Tunisie: Vaccino-sceptiques et réfractaires aux gestes barrières - Les Tunisiens déconnectés de la réalité Covid-19 !

24 Juin 2021

Dans cette crise sanitaire sans précédent, se protéger pour ne pas tomber malade et risquer sa vie devrait être le comportement naturel de chacun d'entre nous. Mais malgré ce contexte particulier et les dangers qui les menacent, la plupart des Tunisiens ne sont pas conscients de la gravité de la situation, n'appliquent pas les mesures préventives et le protocole sanitaire mis en place. Et le plus inquiétant, c'est qu'ils ne croient pas au vaccin contre le Covid-19 !

Depuis quelques jours, le gouvernement a renforcé les mesures de lutte contre la propagation de la quatrième vague de l'épidémie de Covid-19 qui sévit déjà dans le pays, avec une prédominance du variant britannique, connu pour la rapidité de sa propagation. Dans le même temps, les autorités sanitaires ont annoncé un confinement total dans quatre gouvernorats qui sont frappés de plein fouet par cette 4e vague, à savoir Kairouan, Siliana, Béja et Zaghouan, à l'heure où d'autres gouvernorats comme Sidi Bouzid, Kasserine et La Manouba connaissent aussi un nombre élevé de cas d'infections et qui nécessitent des mesures plus rigoureuses pour briser les chaînes de contamination.

Par ailleurs, les chiffres annoncés par le ministère de la Santé ne représentent que la moitié de la réalité -une question de moyens financiers et matériels-, mais reflètent quand même une situation à haut risque, alarmante, complexe et en même temps inacceptable avec des citoyens "déconnectés de la réalité" Covid-19 ; à l'heure où le taux d'incidence national est passé à 203 cas positifs par 100.000 habitants, le taux d'immunité collective inférieur à la moyenne nationale qui est de 30%, le taux national de positivité des tests passe de 25 à 29% puis à 31,6% en date du 21 juin, les consignes sanitaires ne sont pas toujours respectées et la plupart des Tunisiens ne fournissent aucun effort pour juguler la recrudescence de l'épidémie de Covid-19 et continuent de vivre leur quotidien de manière non responsable.

On est loin d'être un peuple parfait

Pour une bonne partie de la population et pour nos politiciens, le gouvernement est le premier sur le banc des accusés puisqu'il applique une gestion catastrophique de la pandémie depuis son début et est en train de noyer le pays dans cette crise sanitaire. Une grande partie de ce constat est vraie, mais là encore il faut mentionner que nous sommes loin d'être un peuple parfait.

Tout le monde est conscient que les efforts de l'État ne suffisent pas pour maîtriser cette situation et les causes sont déjà connues. Mais au lieu d'impliquer tout le monde dans ce combat acharné et de compter sur nous-mêmes pour sauver nos concitoyens, nos proches, nos enfants... nous faisons face, aujourd'hui, à des comportements où l'ignorance, l'imprudence, le non-respect des règles sanitaires dominent... Ce qui constitue un signal fort d'une reprise du virus sur le sol tunisien dans les prochains jours mais avec un dérapage non contrôlé cette fois-ci.

Actuellement, et malgré une situation épidémiologique très critique, les cérémonies de mariage se poursuivent même si les gens savent que cela va à l'encontre des directives de santé publique dans leur région. Dans les cafés et les restaurants, le taux d'occupation dépasse, quelquefois, les 100%, les souks hebdomadaires et quotidiens continuent leur activité d'une manière ordinaire, le transport public continue à être utilisé assez massivement et c'est l'un des principaux vecteurs de propagation du virus, la réouverture des stades est une vraie bombe à retardement... Tout cela sans évoquer le non-respect du protocole sanitaire ; le port du masque n'est pas la norme, la distanciation sociale est totalement absente, l'utilisation du gel est loin d'être suffisante...

La vaccination et l'enjeu de la confiance

Pire encore : les Tunisiens boudent, aujourd'hui, la campagne de vaccination et ne croient pas au vaccin contre le Covid-19, avec un taux de participation qui reste très faible.

Face à ce constat, le gouvernement a changé de stratégie -- et il risque de la changer encore et encore face à cette résistance. Après avoir été interdite, la vaccination de la femme allaitante et la femme enceinte est autorisée et peut se faire par un des vaccins existants et autorisés pour l'âge en Tunisie. Cette vaccination pourrait être bénéfique aussi pour le bébé. S'agissant de la femme enceinte, elle est non seulement autorisée, mais elle bénéficie d'un aspect prioritaire et peut se faire à partir de 16 semaines.

Les modalités pratiques seront précisées par le ministère de la Santé (inscription Evax, preuve de grossesse, vaccination dans des centres dédiés... ).

Aux Etats-Unis et au Canada, la vaccination des enfants de 12 à 15 ans a démarré. Elle a été autorisée depuis le 27 mai par l'Association européenne des médicaments (AEM).

Chez nous et malgré les nouvelles mesures annoncées, la campagne de vaccination est toujours à la traîne.

Les raisons ne sont pas difficiles à deviner : le déplacement aux centres de vaccination (qui sont au nombre de 38 répartis sur l'ensemble du pays) n'est pas facile pour une catégorie de la population, qui doit faire parfois un trajet sur des dizaines de kilomètre pour trouver un centre de vaccination, l'inscription elle-même pose problèmes puisque une catégorie assez importante ne dispose pas de smartphones pour assurer l'inscription en ligne... Autre élément d'une importance capitale, la réussite de cette campagne de vaccination repose essentiellement sur la confiance de nos concitoyens dans le vaccin et plus largement dans l'action publique qui sous-tend la politique vaccinale et là, tout le monde sait que la Tunisie vit, depuis des années, une crise de confiance entre les citoyens, le gouvernement et ses institutions...

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