Cote d'Ivoire: Gbagbo est-il vraiment libre ?

analyse

C'est une semaine riche d'actualités, les unes plus politiques que les autres, qui s'achève en terre d'Eburnie. Du retour triomphal du «Christ de Mama» à la descente aux enfers par une condamnation à perpétuité pour «l'Enfant rebelle» de Ferkessédougou, sans oublier l'annonce du divorce princier ni la messe de reconversion, l'avenir politique de la Côte d'Ivoire s'est peut-être joué dans ces actes majeurs. Pour sûr, ils pèseront dans l'après Alassane Ouattara, et jouent déjà sur la vie des partis.

En tout cas la dissolution de Génération et peuples solidaires (GPS), le parti de Guillaume Soro, et le remue-ménage au sein du Front populaire ivoirien sont un signe avant-coureur de ce que la scène politique sur les bords de la lagune Ebrié pourraient rapidement se redessiner ; pouvoir et opposition cherchant chacun à se renforcer ou à déstabiliser l'un l'autre.

A ce jeu, le pouvoir, pour ne pas dire le président Alassane Ouattara, a des atouts non négligeables avec les emblématiques condamnations en justice de ceux qui, hier ou aujourd'hui, sont ses plus farouches opposants : Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Ainsi, le premier aurait tort de rire sous cape de la condamnation à perpétuité du second, car, même innocenté par la Cour pénale internationale (CPI), il n'a pas traversé toutes les rivières des ennuis judiciaires. C'est connu, il pèse contre lui le verdict du tribunal de grande instance d'Abidjan qui l'a condamné en janvier 2018 à 20 ans de prison et à une amende de 329 milliards de FCFA pour le «braquage» de l'agence nationale de la BCEAO. Un mandat d'arrêt international avait même été lancé contre lui et dans les normes judiciaires ivoiriennes, Laurent Gbagbo aurait dû, le jour de son retour, être conduit de l'aéroport à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan ou tout autre lieu de détention en Côte d'Ivoire.

Les choses ne se sont pas passées ainsi, et l'on devine que le politique a pesé de tout son poids pour que cette décision de justice soit mise sous le boisseau. Mais, occultée, mais pas effacée, elle reste suspendue comme une épée de Damoclès sur la tête de Laurent Gbagbo. De fait, sans grâce présidentielle ni amnistie dans cette affaire, il faut craindre que, rien n'étant définitivement acquis en politique, elle soit brandie un jour contre le champion du FPI pour peu que le pouvoir revoie ses ambitions de réconciliation nationale à la baisse et perçoive l'homme en trublion.

On n'en est pas encore là et peut-être bien que la Côte d'Ivoire est sur la voie de retrouver la paix et la tranquillité qui étaient les siennes avant la disparition du père de l'indépendance en 1997. C'est tout le bien qu'on lui souhaite sans être naïf, vu les retournements de situations et les précédents processus de réconciliation nationale initiés en 2002 et 2011 dont les fruits n'ont pas tenu la promesse des fleurs.

Voilà Laurent Gbagbo et ses partisans prévenus ! La lourde condamnation de Guillaume Soro et de ses proches soutiens doit les instruire : Alassane Ouattara est impitoyable envers ceux qui veulent ou sont supposés vouloir le déstabiliser. En attendant donc un acte officiel d'annulation du verdict y afférent, l'affaire du casse de la BCEAO reste une vraie épée de Damoclès au-dessus de la tête de Laurent Gbagbo.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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