Afrique: Plainte de RSF - L'ONU juge arbitraire la détention de 10 journalistes égyptiens

communiqué de presse

Près d'un an après une plainte de Reporters sans frontières (RSF) déposée auprès des Nations unies au sujet de dix journalistes détenus par les autorités égyptiennes, le groupe de travail a jugé l'ensemble des détentions comme étant arbitraires. RSF se félicite de cette décision et appelle à leur libération immédiate et sans conditions.

C'est un pas important. Dans une décision qui vient d'être rendue publique, les Nations unies ont établi que la détention de dix journalistes par les autorités égyptiennes était arbitraire. L'avis a été adopté à l'issue de la 90e session du Groupe de travail sur le sujet, qui s'est tenue du 3 au 12 mai 2021. Le 30 avril 2020, RSF avait saisi l'organe international via une lettre pour dénoncer cette pratique systématique contre les journalistes critiques du pouvoir.

Sur les dix cas documentés par RSF, seulement trois ont été libérés : la journaliste indépendante Solafa Magdy (le 13 avril 2021), le rédacteur en chef de Masr Al-Arabiya Adel Sabry (le 27 juillet 2020) et le journaliste d'Al Jazeera Mahmoud Hussein (le 6 février 2021). La blogueuse Esraa Abdel Fattah, les journalistes indépendants Hossam Moanis, Hisham Fouad, Badr Mohamed Badr, Ismail Alexandrani, Moataz Wednan et le vidéaste Mohamed Oxygen sont quant à eux toujours emprisonnés.

"C'est un rappel à l'ordre cinglant qu'infligent les Nations unies au Maréchal al-Sissi : non, le journalisme n'est pas un crime ! souligne la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. La politique de détention arbitraire des journalistes doit cesser en Égypte : Reporters sans frontières appelle les autorités égyptiennes à libérer immédiatement et sans conditions les journalistes détenus et à respecter enfin les normes internationales."

Il apparaît clairement que les dix prisonniers sont ou ont été détenus en raison de leurs activités journalistiques. Le groupe de travail a établi que le gouvernement n'a pas été en mesure de justifier "la menace posée par le travail de journaliste" ni "en quoi la détention de ces dix journalistes était nécessaire et une réponse proportionnée pour protéger" ses intérêts légitimes. De plus, malgré les charges d'"appartenance à un groupe terroriste" et "diffusion de fausses nouvelles" qui pèsent sur la quasi totalité d'entre eux, "aucune information ne suggère que les activités de l'un des dix journalistes prônent la violence ou la guerre, ou incitent à la discrimination ou à l'hostilité", précise le groupe de travail.

S'agissant de la détention préventive qui concernait neuf journalistes sur dix (seul Ismail Alexandrani a été condamné), le groupe de travail note que ce régime de détention "doit être l'exception et non la règle" et qu'il doit être ordonné "pour une durée aussi courte que possible". En Égypte, la durée maximale de détention préventive ne doit pas excéder deux ans. Or, certains ont dépassé ce délai légal derrière les barreaux sans jugement, à l'instar de Moataz Wednan, emprisonné depuis février 2018.

Une détention est considérée comme arbitraire dès lors que son motif est illégal au regard du droit international, notamment si elle n'est due qu'à l'exercice légitime d'une liberté fondamentale, en particulier la liberté d'expression, qu'elle est sans base légale ou que les règles du droit au procès équitable n'ont pas été respectées.

L'Egypte occupe la 166e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

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