Afrique de l'Ouest: Satisfecit des dirigeants ouest-africains sur la situation au Mali

Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)
analyse

La CEDEAO se chatouille pour rire

Accra, la capitale du Ghana, a abrité le 19 juin dernier, le 59e sommet ordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Les dirigeants ouest-africains se sont essentiellement penchés sur la situation socio-politique au Mali. La question de la monnaie communautaire unique, c'est-à-dire l'Eco, a été subsidiairement, peut-on dire, abordée. Relativement au premier point, c'est-à-dire la situation socio-politique au Mali, les chefs d'Etat présents dans la capitale ghanéenne, ont constaté une « évolution positive » et « encourageante ».

Les indicateurs de cette évaluation, à leurs yeux, sont qu'un Premier ministre civil a été nommé par la junte et un gouvernement a été nommé et installé. Ce satisfecit, peut-on dire, des dirigeants ouest-africains, cache mal l'impuissance de la CEDEAO face au cas malien. Lors du coup d'Etat de Haya Sanogo, qui avait déposé, on se rappelle, Amadou Toumani Touré, en 2012, les dirigeants ouest-africains, avec à leur tête, Alassane Dramane Ouattara (ADO), s'étaient montrés fermes avec le putschiste. Résultat : Haya Sanogo et ses camarades furent contraints de débarrasser le plancher.

Assimi Goïta peut désormais boire en toute tranquillité son... thé

A l'époque, bien des démocrates du Mali et d'ailleurs n'avaient pas manqué de saluer la façon dont s'étaient comportés ces chefs d'Etat. Cette fois-ci, l'on peut être indigné de voir l'extrême gentillesse des tenants de la tolérance zéro vis-à-vis des putschs, à l'égard de Assimi Goïta et de ses camarades. L'Ivoirien Alassane Dramane Ouattara, en l'occurrence, ne voulait pas voir Haya Sanogo, même en peinture, pour avoir perpétré un pronunciamiento. Le moins que l'on puisse dire est que le président ivoirien était dans son bon droit.

Car, en vertu des dispositions du protocole de 2001 de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, les coups d'Etat et autres prises du pouvoir par des moyens anticonstitutionnels, sont proscrits. Comment se fait-il alors que le coup d'Etat d'Assimi Goïta fasse l'objet de mansuétude de la part de la même CEDEAO ? Cette question mérite d'être posée d'autant plus que le principal concerné a réussi l'exploit de perpétrer deux putschs en l'espace seulement de 9 mois.

En tout cas, aujourd'hui, Assimi Goïta peut désormais boire en toute tranquillité son... thé. Et avec lui, tous les Maliens et Maliennes qui l'ont applaudi ou accompagné dans ses 2 coups de force contre l'ordre constitutionnel établi. Et quand la CEDEAO juge l'évolution de la situation socio-politique au Mali, « positive » et « encourageante » en brandissant comme éléments de preuves, la nomination d'un Premier ministre civil et la mise en place d'un gouvernement, l'on peut avoir envie de lui opposer ceci : la nomination d'un Premier ministre civil et la mise en place d'un gouvernement ne suffisent pas pour tresser des lauriers à un putschiste.

Surtout que dans le cas d'espèce, le Premier ministre civil choisi par la junte n'a eu aucun scrupule à soutenir la thèse selon laquelle, la démocratie peut s'accommoder des coups d'Etat. Et parlant de gouvernement inclusif, comme l'avaient exigé les dirigeants ouest-africains, peut-on dire que le gouvernement concocté par l'attelage Choguel Kokalla Maïga/Assimi Goïta, l'est ? En tout cas, certains partis de l'opposition ne le pensent pas. Et au regard du casting opéré par la junte, l'on peut dire que cette critique est fondée. En effet, la réalité du pouvoir est aujourd'hui détenue au Mali par la junte et le M5.

A ce rythme, l'on risque d'attendre l'Eco jusqu'à la fin des temps

Tous les autres acteurs politiques ont été tenus à l'écart de la Transition. Et rien ne dit aujourd'hui que les chefs militaires de la junte ne travaillent pas à se succéder à eux-mêmes. Déjà, ils sont nombreux les Maliens qui les y invitent. Tout cela ressemble bien à une manipulation déjà expérimentée sous d'autres cieux. La CEDEAO aurait donc mieux fait en s'abstenant de décerner de bons points à la junte. Pour l'avoir fait, l'on peut dire que la CEDEAO se chatouille pour rire. Et pour se donner bonne conscience, elle a maintenu la mesure de suspension du Mali.

Et le moins que l'on puisse dire c'est que cette mesure ne peut nullement perturber le sommeil d'Assimi Goïta. Et la CEDEAO en est consciente. Seulement, elle l'a maintenue pour donner l'illusion qu'elle veille sur la démocratie comme du lait sur le feu. Cela dit, les dirigeants ouest-africains ont également échangé sur l'Eco, du nom du projet de monnaie unique dans les 15 pays de la CEDEAO. Les populations de ces pays ont probablement été abasourdis d'entendre dire que la mise en place de cette monnaie a été renvoyée en 2027.

A ce rythme, l'on risque d'attendre l'Eco jusqu'à la fin des temps. En effet, sa mise en place était annoncée pour le troisième trimestre de 2020, mais elle avait été repoussée à une date indéfinie. L'on peut mettre sa main au feu que le rendez-vous de 2027 ne sera pas tenu. Car, ce ne sont pas les " jeteurs" de peau de bananes qui manquent sur le chemin de la mise en place de l'Eco. Et parmi eux, l'on peut citer tous ces « éco-sceptiques » de l'espace et d'ailleurs. Ce n'est donc pas demain la veille que les pays membres de la CEDEAO vont connaître la souveraineté, la vraie. Car celle-ci passe d'abord par la souveraineté monétaire.

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