupation d'ordre stratégique sur le moyen et le long terme, les chefs d'Etat ont planché sur l'état d'avancement de la réforme institutionnelle de l'organisation communautaire et la vision d'une CEDEAO nouvelle en 2050.

A ce propos, nul doute que le projet le plus ambitieux, le plus visible, bref le plus emblématique, reste la création d'une monnaie unique, l'Eco, en janvier 2027. Projet très emblématique dont on parle depuis une trentaine d'années, la monnaie unique ouest-africaine n'est pas loin de ressembler à un serpent de mer ou à la ligne d'horizon. Elle s'éloigne au fur et à mesure qu'on s'en approche, tout comme on en parle sans jamais l'apercevoir. Cette nouvelle échéance de 2027 est en effet la 3e après celles de 2005 et de 2020. On croise alors les doigts pour que ce nouveau report ne soit pas un renvoi aux calendes grecques, pardon, ouest-africaines d'un projet dont la pertinence est indiscutable.

C'est connu, l'objectif premier de la CEDEAO est la réalisation de l'intégration des économies des 15 pays de la région ouest-africaine. Qui parle d'échanges économiques parle de monnaie, et le meilleur moyen de booster le processus d'intégration régionale et la libre circulation des personnes et des biens qui va avec, c'est la monnaie commune. Cette vision stratégique n'échappe à personne, même pas au citoyen lambda, n'en parlons pas des opérateurs économiques et des décideurs politiques. Alors qu'est-ce qui explique le un pas en avant deux en arrière et que fait la CEDEAO dans la mise en œuvre de ce formidable projet ?

Primo : le manque de volonté politique des décideurs qui, pour certains peinent à couper le cordon ombilical du CFA avec la Banque de France, et pour d'autres, la perte de la souveraineté sur leurs monnaies dont on connaît l'importance en matière de gestion économique. La crainte par les premiers, les dirigeants des pays de l'UEMOA, de l'instabilité monétaire sans la garantie du Trésor français, contrastent d'avec la peur des autres, le Nigeria et le Ghana principalement, de perdre la liberté de gérer leurs monnaies et les inconvénients qui vont avec.

Secundo : à côté de ces discordances politiques notables, ils existent des difficultés économiques que des chocs exogènes à la CEDEAO comme la covid-19 et la guerre contre le terrorisme, n'aident pas à résoudre. Au contraire, ils les aggravent, compliquant la réalisation des critères de convergence économique nécessaire au lancement de la monnaie unique : la réduction de l'inflation, de la dette et du déficit public dans chacun des Etats membres.

C'est pourquoi, si on applaudit que le dernier sommet des chefs d'Etat de l'organisation régionale ait fixé une nouvelle date pour le lancement de l'eco, janvier 2027, on se demande légitimement si d'ici là la convergence économique, la création d'une banque centrale, l'adaptation des systèmes informatiques et des administrations seront au rendez-vous. Si non, on redira, à Dieu ne plaise, que la création de l'eco a été renvoyée aux calendes... ouest-africaines.

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