Cote d'Ivoire: L'éditorial de Venance Konan - Et vint la pluie...

éditorial

Et nos ennuis habituels. La pluie que nous avions tant attendue est enfin arrivée ce week-end. Nous nous inquiétions tous du retard de ces pluies de juin qui, bien qu'étant parfois porteuses de drames, rythment nos vies depuis toujours. Ce sont ces pluies qui redonnent le sourire à nos parents paysans et rafraîchissent un tant soit peu nos chaudes journées et nuits.

Espérons seulement que la pluie de ce week-end ne se soit pas arrêtée à la seule ville d'Abidjan et ses environs, et qu'elle durera le temps nécessaire pour que nos paysans en profitent. Elle est donc venue, cette grosse pluie tant attendue. Avec bien entendu son lot de désagréments auxquels nous avons fini par nous habituer, à savoir des rues, des carrefours ou des domiciles inondés, les embouteillages, les accidents de la circulation, avec souvent hélas, des pertes en vies humaines. L'on m'a raconté qu'un ambassadeur et son épouse ont failli perdre la vie ce samedi parce que leur véhicule est tombé dans un trou que la pluie avait masqué. Ils ont pu s'en sortir en s'échappant par les fenêtres de leur voiture. De nombreux chantiers sont ouverts en ce moment dans la ville d'Abidjan et à l'intérieur du pays. Soyons tous très vigilants. Et les responsables des chantiers devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour signaler les dangers.

Alors, puisque la pluie est arrivée avec du retard, en avons-nous profité pour curer tous les caniveaux, recouvrir ceux qui doivent l'être, fermer tous les trous dangereux, enlever tous les obstacles qui gênent la circulation de l'eau, ouvrir cette fameuse embouchure de Grand-Bassam que l'on dit source de tous les malheurs de cette ville et même d'Abidjan et Bingerville en temps de pluie ? Avons-nous déguerpi tous ceux qui s'entêtent encore à habiter des zones très dangereuses? Avons-nous renforcé les voies qui soutiennent notre unique ligne de chemin de fer ? Bref, avons-nous fait ce qu'un État responsable devrait faire pour éviter les catastrophes ? Nous osons croire que toutes ces questions sont en fait très stupides, puisque nous avons des ministères et des organismes dédiés à cela, et que tous nos responsables ont évidemment assumé, c'est le cas de le dire, toutes leurs responsabilités en prenant toutes les mesures afin que nous n'assistions plus aux drames auxquels nous sommes habitués en période de saison des pluies. Lorsque chaque année, à la même période, les mêmes drames se répètent dans une société, cela veut dire qu'elle a de sérieux problèmes. Pour en revenir à Grand-Bassam où il y a quelques années les habitants étaient obligés de se déplacer en pirogue dans la ville historique classée patrimoine de l'Unesco, où en sommes-nous avec l'embouchure ? Cela fait au moins trente ans que j'entends parler de son ouverture prochaine. Peut-on nous rassurer sur ce dossier ?

Nous avons parlé d'État responsable qui devrait prendre toutes les mesures afin d'assurer la sécurité de ses citoyens et de tous ceux qui vivent sur son sol. Ceux-ci ne sont pas pour autant dispensés du devoir de responsabilité envers eux-mêmes, car la sécurité de chacun repose avant tout sur chacun des membres de la société. De même, ceux qui construisent des ouvrages dont ils savent pertinemment qu'ils pourraient gêner ou provoquer de graves dégâts en période de pluie se comportent-ils tous simplement comme des irresponsables, ou des criminels qui devraient être traités comme tels. Le ministre de l'Assainissement et de la Salubrité a visité les zones à risque et s'est voulu rassurant.

Il en a aussi appelé au sens des responsabilités des uns et des autres. Avouons que bien souvent, nous sommes la source de nos malheurs. Et notre état de pauvreté ne saurait tout expliquer. Quiconque s'installe dans une zone tout en sachant qu'elle est dangereuse en saison des pluies, ne peut se plaindre après, lorsque la catastrophe arrive. L'argument selon lequel on n'a pas le choix ne saurait prospérer, quand l'on met en danger sa vie et celle de sa famille en s'installant dans certains endroits.

La saison des pluies qui, en principe, devrait être un mois de bénédictions dans nos traditions, puisque c'est la saison au cours de laquelle l'on plante et sème ce qui nourrira la population l'année suivante, est devenue depuis de trop longues années la saison de malheur pour bon nombre de familles. Surtout dans la ville d'Abidjan. Ce n'est pas une fatalité. Nous devrions pouvoir nous donner les moyens de mettre fin à cette série noire.

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