Congo-Kinshasa: Proposition de modification de l'article 72 de la Constitution - Etienne Pembe invite la classe politique à la prise de conscience

L'amour du Congo n'est pas une question de souche, mais une question de conscience. Et la conscience est une question d'intérêt, de choix, de préférence, et de cœur, affirme Etienne Pembe, président national du parti Action pour le Développement de la Nation Congolaise, ADNC, en sigle.

Selon lui, le problème n'est pas de naître de père ou de mère congolais, mais plutôt d'avoir la conscience de servir sa patrie. Il pense ainsi que la modification de l'article 72 ne favorisera pas la cohésion nationale. Par contre, c'est une initiative socialement discriminatoire et politiquement irrationnelle. Ainsi, il appelle les politiques à se concentrer sur l'essentiel en lieu et place de discuter sur le problème de la nationalité pour accéder aux fonctionz de Président de la République. Retrouvez, ci-dessous, l'intégralité de cette analyse.

Analyse sur la proposition de modification de l'article 72 de la constitution par le président national de l'ADNC, Etienne Pembe Depuis un moment, il s'observe une agitation dans le débat politique en RDC. Pour cause, un citoyen ancien candidat aux présidentielles, mène le front pour une modification de l'article 72 de constitution, en réservant la fonction de président de la république aux seuls congolais nés de père et de mère congolais d'origine. Si tout congolais est libre de réfléchir, de proposer, mais libres aussi le sont ceux qui soutiennent d'une part et ceux qui s'y opposent d'autre part.

Pour notre part, c'est avec un regard inquiet que nous considérons une telle initiative socialement discriminatoire, politiquement irrationnelle. Le principe étant que tous les congolais sont égaux en droit. Il ne peut y avoir des congolais possédant des privilèges d'un côté et des congolais dépossédés de l'autre. Les raisons évoquées pour soutenir cet argumentaire s'articulent autour essentiellement de l'infiltration rwandaise au sommet de l'État, avec comme repère la guerre de libération de 1996 par l'AFDL conduite par Mzée Laurent Désiré Kabila. Comme si c'est Mzée qui leur avait octroyé la nationalité zaïroise de l'époque.

La question de la nationalité des Tutsis remonte à la colonisation belge et faisait partie du plan américano occidental sur la balkanisation du Congo. Vouloir intentionnellement circonscrire cette question à l'époque de Mzée, relève d'une guerre idéologique que mènent les sympathisants d'un courant antinationaliste. Tous ces rwandais tutsis ont été adoubés, cooptés du temps où BisengimanaRwema fut le tout puissant directeur de cabinet de Mobutu.

Prendre prétexte sur la prétendue infiltration rwandaise pour proposer une loi aussi insultante pour ceux des congolais hybrides est l'expression d'un sadisme qui ne dit pas son nom. L'amour du Congo n'a rien à avoir avec les parents d'origine congolaise.

Combien sont les congolais de souche qui trahissent leur pays, combien de présidents africains de souche ne trahissent-ils pas leur peuple, en se subordonnant aux intérêts étrangers? A contrario qui comme Mamadou Ndala ont fait preuve de patriotisme, de sacrifice, de courage et de don de soi pour la souveraineté du Congo? Aucun autre commandant du front de l'Est n'a eu une telle réputation, en dehors du général Bahuma. L'amour du Congo n'est pas une question de souche, l'amour du Congo est une question de conscience.

Et la conscience est une question d'intérêt, de choix, de préférence, et de coeur. Beaucoup de congolais binationaux préfèrent la nationalité d'acquisition à cause des avantages. Les Lukaku, MishiBatshuayi et compagnie ont choisi de jouer pour la Belgique, ils sont bien congolais de souche par leurs parents. Marcel Tisserand qui n'est pas congolais de souche a préféré le Congo. Les traîtres sont de tous les côtés, tout comme les patriotes. Il n'y a rien de scientifiquement prouvé pour prétendre que les congolais de souche sont plus enclin à aimer leur pays que les métis.

Je m'inscris en faux face à des lois qui n'ont de motivation que le machiavélisme du combat politique. Se saisir de tous les prétextes coulés sous forme de pensée patriotique pour écarter des concurrents potentiels, qu'on n'est pas sûr de battre à la régulière. Que les personnes visées soient écartées pour des raisons objectives n'agacerait personne, mais par une alchimie de pensée méchante et crétine, cela n'honore personne. Ces germes de division qui poussent les consciences à se protéger de l'arbitraire, risquent d'imploser une société congolaise déjà fragile.

Le repli identitaire a existé dans ce pays, l'état indépendant du Katanga, l'empire du Sud Kasaï ont bien existé. Un tel discours n'est en rien différent de celui qui consiste à condamner par présomption tous les métis pour défaut de nationalisme ou de patriotisme, et acquitter tous les congolais de souche par présomption de nationalisme ou de patriotisme.

Cette loi est inopportune, elle n'est pas la cause du sous-développement du Congo, elle n'est pas non plus la cause des guerres interminables à l'Est. L'Est du Congo a toujours été le ventre mou de la RDC, il a connu de 1962 à 1967 des guerres, en 1977, 1978. Le pouvoir pour le pouvoir, on finit par tout perdre. Les thuriféraires existent, tout comme les courtisans, mais ils sont les premiers à détaler. Une seule braise suffit pour brûler toute la maison dit-on. Par Etienne Pembe, Président National de l'ADNC

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