Afrique: Iya Touré, délégué général du Québec à Dakar - «Le Sénégal a des atouts que les grandes Nations n'ont pas»

24 Juin 2021
interview

Le nouveau Délégué général du Québec à Dakar, Iya Touré, a profité de la célébration de leur fête nationale, ce jeudi 24 juin, pour réaffirmer la disponibilité du Gouvernement québécois à accompagner le Sénégal dans l'atteinte de ses objectifs de développement.

Vous dirigez, depuis cinq mois, la Délégation générale du Québec. Pouvez-vous nous parler de cette structure ?

La Délégation générale du Québec à Dakar est une représentation qui a fêté, au mois de mai dernier, ses cinq ans d'existence. L'idée de sa création a été émise lors du Sommet de la Francophonie qui s'est tenu à Dakar en 2014. Mais, c'est en mai 2016 que cela s'est concrétisé. Elle est relativement très jeune, comparée aux représentations à l'étranger, mais sa beauté réside dans le fait qu'elle est l'une des huit Délégations générales que le Québec compte dans le monde. La première et la seule Délégation en Afrique se trouve au Sénégal.

Qu'est-ce qui justifie le choix porté sur le Sénégal ?

Le Sénégal est la porte d'entrée de la Francophonie en Afrique de l'Ouest. Il a joué un rôle important dans l'adhésion du Québec dans l'espace francophone. Le Président Senghor a été le premier Chef d'État africain à visiter le Québec comme Nation entière. Quand on parle de Francophonie, le Sénégal est cité comme un pays phare. Il faut aussi reconnaître le travail remarquable fait par les autorités sénégalaises pour accueillir cette Délégation générale sur le continent africain.

Présentement, quel est l'état de la coopération entre le Québec et le Sénégal ?

Nous avons des liens historiques et d'amitié. La coopération est dynamique. Elle se fait dans plusieurs domaines. Le Québec a joué un rôle important dans le système éducatif sénégalais et sur le plan de la solidarité internationale. Mais, nous avons, depuis deux ans, un nouveau Gouvernement dirigé par des femmes et des hommes d'affaires. Ils mettent en avant le pragmatisme et, comme levier, s'appuient sur le volet économique.

Le Québec a réorienté toutes ses stratégies destinées à nos représentations à l'étranger à l'économie. Mon rôle, avec mon équipe, est que le Québec soit plus présent au Sénégal sur le plan économique, car il faut reconnaître que la notion du petit pays africain à assister n'est plus de mise. Le Sénégal n'est plus à ce niveau. Il veut émerger et faire prospérer sa communauté. Le Québec a tout intérêt à s'inscrire dans ce sillage. Le Sénégal a des atouts que les grandes Nations n'ont pas.

Nous posons des actes orientés vers le résultat. L'Afrique a plus besoin de résultats que de discours. Nous excellons dans des domaines qu'elle considère comme prioritaires. Nos actions, ici, cadrent, par exemple, avec les orientations du Plan Sénégal émergent (Pse). Nos interventions vont porter, entre autres, sur l'agriculture, l'énergie, les mines et le numérique. Grâce à notre approche humaine et égalitaire qui facilite la coopération, nous voulons imprimer des actions durables.

Le Québec a opté, comme vous l'avez dit, pour un virage économique, mais le constat est que le secteur privé québécois n'est pas présent à Dakar. Que faut-il faire pour changer la donne ?

J'estime que pour accroitre les échanges entre deux Nations, deux variantes sont importantes : la langue et la proximité. Or pour le Québécois, l'Afrique est loin. La question que l'on doit se poser dans ce virage économique, c'est comment rapprocher le Sénégal du Québec, voire l'Afrique francophone. Pour un homme d'affaires, le déplacement vers le Sénégal peut lui prendre deux jours, et cela constitue un frein.

C'est dû à l'absence de vol direct entre les deux Nations ?

Exactement. C'est le sens des initiatives sur lesquelles nous travaillons actuellement. Des discussions sont en cours avec le Directeur général de la compagnie Air Sénégal et avec le Ministre du Tourisme et des Transports aériens. La pandémie a mis à terre beaucoup de compagnies aériennes, mais des perspectives se dessinent pour créer cette proximité. Tous nos gestes vont dans le sens de faire du Sénégal un hub international.

Sur le plan économique, que pensez-vous de la trajectoire prise par le Sénégal ?

J'estime que, par rapport à ce qui est fait, il y a une volonté sincère de pousser le Sénégal, même s'il existe des zones d'amélioration. Le Sénégal est un bon élève. Nous voulons l'aider à s'épanouir économiquement, ainsi que les 12 pays francophones que nous couvrons. Cela passera par la présence physique de nos entreprises et nos entrepreneurs sur le terrain. La coopération sur le plan de l'éducation est excellente. Le Québec, qui a connu une révolution tranquille, a beaucoup à offrir au Sénégal.

Quand on parle de Québec, on pense aussi à l'immigration. Quelles sont les perspectives qui se dessinent dans ce domaine ?

Le volet immigration est important ; le Québec a une population vieillissante, se confronte à un manque de main-d'œuvre. En matière d'emploi, la langue constitue un atout important, ensuite la population sénégalaise est jeune. La mise en place d'un service immigration nous permettra de faire des recrutements et de consolider le partenariat gagnant-gagnant.

Si je prends l'exemple des soudeurs, au Sénégal, le métier de soudure coûte cher. Une de nos initiatives, c'est de payer leur formation. Le Québec se chargera de recruter la moitié et l'autre sera disponible pour le Sénégal qui a besoin de main-d'œuvre qualifiée pour la phase exploitation du gaz et du pétrole.

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