Cote d'Ivoire: D'Abidjan à Mama - Gbagbo boit du petit lait

L'ex-chef de l'Etat, Laurent Gbagbo
analyse

L'ancien président ivoirien Laurent Koudou Gbagbo est arrivé hier en fin d'après-midi à Mama, sa ville natale, dans la région centre-ouest du pays. Chants et danses de milliers de partisans l'ont accueilli dans une liesse des grands jours.

Un retour pas comme les autres donc pour cet enfant prodige, mais pas prodigue de cette bourgade modeste de la localité de Gagnoa dont on ignorait presque le nom, même en Côte d'Ivoire, il y a 25 ans. Mais les avatars de la politique sont passés par là, avec dans leur cortège la victoire inattendue du candidat du Front populaire ivoirien (FPI), Laurent Koudou Gbagbo, à la présidentielle de 2002. Depuis lors, le cœur de la grande majorité des fils et filles de Mama bat au rythme des soubresauts de la politique ivoirienne.

Dès lors, après l'accueil triomphal à Abidjan, le miraculé de la Cour pénale internationale (CPI) ne pouvait prendre une autre destination que celle de Mama. Retour au pays natal donc avec un cahier chargé de symbolisme : recueillement devant la tombe maternelle ; tour d'honneur à la place de la Liberté rebaptisée place Laurent Gbagbo ; rencontre avec les 163 chefs traditionnels de la région, et on passe sous silence les audiences privées avec ses proches.

Si ce retour au pays natal passe, au figuré, comme une résurrection aux yeux des adeptes du « Gbagbo ou rien » (GOR), il est véritablement une immersion dans son fief politique. On y scrutera donc les faits et gestes du président du FPI ainsi que ses déclarations, notamment au sujet de la réconciliation nationale. C'est connu, cette donne a valu son pesant d'or dans la décision du président Alassane Ouattara de donner un passeport diplomatique à ce farouche opposant et d'autoriser son retour en Côte d'Ivoire après son acquittement par la CPI. Lavé des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par le « tribunal des Blancs », sauf changement de dernière heure, Laurent Gbagbo devrait aussi être « purifié de toute souillure » de l'incarcération par les libations des gardiens de la tradition de sa région natale. Il n'en saurait être autrement pour ce fils prodige, affectueusement surnommé « lumière » par les siens du centre-ouest ivoirien.

Pourtant, rien ne laissait entrevoir une destinée politiquement si riche pour ce frêle garçonnet né de Marguerite Gado et de Paul Koudou Gbagbo le 31 mai 1945 à Blouzon, non loin de la ville de Gagnoa. Ni étoile polaire ni rois mages encore moins des anges dans le ciel, bref rien n'avait annoncé la naissance du « Christ de Mama » il y a un peu plus de 76 ans. Mais voilà, avec la création du FPI dans la clandestinité en 1982 à ce retour événementiel d'hier, en passant par le militantisme syndical, l'exil, les 10 ans à la tête du pays et les 10 autres à la CPI, Laurent Koudou Gbagbo est devenu le phénix de la scène politique ivoirienne et une icône de l'engagement militant en Afrique. A lui de prouver que ces surnoms et qualificatifs flatteurs ne sont pas surfaits et que le fils prodige de Mama, lumière de sa terre natale, sera aussi un catalyseur de la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire.

En attendant, d'Abidjan à Mama, l'homme boit du petit lait face à une résurrection politique inattendue.

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