Afrique: Les réalités de la dette africaine vis à vis de la Chine

En Afrique, les conditions dans lesquelles les prêts chinois sont effectués inquiètent de plus en plus. La question de la dépendance de l'argent chinois se pose.

Après une restructuration de sa dette envers la chine en 2019, le Congo-Brazzaville obtient de Pékin un nouvel allègement. Les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et chinois Xi Jinping en ont convenu lundi (21.06), lors d'un entretien téléphonique.

Le Congo doit à la Chine 1.300 milliards de francs CFA (près de deux milliards d'euros), selon le gouvernement. Cette dette empêche le pays de reprendre des négociations avec le Fonds monétaire international.

Même si la question de la dette "chinoise" inquiète, plusieurs experts s'accordent à dire que les projets, les investissements et les prêts chinois ont beaucoup aidé l'Afrique. Pékin entretient des relations diplomatiques avec quasiment tous les pays africains, à l'exception de l'ex-Swaziland, eSwatini, qui a maintenu ses relations avec Taïwan.

La Chine reprend-elle des infrastructures lorsque les débiteurs ne payent pas ?

Non, répond Cobus van Staden. Il étudie les relations entre la Chine et les Etats africains à l'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA).

"Toutes les recherches universitaires que je connais, concluent qu'il n'existe aucun exemple d'un tel piège de la dette. La question de la dette chinoise, ce n'est pas comme si la Chine allait saisir l'aéroport de quelqu'un. Ce n'est pas le cas en Afrique et ce n'est pas le cas ailleurs", explique Cobus van Staden.

Il y a pourtant au moins un précédent : en 2017, le Sri Lanka a cédé à la Chine l'exploitation du port de Hambantota pour une période de 99 ans en échange de l'effacement d'une dette d'un milliard de dollars.

Et le 15 mars 2021, le gouvernement kényan a dû démentir que le port de Mombasa pourrait être saisi par la Chine à défaut du remboursement d'un prêt lié à la construction de la ligne de chemin de fer entre Mombasa et Nairobi.

Les raisons politiques liées aux aides de la Chine

Kevin Acker, de l'Initiative de recherche sino-africaine de l'Université Johns Hopkins de Washington rappelle que "l'un des principaux moteurs des prêts chinois aux pays africains est de s'établir comme partenaires de développement et de construire un compromis politique".

Il ajoute que "ce compromis se traduit par la reconnaissance de la Chine, et non de Taïwan. Il s'agit aussi de soutenir les initiatives de la Chine au niveau multilatéral, comme aux Nations unies".

Le respect des clauses secrètes avec la Chine

En mars 2021, des chercheurs allemands et américains ont publié une étude sur les prêts chinois intitulé : "Un aperçu rare de 100 accords de prêt avec des gouvernements étrangers". Ce qui a soulevé à nouveau la question des clauses secrètes que doivent respecter les pays africains.

Le Club de Paris, la plateforme commune de restructuration de la dette des pays occidentaux, s'est engagé à faire preuve de transparence mais certains accords bilatéraux avec ses membres sont également très opaques, constate l'expert Cobus van Staden.

Les pays africains pourraient toutefois changer les règles du jeu en imposant eux-mêmes la transparence sur les accords de crédit. Selon Kevin Acker "bien que ces clauses secrètes existent, elles ne sont pas aussi puissantes que celles régies par le droit national. Si les lois d'un pays exigent la divulgation de ces accords, la divulgation n'enfreint pas la clause elle-même".

Il cite comme exemple positif le Cameroun qui disposerait d'une excellente base de données de tous ses accords de prêt avec la Chine.

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