Congo-Brazzaville: A son Excellence ...

Qu'il nous soit permis, à nous qui observons depuis des décennies et avec la plus grande attention l'évolution des relations entre l'Afrique et la France, qu'il nous soit donc permis de dire à votre excellence, monsieur le président Emmanuel Macron, que vous commettez dans le moment présent des erreurs dont le prix risque de s'avérer très lourd dans le proche avenir.

Décréter, en effet, la réduction voire même le retrait des forces françaises au Mali et dans le Sahel alors que les milices islamistes y gagnent chaque jour du terrain, s'en prendre ouvertement au président de la Centrafrique alors que celui-ci tente par tous les moyens de ramener la paix dans son pays, ne pas engager plus fortement l'Union européenne dont la France est l'un des principaux moteurs dans la recherche de solutions concrètes aux problèmes économiques et financiers que ses partenaires africains doivent impérativement résoudre, oui tout ceci témoigne d'une vision pour le moins décalée du continent. Une vision qui, hélas !, n'est pas sans rappeler celle de l'ex-président Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci provoqua avec les Anglais la mort du « Guide libyen », Mouammar Kadhafi, plongeant du même coup dans le chaos l'immense zone du Sahel.

Ce jugement nous ne sommes, hélas !, pas seuls à le formuler comme en témoignent les remarques qui remontent de la sphère économique et financière, mais aussi et peut-être même surtout du milieu de la défense qui s'est impliqué fortement ces dernières années dans la recherche de solutions pérennes aux conflits armés qui déstabilisent le Sahel, l'Afrique centrale, le Golfe de Guinée entendu au sens large et qui menacent maintenant très directement l'Afrique de l'Ouest. Même s'il n'existe officiellement aucun lien direct entre le départ pour le moins brutal du général Pierre de Villiers il y a quatre ans et celui du chef d'état-major des armées le général François Lecointre annoncé en début de semaine dernière, le malaise grandit visiblement au sein de la communauté militaire. Un malaise sur lequel surfent tout aussi visiblement certains candidats et candidates à l'élection présidentielle de 2022.

Monsieur le président Emmanuel Macron, si vous avez échappé jusqu'à présent au pire - le pire c'est-à-dire une rupture affichée des relations tissées entre l'Afrique et la France tout au long des siècles antérieurs - c'est d'abord et avant tout parce que vous avez confié avec sagesse les rênes de la diplomatie française à Jean-Yves Le Drian. Un homme qui connait parfaitement les dossiers des Affaires étrangères et qui a évité ces derniers temps les graves erreurs que votre entourage s'apprêtait à vous faire commettre. Mais un homme dont les pouvoirs sont par définition limités au sein de la gouvernance publique et qui, de ce fait, doit être soutenu plus fermement.

L'Afrique se trouvant au cœur de la compétition dans laquelle s'engagent aujourd'hui les « Grands » de ce monde - Chine, Etats-Unis, Inde, Russie, Europe - il est temps d'écouter avec plus d'attention celles et ceux qui ont de ce continent une vision juste, pratique, concrète, prospective. De vous souvenir aussi que c'est bien à Brazzaville que le général de Gaulle entreprit en 1940 de rendre son honneur à la France puis, le 24 août 1958, engagea le processus qui devait rendre leur indépendance aux pays africains.

L'enjeu est essentiel pour vous, pour la France, mais aussi pour l'Union européenne dont un des membres les plus présents sur le continent, à savoir le Royaume-Uni, vient tout juste de quitter les rangs.

Parole d'un observateur qui n'a rien à perdre, ni à gagner en énonçant ces vérités de simple bon sens.

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