Cote d'Ivoire: L'éditorial de Venance Konan - Le vrai combat

éditorial

Nous aimons bien raconter qu'au début de nos indépendances, bon nombre de nos pays africains, dont la Côte d'Ivoire et le Ghana, étaient de loin plus avancés que de nombreux pays asiatiques, et notamment la Corée du Sud. Aujourd'hui, il n'y a plus photo entre la Corée du Sud et nous. Ce pays fait partie des leaders mondiaux en matière de PIB, de développement, d'innovation.

Et pourtant, ce pays a subi une colonisation très rude de la part des Japonais jusqu'en 1945. Ensuite, il a connu une atroce guerre qui l'avait coupé en deux. Lorsque je visitai la Corée du Sud en 2011, l'on me raconta qu'au lendemain de la guerre, les habitants du pays étaient si pauvres qu'ils se nourrissaient de racines. Comment ce pays, qui n'a ni pétrole, ni cobalt, ni uranium, ni or, ni d'autres minerais de valeur a-t-il fait pour nous rattraper, puis nous distancer à ce point ? Je peux déjà vous rassurer sur deux points : les Coréens sont des humains et leurs cerveaux ont la même taille que les nôtres ; même s'ils croient en diverses religions, Dieu n'est pas descendu chez eux pour y accomplir des miracles. Leur secret réside dans quelque chose qui, malheureusement, est inégalement distribué sur cette terre et qui s'appelle l'envie collective de sortir de sa mauvaise situation, d'avancer, de réussir.

Le peuple coréen ne s'est pas complu dans la médiocrité, n'a pas passé des nuits blanches dans des églises ou des temples à attendre des miracles, n'a pas mendié et attendu que les autres viennent l'aider à sortir de sa misère. Les Coréens se sont tout simplement mis au travail. Ils ont travaillé très dur, en copiant les meilleurs modèles de développement, en créant des écoles de qualité pour former leurs populations dans les plus hauts standards de qualité.

Le système scolaire coréen est mondialement réputé redoutable pour les enfants. Tellement redoutable que parfois des élèves se suicident parce qu'ils ont échoué ou simplement parce qu'ils ont peur d'échouer. J'ai regardé il y a peu un reportage vieux de quelques années sur le jour de l'épreuve du baccalauréat à Séoul, la capitale sud-coréenne. Ce sont des centaines de véhicules de policiers et de pompiers qui sont mobilisés pour faciliter la circulation des candidats, et des comités d'encouragement composés d'élèves et de parents d'élèves sont organisés devant les écoles ; il est même interdit ce jour-là aux avions de survoler la ville, pour ne pas perturber les enfants qui passent l'oral. Lorsque je visitais la Corée, la dame qui me servait de guide m'a raconté que la génération de ses parents s'était sacrifiée pour leurs enfants.

Les parents se privaient de tout pour que leurs enfants réussissent. Non, ils ne sacrifiaient pas des poulets, des moutons ou des bœufs, ne payaient pas des dîmes à des pasteurs. Ils investissaient simplement dans la génération suivante en lui offrant les meilleures études possibles. Et le résultat est ce que nous voyons aujourd'hui et qui nous étonne tant. Le monde de demain se prépare actuellement dans les centres de recherche sud-coréens. C'est ce genre d'exemple que nous devrions suivre. Il ne s'agit pas de subir le sort comme si c'était une fatalité. Depuis combien d'années nous plaignons-nous du faible niveau de nos en-fants ? Qu'avons-nous réellement entrepris pour corriger cela ? Nous avons toujours le mot « excellence » à la bouche, mais que faisons-nous vraiment pour la promouvoir ? Quels modèles promouvons-nous ?

Je venais justement de regarder sur mon téléphone de marque coréenne le reportage sur le jour de l'épreuve du baccalauréat à Séoul dont j'ai parlé plus haut, lorsque j'ai vu sur un « gbaka » (véhicule de transport en commun) qui fait la ligne Bingerville-Abidjan, le portrait d'un sulfureux pasteur très présent sur les réseaux sociaux. « C'est celui-là le modèle du propriétaire de ce gbaka et qu'il propose à tous ceux qui verront son véhicule ? », me suis-je demandé.

Mais à la réflexion, le propriétaire de ce véhicule n'est pas à blâmer. Nous connaissons tous les modèles que notre société tout entière propose à la jeunesse. Personne ne peut dire non plus qu'il ignore dans quelles conditions sont souvent accordées les admissions à certains concours. Pour ma part, je suis submergé par les demandes de personnes qui pensent que de ma position je peux les faire entrer à l'Ena, au Cafop ou autres écoles qui forment des fonctionnaires.

Un immense travail a été fait pour nous conduire à l'émergence. Cependant, il nous faut rester vigilants. Si nous ne sommes pas un peu plus regardants sur la formation de nos ressources humaines, sur la qualité de nos fonctionnaires, sur le respect d'un certain nombre de valeurs, tout ce travail sera anéanti et nous serons pendant longtemps encore à la merci des pays développés. Et à mon sens, ceci devrait être notre vrai combat.

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