Sénégal: Ampleur éxubérante de la coupe illégale de bois en Casamance - Amnesty international dépeint une catastrophe écologique en cours

Face à la forte propension de la coupe illicite de bois en Casamance, le directeur exécutif de la section sénégalaise d'Amnesty International sonne l'alerte rouge et dépeint un tableau catastrophique sur l'environnement. Seydi Gassama décrit l'insouciance, l'indiscipline et l'ignorance qui viennent s'ajouter aux devises étrangères pour porter l'estocade aux dernières réserves des forêts casamançaises, au profit des voisins.

En marge d'un atelier de formation qu'il anime à Sédhiou à l'intention de 252 chefs de village du département de Sédhiou sur la tenue des actes d'état civil, le directeur exécutif d'Amnesty international/Sénégal s'est prononcé sur la situation du trafic de bois en Casamance en ces termes : «ce qui se passe dans le Sud du Sénégal est une catastrophe écologique car la forêt constitue la principale ressource de la Casamance, à en juger par tout ce que nous tirons de la forêt pour vivre. Je me rappelle, la première fois que j'ai rencontré le président de la République, Macky Sall, je lui disais, en chahutant, que le jour où tu arriveras à régler la question de la coupe illégale du bois en Casamance, je vais arrêter de te jeter des "pierres". C'est tout juste pour dire combien de fois cela me tient à cœur». Au sujet des moyens de lutte contre ce pillage du couvert végétal, Seydi Gassama se veut formel. «Il faut que l'Etat mette les moyens pour lutter contre les coupes de bois en Casamance. Une forêt détruite, il faut mettre cent (100) ans pour la reconstituer. Il y a certaines espèces végétales, quand vous les détruisez, il faut cent (100) ans au minimum pour les reconstituer.

Donc, il faut qu'on augmente le soutien aux Eaux et Forêts pour qu'ils puissent réellement protéger la forêt». Le directeur exécutif d'Amnesty International/Sénégal dénonce, dans le même temps, l'implication des pays voisins. «Malheureusement, le pillage se fait au profit des pays voisins et ça, on ne doit pas l'accepter. Ceux qui pillent ces forêts-là ne sont même pas des Sénégalais, même s'ils ont la complicité de nos compatriotes». Seydi Gassama de raconter une anecdote de ce commerce illicite, comme par effet de mode, à l'autel de l'ignorance : «je me rappelle une année, à Médina Yoro Foulah, dans la région de Kolda, une dame disait en pleine réunion et en présence du préfet et de tous les sous-préfets du département que toutes les personnes qui ont leur maison en dur ont leurs enfants dans le trafic de bois. Voilà donc une maman qui comprend que la meilleure manière de s'enrichir très vite, c'est de s'impliquer dans le trafic de bois».

Et comme toute action citoyenne, le patron des défenseurs des droits humains à Amnesty International/Sénégal propose de «continuer à sensibiliser les communautés. Nos amis du Forum civil sont en train de faire du très bon travail. Et nous, on est prêt à nous impliquer, pour renforcer cet élan de sensibilisation».

COURSE DES MULTINATIONALES AU TRESOR VERT DE CASAMANCE VIA LE PORT DE BANJUL SOS Environnement/Kolda interpelle les chefs d'Etat du Sénégal et de la Gambie

Nonobstant les multiples cris de détresse contre les coupes illicites de bois en Casamance, le trafic est sans répit sur le terrain. SOS Environnement/Kolda vient de faire un constat amer dans les forêts du département de Médina Yoro Foulah, de Kolda et de Vélingara. Son président, Abdoulaye Cissé, pointe un doigt accusateur sur la Gambie par où transite le produit, dit-il, en direction de l'Asie. Il interpelle le chef de l'Etat du Sénégal, Macky Sall, et son homologue gambien, Adama Barrow. SOS Environnement/Kolda accuse ce dernier de fermer les yeux sur ce trafic et demande qu'il soit poursuivi pour «crime contre l'environnement»

Aujourd'hui et bien plus que par le passé, le trafic illicite de bois en Casamance vers l'étranger donne un constat de désolation, de désespoir et de résignation, face à un mal du siècle qui s'accomplit. Sur le terrain, avec le président de SOS Environnement/Kolda, dans les villages de Saré Moussayel, Médina Manda, Bakhor et Amdallaye Mamadou Diallo, dans le département de Médina Yoro Foulah, et à Saré Diouldé dans le Vélingara, tout comme à Dialanbéré dans le département de Kolda, à la lisière de la frontière avec la Gambie, Abdoulaye Cissé constate : «ce à quoi nous assistons ici, en zone de frontière avec la Gambie, est une situation indescriptible et inadmissible.

L'exploitation a pris une dimension exponentielle, en direction de la Gambie voisine. Aujourd'hui, si vous faites le tour de ce terroir de Badion, vous ne verrez que des clairières. Ce sont des ilots de forêt, hélas», se désole-t-il ! Et si la Gambie se classe deuxième pays exportateur de bois en Afrique (de l'Ouest), Abdoulaye Cissé de SOS Environnement a de quoi vraiment s'étonner. «Aujourd'hui, si la Gambie est classée deuxième pays africain exportateur de bois de vène, alors que ce boislà provient du Sénégal, c'est vraiment regrettable. Moi, je trouve que c'est une insulte car il s'agit d'une question de souveraineté nationale. Nous, SOS Environnement/Kolda, demandons à ce que le président Adama Barrow de la Gambie soit poursuivi pour crime international contre l'environnement», soutient-il avec force.

LE TRESOR VERT AU CŒUR D'UNE DIPLOMATIE DE BON VOISINAGE !

Les recettes issues de ce trafic de bois sont devenues une mamelle de l'économie de la Gambie, a déclaré Abdoulaye Cissé. «Il faut que le président Adama Barrow comprenne que la région de Kolda n'est pas une province rattachée à la Gambie. Donc, on ne peut pas continuer à alimenter le trésor de la Gambie, à partir des recettes provenant de nos régions».

Aussi bien au président Macky Sall du Sénégal qu'à son homologue gambien Adama Barrow, SOS Environnement/Kolda situe, à chacun, son niveau de responsabilité. «Il faut que le président de la République du Sénégal prenne ses responsabilités et assure la protection de nos massifs forestiers. Au début, nous tous avions cru qu'avec l'élection du président Adama Barrow, en Gambie, la situation allait s'estomper. Mais, bien au contraire, c'est devenu plus préoccupant. Et pourtant il avait la possibilité de régler le problème, en interdisant tout simplement l'exportation du bois casamançais via le port de Banjul», martèle Abdoulaye Cissé.

A-T-ON MIS LE PRIX DE LA DEFENSE DE L'INTEGRITE NATIONALE ?

Pour toutes complicités éventuelles des uns, loyauté des autres et renforcement des moyens d'intervention de l'Etat, Abdoulaye Cissé, le président de SOS Environnement de Kolda, n'y va pas par quatre chemins. «S'il y a une complicité au Sénégal, au plus haut niveau, que les autorités prennent leurs responsabilités et que le Procureur s'autosaisisse du dossier pour faire prévaloir le droit. Et, en revanche, c'est pour moi une bonne occasion de remercier le directeur national des Eaux et Forêts en l'occurrence le colonel Baïdy Ba des Eaux et Forêts, pour ses nombreux efforts pour la protection de l'environnement et son sens élevé de management».

Pour Abdoulaye Cissé, jusqu'ici, l'Etat du Sénégal n'a pas mis le prix de la défense de l'intégrité nationale, en matière de protection des ressources forestières. «Je sais que dans tout corps, il y a des brebis galeuses ; mais il faut renforcer la vigilance. Il est tout aussi important que l'Etat du Sénégal dote les services forestiers de moyens conséquents pour lutter contre les délinquants de la forêts», relève-t-il, sous forme de boutade. Sur le terrain, les massifs forestiers ont mal, les humains aussi. Derrière l'action destructrice de l'- homme, se dessine une clairière. Demain, le désert !

Plus de: Sud Quotidien

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