Ile Maurice: «Négligence médicale» - Ces enquêtes sur les nouveau-nés... sous couveuse

Ce mercredi 23 juin, les Nakeed ont enterré leur nouveau-né, qui serait décédé des suites d'une négligence médicale présumée. Une tragédie, qui se greffe sur une perte similaire du couple en 2019 et sur l'affaire du bébé décapité, survenue en avril 2021. Alors que l'État a indemnisé trois familles, comme mentionné au Parlement mardi dernier, ces situations soulèvent des questions. Quelle est l'étendue des négligences médicales ? Quelles sanctions sont prévues ? Ce que l'on retient, c'est que cela prend du temps...

Ils sont au désespoir. Didier et Stéphanie Nakeed ont perdu leur deuxième bébé à l'hôpital, lundi 21 juin, après un premier décès dans les mêmes circonstances en 2019. À l'accouchement, le 21 juin, le nouveau-né était déjà décédé. Deux «erreurs» médicales de trop pour ce couple, qui, faute de moyens financiers, n'avait pu porter plainte en 2019. Mais cette année, il ira de l'avant avec des poursuites. Ce drame rappelle celui de Sweta Seeneevassen, dont la petite fille est née «décapitée» et qui fait l'objet d'une enquête du Medical Negligence Standing Committee.

Les cas de négligence médicale, en particulier sur des bébés, sont-ils «récurrents» ? «Une négligence peut se produire en clinique comme à l'hôpital. Le nombre d'incidents est supérieur à l'hôpital car un plus grand nombre de patients fréquentent l'établissement. En conséquence, les bébés peuvent être plus affectés», déclare le Dr Mike Sooknundun, directeur de la Clinique du Nord.

Selon un relevé du Medical Council of Mauritius, de 2013 à février 2018, 252 cas ont été référés à cette instance. Au total, 124 ont été exclus après investigation et 46, référés au ministère de la Santé. Les chiffres plus récents ont été demandés au Medical Council et sont en attente. Même si ces derniers ne sont pas encore communiqués, le Dr Sattianundsingh Deonarain, secrétaire de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA), mentionne trois affaires de négligence médicale soupçonnée sur des bébés pour 2021. «On a un manque accru de gynécologues dans le secteur public à Maurice», soutient-il.

Qui mène l'enquête ? Selon le Dr Mike Sooknundun, la direction de la clinique y procède dans les plus brefs délais pour situer la responsabilité. «S'il y a un doute de faute, le ou les médecins sont sanctionnés et le cas référé à l'Ordre des médecins.»

D'après le Dr Dawood Oaris, président de l'Association des cliniques privées, dans le secteur privé, l'enquête in- combe directement au Medical Council et, dans le secteur public, au Medical Negligence Standing Committee, sous l'égide du ministère de la Santé. D'après le secrétaire de la GMDOA, la durée d'investigation est d'environ deux mois.

Selon Ramesh Purrunsingh, porte-parole du Comité amélioration de la santé (CAS), il est urgent d'instituer des panels dédiés à l'hôpital pour se pencher sur les négligences médicales et avoir davantage de transparence. «On ne peut demander à un médecin d'enquêter sur un autre médecin. De plus, si c'est un spécialiste qui est mis en cause, l'investigation doit être entreprise par quelqu'un possédant cette expertise. Au Medical Council, l'enquête est menée par des professionnels des secteurs privé et public.»

«Preuves à l'appui»

L'enquête confirme-telle souvent la négligence médicale ? Dans certains cas, cela s'avère, indique le Dr Dawood Oaris. «Le plus important est de le prouver. Il y a même un médecin qui a été condamné par la justice. C'est faux de penser que si une enquête est initiée par des médecins, il n'y aura pas d'issue ou de sanction. Par exemple, dans le secteur privé, quatre à cinq enquêtes pour négligence médicale sont en cours.» D'ailleurs, selon la situation, l'affaire peut être «logée» en Cour suprême.

Que se passe-t-il après enquête? Le cas est référé à l'Ordre des médecins, dans les deux secteurs. Si la négligence médicale s'avère, référence est faite au Tribunal médical. «La juge, qui préside cette institution, peut alors référer l'affaire directement à la Public Service Commission et au Medical Council pour des sanctions», déclare le secrétaire de la GMDOA. Quelles sont-elles ? Cela va des avertissements aux «severe warnings», une «deregistration» de l'Ordre des médecins pour certains mois ou année ainsi qu'une suspension de la pratique médicale pour une durée précise.

L'adieu au bébé Nakeed, qui n'a pas eu le temps de vivre

Le couple Didier et Stéphanie Nakeed ont subi un des pires moments que des parents puissent vivre. Après avoir perdu un deuxième enfant, en deux ans, à l'hôpital sir Seewoosagur Ramgoolam, à Pamplemousses, Didier Nakeed, qui ne connaîtra pas encore la joie d'être père, a dû enterrer son enfant ce mercredi à Bois-Marchand.

Vers 13 heures, le bébé mort-né est parti rejoindre l'autre petit que ses parents ont perdu en 2019, reposant dans le même cimetière. Les funérailles du bébé Nakeed se sont tenues en présence du père, Didier, de quelques membres de la famille et de son avocat. Stéphanie Nakeed, toujours admise à l'hôpital du Nord, a suivi les funérailles à travers un Facebook live déchirant, tourné au cimetière.

Me Anoup Goodary, dont les services ont été retenus par la famille Nakeed, explique que c'est un énième cas après celui de la famille Ram. «Bizin pena cover-up parski tro bokou zanfan pe mor. Dimounn bizin pa per pou al lopital.» Didier Nakeed a déjà porté plainte au poste de police de l'hôpital SSRN. D'autres démarches devraient suivre quelques jours après les funérailles.

Pour sa part, c'est entre tristesse et désespoir que Didier Nakeed s'est adressé à la presse. Il a découvert le corps de son bébé à l'occasion de ces funérailles. «Jusqu'ici, j'avais pu voir uniquement le visage de mon enfant mais là j'ai pu voir le corps. L'aide-soignante m'avait dit qu'il avait une malformation dans le dos mais quand je l'ai vu, j'ai constaté que c'était faux.» Didier Nakeed compte mener ce combat non seulement pour lui mais aussi pour ces autres parents, qui ont été victimes du système hospitalier mais qui ne sont pas venus de l'avant.

Bébé «décapité» : des membres du personnel soignant entendus cette semaine

L'enquête sur la négligence médicale présumée à l'hôpital SSRN, à Pamplemousses, où Sweta Seeneevassen a perdu son bébé, avance. Après la version de la jeune femme de 25 ans, qui est revenue sur la douloureuse épreuve vécue et les circonstances ayant, selon elle, provoqué la perte de son bébé, deux médecins du privé qu'elle a consultés, en sus de son suivi à l'hôpital du Nord, ont été entendus cette semaine. Les deux gynécologues, l'un exerçant à Terre-Rouge et l'autre à Pamplemousses, ont confirmé avoir ausculté la patiente enceinte. Ils lui ont prescrit des comprimés de fer. L'un d'eux a expliqué aux enquêteurs que Sweta Seeneevassen avait une grossesse difficile. La tête du bébé n'était pas de taille normale.

Une liste du personnel hospitalier en service le jour de l'accouchement de Sweta Seeneevassen a été établie par le ministère de la Santé et remise à la police. Parmi ces fonctionnaires figurent des sages-femmes, qui seront interrogées cette semaine. Le nom du Dr Salickram Dassaye y est également listé. Il avait procédé à l'accouchement de Sweta Seeneevassen, le 14 avril. Rappelons que ce spécialiste a été mis en congé le temps de l'investigation.

La Criminal Investigation Division de Pamplemousses enquête sur le volet policier alors que le Medical Negligence Standing Committee procède à une investigation parallèle. L'autopsie pratiquée par les docteurs Sudesh Kumar Gungadin et Prem Chamane a attribué le décès de la petite Prishtee à une asphyxie. Initialement, il était prévu que Sweta Seeneevassen accouche par césarienne mais, à son arrivée à l'hôpital, le personnel médical de service l'a faite accoucher par voie basse.

Les indemnités payées par l'État

Intervenant au Parlement mardi dernier, le ministre des Finances Renganaden Padayachy a mentionné que Rs 6,2 millions ont été payées comme indemnités par l'État pour trois cas de négligence médicale. Les bénéficiaires sont trois familles affligées par un drame. En mai 2021, un couple avait obtenu Rs 1 million de dommages de l'État après la mort de leur enfant en 2012. En décembre 2020, à la suite de poursuites en Cour suprême en juillet 2014, une gynécologue a été sommée de payer des dommages de Rs 300 000 à la plaignante.

Plus de: L'Express

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