Sénégal: A Keur Barka/Bountou Ndour - Singes et humains cohabitent en harmonie

23 Juin 2021

Le village de Keur Barka/Bountou Ndour est une localité de la commune de Ndiébène-Gandiole située à quelques encablures de Saint-Louis. Ses 4000 habitants cohabitent avec une communauté de singes rouges Patas, toujours prêts à se nourrir, à tout prix, dans les champs et dans les maisons.

SAINT-LOUIS - En cette belle matinée du jeudi 27 mai 2021, nous nous rendons compte qu'au village de Keur Barka (une localité de la commune de Ndiébène-Gandiole située à quelques encablures de Saint-Louis), personne ne peut résister à la beauté d'une nature qui fait couler à nos pieds des flots de bonheur. Ici, il y a de quoi flirter avec un silence assourdissant et hostile que nous retrouvons entre cette nature paisible et ces nouvelles constructions futuristes qui n'ont rien à envier aux immeubles des capitales régionales. Seulement, dans le village de Keur Barka, les habitants cohabitent avec des espèces singulières. Les singes rouges Patas sont de plus en plus nombreux à quitter leur milieu naturel pour se sédentariser dans le village et dans les localités environnantes. Ils apportent une ambiance particulière à ce terroir du Gandiolais où les populations ont été finalement obligées de les adopter et de les intégrer dans leur groupement social. La mort dans l'âme, les habitants ont appris, au fil du temps, à communiquer et à vivre étroitement avec ces primates.

Selon le président des éco-gardes du Nord, Pape Yamar Niang, ces singes rouges ne sont pas agressifs, ils cherchent tout simplement de quoi manger. « C'est la raison pour laquelle, ils n'hésitent pas à fouiller dans les maisons du village pour subtiliser des aliments qu'ils peuvent trouver dans les cuisines ou les chambres. Ces singes font partie du décor et nous avons l'habitude de les côtoyer », explique le technicien des parcs animaliers.

Le festin des singes rouges

Ces villageois n'ont jamais oublié le passé glorieux de ce terroir qui baignait dans l'abondance. Ils ont appris à dépasser ce passé pour vivre le présent, en acceptant la cohabitation avec les singes rouges Patas qui agissent dans la discrétion pour arracher, avec une rapidité déconcertante, tout ce qu'ils trouvent entre les mains moites des marmots du village. Très souvent, ils arrivent à échapper à la vigilance des adultes. Les villageois passent le plus clair de leur temps à surveiller ces nombreux singes rouges Patas, qui n'hésitent pas à arracher un morceau de pain de la bouche des enfants. À cet effet, dans le village, il est formellement interdit aux enfants de se balader avec un sandwich devant ces singes. Aussi est-il déconseillé de grignoter des morceaux de légumes, de fruits, des pièces de biscuits, des morceaux de beignets et autres friandises fort prisés par ces primates affamés.

« Nous les avons trouvés ici... »

Ces hominidés, nous raconte le Chef de village, Boubacar Ndiaye, attendent sagement que les membres de la famille se mettent quelque part afin de déguster le repas de midi pour passer derrière les concessions et entrer dans les chambres par les fenêtres. Une fois à l'intérieur, ils subtilisent le restant de la nourriture ou le repas du soir.

Les singes n'investissent pas uniquement les concessions. Il arrive souvent qu'ils s'introduisent dans les champs et causent des dégâts incommensurables. À en croire Khadidiatou Ndiaye, ces singes rouges sont des intrus particuliers, qui agissent tous les jours, de 5h du matin à 20h. «Ils détruisent nos cultures d'arachide, de pastèque, de niébé, de bissap, avant de passer la relève aux phacochères qui préfèrent agir la nuit», soutient la bonne dame.

Le producteur maraîcher, Birane Ndiaye, 43 ans, a appris à tolérer cette présence massive des singes. «J'ai l'habitude de les voir dévorer une partie importante de ma production agricole. Ils décortiquent les graines comme les hommes, avec une dextérité remarquable. Ils sont bien organisés et, parfois, ils donnent l'impression de comprendre la nécessité absolue de me réserver une bonne partie de ces récoltes qui me permettront de tirer profit de mon champ», soutient l'agriculteur.

Son collègue Mame Diop, qui exploite un vaste champ de pastèque, explique les agissements des singes comme une volonté divine. «Nous les avons trouvés ici, un guide spirituel m'a fait comprendre un jour que la meilleure façon de les gérer, c'est d'être pieux, de croire en Dieu, de donner la charité aux pauvres et de prier pour qu'ils ne disparaissent pas avec toute la récolte», raconte le bonhomme, soutenant qu'ils agissent comme les criquets pèlerins ou encore les oiseaux granivores.

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Un Cem, une urgence dans le village

Keur Barka souffre d'un manque d'infrastructures. Aujourd'hui, les populations réclament des poteaux électriques, des financements pour les jeunes et de l'eau douce pour irriguer les parcelles maraîchères. Elles aimeraient aussi disposer d'un Cem pour les élèves. «Nous voulons un Cem à Keur Barka, nos élèves ne peuvent plus faire la navette, tous les jours, pour aller suivre les cours à Gandon, le plus souvent, ils se déplacent en moto et ils risquent d'être victimes d'accidents de la circulation, les jeunes filles, arrivées en classe de 5ème, finissent par abandonner le chemin de l'école. Ces déperditions scolaires engendrent dans notre terroir des conséquences désastreuses», soutient Lamine Fall, parent d'élèves.

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Les émanations d'une usine de farine de poisson polluent l'atmosphère

À Keur Barka, l'espace vital, l'air pur, la végétation verdoyante, le beuglement des bovins broutant de l'herbe donnent envie de décompresser. Les rues spacieuses et sablonneuses, propices à une randonnée pédestre, le sol spongieux et la bonne humeur des villageois nous font comprendre que la vie ne s'arrête pas dans les milieux citadins. Seulement, cette quiétude du village est perturbée par la présence, dans cette zone, d'une usine asiatique de transformation de produits halieutiques et de fabrication de farine de poisson. Du fait des activités industrielles de cette usine, une odeur nauséabonde, infecte et pestilentielle, emplit souvent l'atmosphère, causant de lourds préjudices et autres désagréments aux populations du Gandiolais. «Personne ne peut respirer cette mauvaise odeur qui dérange une dizaine de villages et qui nous rend malade», soutient Mamadou Bâ, un ancien fonctionnaire à la retraite. Selon lui, à plusieurs reprises, des marches, des sit-in et autres manifestations ont été organisés dans la zone pour exprimer leur colère. «Les responsables de cette usine sont toujours là et ils poursuivent tranquillement leurs activités, il leur arrive parfois d'utiliser des filtres pour étouffer cette odeur, mais nous allons nous battre de toutes nos forces pour nous en départir». Cette revendication a été toujours formulée devant les autorités municipales du Gandiolais, qui, par la voix du Maire Arona Sow, ont promis d'apporter les solutions les plus adéquates à ce problème récurrent.

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L'amitié entre un militaire et un cultivateur au début

Keur Barka a été créé par Barka Ndiaye, un ancien militaire installé dans cette zone par le Gouverneur Faidherbe. À bord d'une pirogue, racontent les responsables de la localité, ils ont débarqué, un jour, dans cette zone, où ils ont passé la journée. Au crépuscule, Faidherbe, à la demande de son ami et compagnon, laissa sur place ce dernier qui venait du Walo.

Selon le Chef de village, Boubacar Ndiaye, Barka Ndiaye a montré au Gouverneur colonial l'endroit où il voulait s'installer. «Il ne tarda pas à viabiliser ce site en élaguant les arbres et en enlevant les mauvaises herbes pour y vivre avec sa famille», explique le chef de village. Plus tard, le nommé Makane Sarr, un grand cultivateur, viendra le rejoindre dans cette zone. Ils s'entendaient parfaitement au point de sceller un partenariat qui consistait à s'entraider, à vivre dans le mutualisme.

Barka est allé jusqu'à dire à son voisin, «Tollou-Ma-Fofou, Ma-Tollou-La-Fi», une expression wolof qui signifie en français «Représentes-moi là où tu es et je te représente là où je suis installé». «Depuis lors, les Ndiaye et les Sarr vivent comme des frères dans cette zone», signale le chef de village.

Boubacar Ndiaye, bien qu'il ignore l'histoire de Bountou Ndour, a tenté de donner une explication en précisant que cette expression pourrait bien signifier la porte d'entrée de Keur Barka où l'on trouve du «Leydour» en grande quantité. «C'est une plante qui a des vertus thérapeutiques. Peut-être que le Ndour vient de Leydour ?», s'interroge-t-il. À Bountou Ndour, les familles Diakhaté, Camara, Sangharé cohabitent avec les Ndiaye, les Sarr, les Fall, les Dème, les Mbaye, les Diop, les Diagne, les Bâ, les Diallo, les Dia, les Diouf, les Faye, les Sow, etc.

Plus de: Le Soleil

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