Mali: Le retrait annoncé de Barkhane fait craindre de sérieuses conséquences

La suspension par la France des opérations militaires conjointes avec les forces maliennes, après huit ans de collaboration au profit d'une coalition internationale, impacte déjà sévèrement les faibles capacités d'un partenaire crucial dans la lutte antidjihadiste. Une décision qui appréhende la population, les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest et le commandement de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma).

Malgré le fait que la population ouest-africaine redoute la multiplication des attaques, les autorités françaises maintiennent leur position, soulignant que l'épineuse question du dialogue avec les terroristes constitue une ligne de fracture entre la France et le Mali. Et le président français, Emmanuel Macron, conditionne la reprise de la coopération militaire avec ce pays à des engagements « clairs » de non-dialogue avec les djihadistes.

« Je ne pense pas qu'on puisse se substituer à un peuple souverain pour construire son bien à la place de lui-même », estime Emmanuel Macron, un message clair non seulement au Mali, mais aussi aux pays africains partenaires de l'opération antidjihadiste au Sahel. Il pense que les Etats sahéliens, Mali en tête, sont à blâmer pour la simple raison que de vastes territoires restent privés de services de base dans cette région, « parce que ces Etats ne veulent pas prendre leurs responsabilités ».

Le retrait annoncé de Barkhane, forte de 5100 soldats, suscite de nombreuses réactions, surtout après l'attaque à la voiture piégée du 21 juin dont 6 militaires français et 4 civils ont été blessés. Sans la France, les opérations maliennes seront vraisemblablement « extrêmement réduites : protection de base; patrouilles en périphérie immédiate des camps; convoi logistique », affirme, par exemple, Raphaël Bernard, ancien officier de Barkhane. « Ils savent que c'est compliqué de manœuvrer contre les groupes armés terroristes, loin de leurs bases sans Barkhane ou Takuba », ajoute-t-il.

Les soldats onusiens de la paix ne cachent pas aussi leur inquiétude. « La force française va laisser du vide », déplore un général de la Minusma. « Barkhane fait du contrôle de zone, c'est une force mobile qui gêne les mouvements des djihadistes », abonde un Casque bleu, selon lequel « le G5 n'aura pas le même niveau » d'action après le départ de la force française.

Le retrait français laisse le champ vide aux djihadistes

Le haut gradé de la force onusienne prédit, par ailleurs, que « le retrait français va laisser le champ libre aux djihadistes », étant donné que « la force européenne Takuba initiée par la France mène des opérations ciblées et ponctuelles ». Ce qui, selon lui, permettra aux terroristes de « se répandre sur davantage de surface, et là où les insurgés venaient une fois dans le mois, ils pourront s'y rendre trois fois » pour faire subir « davantage leur loi aux populations ».

Même si Barkhane qui a une visée antiterroriste offensive, de renseignement et d'attaque, et les Casques bleus qui interviennent pour assurer le maintien de la paix avec une simple capacité de réaction et de réplique n'opèrent pas ensemble, ces deux missions collaborent étroitement pour le partage d'informations. « Dans certaines zones, la simple présence de Barkhane est dissuasive, et quand on subit de grosses attaques, ce sont eux qui nous défendent », explique un responsable militaire onusien, précisant que « la puissance, la réactivité, le professionnalisme et la cohésion » de la force française sont des recours précieux qui manqueront en cas d'urgence.

Pour l'ancien Premier ministre malien, Moussa Mara, la « balle est maintenant dans le camp des pays sahéliens et de leurs forces armées respectives ». « Nos autorités doivent nous dire comment elles comptent relever les défis de la lutte contre le terrorisme, de la présence effective de nos administrations sur les territoires et de la sécurisation durable de nos populations », souligne l'ex-chef du gouvernement malien.

Selon le ministère français des Armées, la fin prochaine de l'opération militaire Barkhane va passer par la fermeture de bases de l'armée française et la priorité donnée à la lutte contre les djihadistes par les forces spéciales.

En fin juillet, le général français, Laurent Michon, va succéder au général Marc Conruyt à la tête de Barkhane au Sahel, dont il devra piloter la mutation qui prévoit notamment une nette décroissance des effectifs militaires. Cette décroissance s'opérera progressivement, avec un jalon à environ 3.500 hommes dans un an puis 2.500 personnes d'ici à 2023, précise une source proche du dossier. Les commandos d'élite de la Task Force française « Sabre » devraient être maintenus pour poursuivre la traque des chefs djihadistes.

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