Ile Maurice: Objectif budgétaire - Se réadapter pour atteindre les «650 000 touristes»

«650 000 visiteurs» sur les 12 prochains mois : un objectif budgétaire réaliste ou trop ambitieux ? La réouverture des frontières, prévue le 15 juillet, lance le débat. Des touristes de quelles nationalités reviendront en premier à Maurice ? Le profil des touristes a-t-il changé ? Dépenseront-ils autant qu'avant ? Comment les offres doivent-elles se réadapter à la nouvelle normalité ?

Le 11 juin, le ministre Renganaden Padayachy a affirmé qu'à partir du 15 juillet 2021, le ciel mauricien s'ouvrira aux touristes vaccinés et non vaccinés sous certaines restrictions. Ainsi, la première catégorie (ceux vaccinés) pourra séjourner dans des établissements agréés et profitera de la plage tandis que la seconde (les non vaccinés) y restera confinée après présentation de tests négatifs PCR à l'arrivée, au 7e et 14e jour. Or, estime Nathalie Gauthier, responsable du marketing chez Adrien's Dream Company Ltd, entreprise touristique, cette formule risque de déplaire à 75 % la clientèle étrangère régulière, qui aime aller à la découverte des villes et de la gastronomie, entre autres. «Dès le 15 juillet, les voyageurs seront limités aux hôtels mais pourront profiter de la mer. Maurice possède cette clientèle casanière mais pas dans une grande proportion», déclare-t-elle.

En effet, ce taux de 25 % est essentiellement composé de touristes séniors aisés. Aussi, les arrivées touristiques décupleront plutôt lors de la deuxième phase de réouverture du 1er octobre 2021, plus flexible en exigences sanitaires. Un avis partagé par Daniel Saramandif, président de l'Association of Tourism Professionals (ATP), Ajay Jhurry, président de l'Association of Tour Operators (ATO), et Umarfarooq Omarjee, Executive Director d'Omarjee Aviation.

Face à la nouvelle normalité entraînée par le Covid-19, quelle nationalité reviendra en premier à Maurice ? Nos interlocuteurs évoquent les touristes européens, notre principal marché. D'ailleurs, Nathalie Gauthier recense actuellement de nombreuses demandes de visiteurs français qui «n'attendent que la réouverture du territoire pour revenir». Des réservations, qui s'annoncent prometteuses.

En revanche, les Allemands sont plus frileux et se cantonnent à leur continent. Pour Umarfarooq Omarjee, l'Europe et l'Asie ont largement avancé sur la vaccination, un signe positif pour notre tourisme. Toutefois, le problème proviendra de l'Afrique, l'océan Indien et l'Inde où la vaccination n'a pas suivi la même progression.

Activités en nature

«On doit cibler des marchés composés davantage de visiteurs vaccinés. Par exemple, au vu de la situation pandémique de l'Afrique du Sud, cela prendra des mois pour le retour de ces visiteurs. On devra oublier l'Inde pour le moment, malgré la progression de la vaccination tandis que les Réunionnais pourront bientôt revenir», constate Ajay Jhurry. Néanmoins, selon Nathalie Gauthier, nos hôtels ne seront pas remplis en juillet, les voyageurs préférant rester dans leur pays et s'adonner à plein d'activités plutôt que de s'enfermer dans nos établissements locaux en hiver.

Que viendront chercher ces nouveaux visiteurs ? Le concept du «sea, sand and sun» est-il caduc dans l'ère post-pandémique ? «Maurice est toujours reconnue pour ses plages et surtout son service. Définitivement, lorsque les Européens reviendront, ce sera pour la mer. On a pas mal de données et de demandes de la France et de l'Allemagne», confie le président de l'ATP. Pour Ajay Jhurry, nos lagons demeurent notre principal atout, voire notre identité.

Cependant, ce concept est trop attaché à l'hôtellerie, avance-t-il. Aussi, il faut l'associer à la destination plutôt qu'à un secteur. D'après Daniel Saramandif, au-delà de la plage, les voyageurs requièrent des activités dans la nature en adéquation avec les normes sanitaires. L'accueil et la chaleur mauriciens restent des vecteurs de fidélisation, avance Nathalie Gauthier. Umarfarooq Omarjee estime que la formule plage s'amplifiera et contribuera à la relance touristique.

Clientèle haut de gamme pour rehausser le chiffre d'affaires D'autant que pour atteindre les «650 000 visiteurs», en une année, on ne peut faire l'impasse sur les offres, qui doivent s'adapter pour répondre aux nouvelles demandes. Quelles actions doivent se concrétiser ? Doubler la stratégie marketing en Europe, dans les pays émergents d'Europe de l'Est et les pays arabes, être plus compétitif et assurer les vols directs, répond Daniel Saramandif. Mais comme le Paille en Queue a du plomb dans l'aile, la liaison aérienne par ce prestataire reste incertaine, ajoute-il.

«Soit Air Mauritius et le gouvernement jouent le jeu, soit on fait des accords avec d'autres compagnies d'aviation pour la liaison directe vers Maurice et éviter aux voyageurs la perte de temps», confie-t-il. Revenant au chiffre de «650 000 touristes» d'ici l'an prochain, le président de l'ATO espère que celui-ci repose sur un calcul tangible et réalisable. Car Maurice devra aussi braver une féroce concurrence avec d'autres îles. D'après Nathalie Gauthier, on ne peut parler en quantité mais davantage en qualité, soit une clientèle haut de gamme qui rehaussera le chiffre d'affaires touristique. L'optimisme est de mise pour le directeur exécutif d'Omarjee Aviation.

Selon lui, 2019 était marquée par une consolidation des vols par des lignes aériennes dont Alitalia qu'il représente. «En 2019, on avait reçu 1,3 million de touristes. Les vols étaient alors remplis à 70 % avec une recrudescence des arrivées touristiques du 1er octobre au 30 mars. En 2021, cette période pourra être propice à la reprise et correspondre le taux ciblé par l'État. Cependant, on doit maximiser sur les compagnies d'aviation et les croisières qui passaient à Maurice avant. Sur papier, les 650 000 sont réalisables mais dans la pratique, des aléas peuvent survenir», déclare-t-il.

Pour cette réadaptation, précise Daniel Saramandif, un plan intégrant des citoyens, magasins touristiques, collectivités locales, entre autres, est essentiel pour la relance du secteur. Ajay Jhurry suggère plus de proactivité. «Le plus gros défi ne se limite pas à atteindre les 650 000 touristes mais à la façon d'investir pour la remontée touristique. Au 1er octobre 2021, l'industrie touristique doit démontrer sa capacité à accueillir tous les voyageurs de la nouvelle normalité, incluant les férus de gros hôtels et les visiteurs autonomes optant pour les petits établissements», précise-t-il. Pour Umarfarooq Omarjee, il incombe de déterminer qui assurera la liaison aérienne avec Maurice et si les bateaux de croisières reviendront sur le territoire.

Quant à Nathalie Gauthier, elle s'aligne sur la capitalisation de l'authenticité mauricienne qui se perd et souhaite se défaire du cachet cosmopolite. Il faut plutôt axer sur l'écologie puisque les clients priorisent cet aspect. «Ils sont plus avertis sur tout ce qui est déchet, hygiène et environnement. Si on veut les atteindre et les fidéliser, il faut miser sur ce concept. Le Covid-19 a fait beaucoup de dégâts, nous privant de touristes qui resteront sur l'Europe. Mais ceux qui en sortiront, cherche- ront des plages propres et des lagons riches. C'est ce qui fera la différence», avance-t-elle.

Nos vaccins font tiquer les européens

Si Maurice peut se targuer d'avoir une moyenne de 70 % de son personnel touristique vacciné, en revanche, les gammes de vaccins non reconnues par l'Agence européenne des médicaments suscitent des préoccupations. En effet, les vaccins Covaxin et Sinopharm ne sont pas admis sur la liste, contrairement à l'AstraZeneca, premier vaccin utilisé à Maurice, ainsi que Pfizer, Moderna et Johnson, and Johnson administrés à l'étranger. Une situation qui risque d›être au détriment de la relance touristique, souligne Daniel Saramandif. Selon lui, l'État mauricien essaie de consulter nos ambassades étrangères, ainsi que les autorités européennes pour une révision de ce postulat.

Le profil des voyageurs diffère-t-il de l'avant-covid-19 ?

Pour Nathalie Gauthier, un nouveau profil touristique se dessine à la suite de la pandémie. «Au niveau des bateaux, on travaille sur de nouvelles formules sanitaires. On aura une clientèle aisée, qui prendra juste l'exclusivité et qui marquera un retour aux catégories de visiteurs que nous avions 15 ans plus tôt. Je vois le client "High-Class" et celui qui viendra dans un petit "Guest House" pour dépenser le moins possible», indique-t-elle. Ce qui nécessitera aussi des forfaits précis pour les attirer.

Affirmant que le profil du passager type venant à Maurice (les «honeymooners», couples, familles, «repeaters») n'a pas changé pour autant, Umarfarooq Omarjee évoque plutôt des barrières aux arrivées touristiques. «Tout dépendra de la capacité des compagnies aériennes en termes de fréquence des vols, de types d'appareils et leurs opérations», confie-t-il. Et plutôt que d'accueillir des séniors, plus vulnérables au Covid-19, Daniel Saramandif prévoit davantage d'intérêt de la part des touristes de 20 ans et plus et avides de vacances au soleil à la reprise.

Le porte-monnaie du touriste accuse le coup

Les touristes dépenseront-ils fastidieusement à la réouverture des frontières ? Hélas, la crise a affecté leur pouvoir d'achat. «Pour le Budget national, on a demandé que la TVA soit enlevée des produits et services destinées aux touristes, ce qui leur permettrait de dépenser plus avec la population qu'avec les hôtels», déclare Daniel Saramandif. À la première de la réouverture des frontières, les dépenses seront contrôlées. Donc, exit le cashmere et autres produits luxueux. Par contre, avec la phase 2 de cette réouverture, les habitudes de shopping reprendront, prévoit-il. Il faudrait d'ailleurs revoir les tarifs des hors taxes et touristiques.

De son côté, Nathalie Gauthier estime que sur cinq excursions, le visiteur en sélectionnera deux ou trois.

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