Cameroun: « Beaucoup d'enfants ne sont pas vaccinés »

Dr Shalom Tchokfe Ndoula, secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination (PEV).

Qu'est-ce qui justifie la recrudescence de la rougeole sur l'ensemble du territoire national ?

La première raison, c'est la non vaccination. Beaucoup d'enfants ne sont plus vaccinés à la première dose contre la rougeole et la rubéole, encore moins à la deuxième dose qui a été introduite depuis un an, dont les parents ignorent même l'existence. Cette deuxième dose de vaccin est administrée à partir du 15e mois chez l'enfant. On enregistre alors des enfants qui n'ont pas été vaccinés pendant trois années successives. Ce qui rend la population très vulnérable. Or, le vaccin contre la rougeole est efficace à 95% et donc pour prévenir les épidémies, il faut atteindre une couverture d'au moins 95% dans tous les districts de santé.

Malheureusement, les épidémies sont cycliques tous les trois ans dans notre pays et dépendent des rythmes de campagnes de vaccination et de suivi qu'on effectue au cours de la même période. Seulement, la dernière campagne aurait dû être menée en 2018, mais pour des raisons liées à des difficultés opérationnelles, on a plutôt organisé la campagne en 2019. On a pris du retard sur l'immunité collective. Autre raison, le mouvement des populations. Surtout dans la région de l'Est et l'Extrême-Nord où beaucoup de personnes quittent la RCA pour venir s'installer au Cameroun. Avec des enfants très peu vaccinés, l'épidémie se propage très rapidement.

Votre dernier rapport parle également de la réticence des populations face à la vaccination...

Effectivement, nous sommes confrontés à cette histoire de méfiance vis-à-vis de la vaccination depuis la pandémie à coronavirus. Les populations sont davantage sceptiques à tout type de vaccination. Pourtant, il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'une épidémie de rougeole surgisse après une baisse du taux de couverture vaccinale. On assiste dès lors à une conséquence directe de la pandémie du Covid-19. On craint que les populations boudent également la riposte en cours contre d'autres épidémies.

Comment s'organise la riposte à présent ?

Nous sommes soumis à des directives nationales de riposte qui indiquent que lorsqu'on enregistre trois cas confirmés dans un même district au cours de quatre semaines consécutives, on déclare l'épidémie. Ensuite, on investigue ménage par ménage pour rechercher les points de distribution géographique dans le temps et selon les personnes. Puis, on passe à la phase de riposte. Et la riposte démarre par le traitement des enfants malades. On administre gratuitement aux victimes la vitamine A pour leur permettre de survivre. La deuxième phase de riposte porte sur la vaccination des enfants, de 0 à 5 ans voire jusqu'à 15 ans, vivant dans la localité touchée.

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